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Crime

La montée des gangs racistes et violents dans les prisons britanniques

Les gangs islamophobes comme Death Before Dishonour et Piranhas prospèrent dans les prisons du Royaume-Uni, en grande partie à cause des réductions d'effectifs dans la police et du surpeuplement.

par Nick Chester; traduit par Sandra Proutry-Skrzypek
30 Septembre 2019, 7:57am

Photo : Stephen Barnes/Social Issues/Alamy Stock Photo

Par une chaude soirée de mars dans une prison du sud de l'Angleterre, deux détenus discutaient calmement avec un troisième homme, dont on disait qu'il était un informateur de la police. Ils l'ont accompagné jusqu'à une cellule, en gardant un air de civilité jusqu'à ce que la porte soit fermée, puis ils ont sorti des morceaux de métal affûtés et l'ont poignardé. La victime est tombée par terre, gisant dans une mare de sang et les deux assaillants s'en sont tranquillement allés.

De tels incidents sont de plus en plus fréquents dans les prisons britanniques, en partie à cause d'une augmentation dramatique de l'activité des gangs. Un rapport récent de l'Independent Monitoring Boards a révélé que les agressions commises par des détenus doublent dans de nombreuses prisons ; en fait, ce nombre a augmenté de 11 % au cours de la dernière année et atteint maintenant un niveau record.

Alors, que se passe-t-il ?

L'agression à l'arme blanche de l'informateur présumé de la police a été commise par des membres de Death Before Dishonour (DBD), un gang carcéral qui s'est formé à la prison de Wakefield dans le centre de surveillance étroite, une unité spéciale réservée aux détenus qui sont considérés comme trop dangereux pour le personnel et les autres détenus et ne peuvent donc pas être mêlés à la population générale.

« La diminution du nombre d'employés a donné aux détenus plus de liberté pour former des groupes et mener des activités mafieuses en prison » – Jane Wood, spécialiste des gangs en milieu carcéral

Essentiellement blanc et impliqué dans une querelle permanente avec les détenus musulmans, le DBD est responsable d'un flot d'incidents violents. Yusuf, un détenu qui a été victimisé par des membres du DBD alors qu'il était au centre de surveillance étroite, me dit que presque tous les prisonniers blancs qui sont passés dans l'unité ont rejoint le gang. Il affirme avoir fait l'objet de menaces et d'intimidations constantes et pense que cela faisait partie d'une tentative organisée pour le faire transférer dans un autre lieu, afin qu'il puisse être remplacé par un autre membre du gang. « Leur stratégie était de causer le chaos et de faire pression sur les gardes pour que les membres de l'unité qui ne font pas partie d'un gang soient transférés ailleurs », dit-il.

Yusuf affirme également que le DBD a une politique d'« attaque à vue » à l'égard des musulmans dans les prisons de moindre sécurité. Il mentionne également un autre gang aligné avec le DBD, les « Piranhas », qui est né dans les prisons de Liverpool et de Manchester et s'est depuis répandu dans tout le pays.

Selon Yusuf, les Piranhas ont également l'intention de terroriser les détenus musulmans, mais ne se limitent pas aux actes commis dans le système carcéral. Il affirme que ses membres ont déjà payé des adolescents à l'extérieur pour incendier les maisons des parents des prisonniers qui se convertissent à l'islam en prison, mais cela est impossible à vérifier.

Bien que les tensions raciales ne soient pas une nouveauté dans les prisons britanniques, les gangs organisés et définis selon des critères ethniques le sont. David Skarbek, politologue et chercheur en criminologie, a étudié les gangs de prison dans le monde entier. Il explique que, dans la population carcérale, si des groupes sont tenus responsables des actes d'un individu, comme c'est parfois le cas dans les établissements infestés par des gangs, les détenus ont besoin de moyens faciles pour reconnaître immédiatement qui appartient à quel groupe, et la race est une caractéristique bon marché qui remplit cette fonction.

Avec 81 des 120 prisons d'Angleterre et du Pays de Galles officiellement classées comme étant surpeuplées, cette théorie pourrait expliquer en partie la croissance des gangs islamophobes comme le DBD et les Piranhas.

L'experte britannique Jane Wood, spécialiste des gangs de prisonniers, estime que la réduction du nombre d'agents pénitentiaires encourage les prisonniers à rejoindre des gangs et à commettre des actes illicites. Elle croit également que le nombre de membres de gangs derrière les barreaux a augmenté au cours des deux dernières décennies, et que si le problème n'est pas traité de manière adéquate, le nombre de ces gangs doublera probablement au cours des prochaines années. « Il semble qu'il y ait eu une escalade. La diminution du nombre d'employés a donné aux détenus plus de liberté pour former des groupes et mener des activités mafieuses en prison », dit Wood.

Étant donné que cette nouvelle forme de gangs de prison semble être quelque peu différente des précédents, est-il temps d'apporter des changements aux mesures antigang du système carcéral ?

Dana est gardienne dans une prison ayant un gros problème de gang. Elle explique que la prison utilise une matrice des gangs, à savoir une base de données des gangs et de leurs ennemis, pour s'assurer que les membres des gangs rivaux ne sont pas placés sur la même aile que les autres.

Le problème est que cette base de données n'inclut que les gangs formés dans les rues, ce qui signifie que les gangs créés derrière les barreaux comme le DBD et les Piranhas ne sont pas comptés. Elle se fonde également sur l'autodéclaration par les détenus de leur appartenance à un gang. De nombreux détenus hésitent à le faire parce qu'ils ont l'impression que cela les soumettra à un examen plus poussé de la part des gardiens. Certains prétendent parfois faire partie d'un gang pour éviter d'être incarcérés dans telle ou telle aile, ce qui rend les choses encore plus confuses.

Quand je lui demande ce qu'il faut faire, selon elle, pour résoudre le problème des gangs, Dana soupire et répond que cela ne changerait jamais ; que c'est juste une réalité de la vie.

L'austérité a privé les prisons de leur financement et, parallèlement à l'augmentation de la surpopulation et de la violence qui en résulte, il semble que cela complique la tâche des autorités pour endiguer la marée des activités des gangs. Bien que la situation soit loin d'être aussi grave au Royaume-Uni qu'en Amérique, il reste à voir jusqu'à quel point elle pourrait devenir problématique.

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