Tout ce qu'il faut savoir sur le programme de Marine Le Pen

Retour sur les principales propositions de la candidate, ainsi que son équipe, son parti, sa marotte et sa pire idée de communication.

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20 Avril 2017, 10:25pm

REUTERS/Philippe Laurenson

Marine Le Pen est la candidate du Front national, le parti d'extrême droite (même si cette formulation est régulièrement contestée par ses cadres). Elle est la fille de Jean-Marie Le Pen, qui a créé le parti. Depuis la présidentielle de 2012, le score du Front national ne cesse d'augmenter en nombre de voix. Avec l'élection de Trump, Le Pen espère surfer sur la vague « populiste » qui souffle dans les pays européens.

Par ailleurs, elle est députée européenne depuis 2004 et conseillère régionale du Nord-Pas-De-Calais (Hauts-de-France depuis 2016). Sur le plan des idées, son programme prône la souveraineté nationale, la réduction de l'immigration et l'affranchissement total de la France vis-à-vis de l'Union européenne.

TOP 5

  • Sortir de la zone euro. Cela s'inscrit dans une logique de souveraineté nationale (monétaire, législative, territoriale, économique). Concrètement, cela passera par un référendum sur l'appartenance de la France à l'Union européenne.

  • La préférence nationale. Elle se manifeste dans plusieurs domaines, notamment le logement social, qui sera réservé « prioritairement » aux Français et à ceux qui « en ont le plus besoin ».

  • Révision constitutionnelle par référendum. L'idée est d'inscrire trois principes dans la Constitution : « la défense de notre identité de peuple, la priorité nationale et la lutte contre le communautarisme ».

  • Suppression du droit du sol. On ne pourra plus devenir Français si l'on naît en France. L'acquisition de la nationalité française sera possible uniquement par la filiation ou la naturalisation. En outre, les Français ne pourront plus disposer d'une double nationalité extra-européenne.

  • Suppression des aides sociales aux parents de mineurs récidivistes. Objectif : responsabiliser les parents « en cas de carence éducative manifeste ».

SA MAROTTE

Les chats. Cet été, Marine Le Pen s'est peu exprimée. Sauf le 8 août, journée internationale du... chat. La présidente du Front est gaga de ses félins, avec lesquels elle se met régulièrement en scène pour évoquer la condition animale. Elle regrette encore la mort de sa chatte Artémis, dévorée par un doberman de Jean-Marie Le Pen. Cet évènement tragique avait provoqué le déménagement de Marine dans une autre propriété familiale, à La-Celle-Saint-Cloud (92).

SON PROGRAMME

Société

Marine Le Pen compte chambouler les institutions françaises. Cela passe par une importante révision constitutionnelle (votée par référendum). Celle-ci introduirait la proportionnelle aux élections, abaisserait le nombre de députés à 300 (contre 577 aujourd'hui) et le nombre de sénateurs à 200 (contre 348 aujourd'hui). 500 000 électeurs pourront créer un référendum d'initiative populaire.

Sur le plan social, Le Pen souhaite conserver un État-providence fort. Les 35 heures seraient maintenues, l'âge de la retraite fixé à 60 ans et la garantie de la sécurité sociale renforcée. La suppression de l'Aide Médicale d'État, « réservée aux clandestins », vient nous rappeler que le FN n'est pas non plus un parti de gauche. Si elle est au pouvoir, Marine Le Pen transformera le mariage pour tous en union civile (PACS). La GPA restera interdite, mais la PMA pourra être accordée comme réponse médicale aux problèmes de stérilité.

Économie

Jusqu'ici, le volet économique du programme du FN a toujours refroidi de nombreux cadres de droite séduits par les idées sociétales du parti. Le Pen veut une France protectionniste : cela signifie que la France reviendrait au franc en quittant la zone euro. Elle est la seule « grande » candidate à proposer cette idée qui, selon elle, déterminerait la suite de son mandat en cas d'échec au référendum. Elle privilégie le made in France, c'est-à-dire la volonté de produire le plus de produits possibles en France. Aucun traité de libre-échange (TAFTA, CETA) ne serait signé.

Le Pen souhaite appliquer la « préférence nationale » en matière d'emplois. Embauchez un salarié étranger, et vous serez taxé. Le Pen promet d'alléger les charges sociales des TPE-PME, et de « libérer » leur accès aux crédits. L'impôt sur le revenu sera baissé de 10 pour cent sur les trois premières tranches des particuliers, tandis que les entreprises qui pratiqueraient l'évitement fiscal seront interdites de marchés publics.

International

À l'image de la connivence entre Trump et la Russie, les liens de Le Pen avec Poutine font polémique en France. La frontiste a rencontré le président russe récemment. Tous deux souhaitent réchauffer les liens aujourd'hui froids entre la France et la Russie. Les leaders politiques voient en Bachar Al-Assad la « meilleure solution » pour résoudre le conflit en Syrie. Buzzfeed a d'ailleurs soupçonné des internautes pro-Poutine de vouloir « hacker » la présidentielle française, dans le but de faire élire Le Pen.

Exit la zone euro, exit l'OTAN, exit l'espace Schengen. Le Pen souhaite fermer les frontières. Et rendre l'accès à la France bien plus contraignant. Son objectif ? « Supprimer les pompes aspirantes » de l'immigration, qu'elle réduira à un solde annuel de 10 000 immigrés. En mettant fin au regroupement familial, ainsi qu'à l'acquisition automatique de la nationalité française par mariage. Le droit d'asile sera également durci.

Éducation

Tout comme François Fillon, Marine Le Pen défend l'enseignement du « roman national », qui vise à privilégier l'apprentissage des évènements fondateurs de l'histoire de France, quitte à occulter l'histoire d'autres pays ou communautés, ou atténuer le rôle négatif qu'aurait pu jouer l'État français dans certains évènements historiques (notamment la colonisation). Le but étant, pour le FN, de « renforcer le refus des repentances d'État qui divisent ».

Pour Marine Le Pen, l'éducation passe par l'apprentissage du français. À l'école primaire, la moitié du temps d'enseignement sera dédiée à la langue de Molière, à l'écrit comme à l'oral. La question des collèges, des lycées et des universités est assez peu abordée, mis à part le renforcement de « l'autorité » et de la filière d'apprentissage. Enfin, le port de l'uniforme sera imposé au primaire.

Sécurité

Lorsqu'il est invité à s'exprimer dans les médias, il est rare que le Front national n'évoque pas l'insécurité, préoccupation centrale de ses électeurs. Pour réduire cette insécurité, qu'elle considère comme galopante, Marine Le Pen entend réarmer massivement les forces de l'ordre. Cela implique le recrutement de 15 000 policiers et gendarmes, l'achat d'armes et la modification de la loi sur la présomption de légitime défense. Par ailleurs, le budget de la Défense sera considérablement augmenté, et un service militaire de 3 mois minimum rétabli.

Le Pen en a marre du « laxisme judiciaire ». Pour la frontiste, la justice doit appliquer la « tolérance zéro ». Ce qui implique une ribambelle de mesures de durcissement de la loi : rétablissement des peines planchers, peine à perpétuité incompressible, création de 4 ,000 places de prison supplémentaires ou encore expulsion automatique des criminels et délinquants étrangers. En revanche, point de trace de la peine de mort, pourtant défendue par Marine Le Pen en 2012.

SON PARTI

En 2015, le Front national exclut son fondateur, Jean-Marie Le Pen, à la suite d'énièmes propos polémiques sur les chambres à gaz. Sa fille, Marine, entend nettoyer le parti de ses vieux démons. On appelle cette stratégie la dédiabolisation. Depuis le départ du patriarche, de nombreux électeurs affichent ouvertement leur soutien au Front national. Mais récemment, on a pu constater les limites de cette stratégie de « normalisation », puisque certains anciens militants identitaires soupçonnés d'antisémitisme comme Axel Loustau ou Frédéric Châtillon se sont reconvertis cadres du parti.

SON ÉQUIPE

Arrivé en 2011, l'énarque Florian Philippot endosse le rôle de communiquant numéro 1 du Front National dans les médias, notamment sur les chaînes d'information en continu. En tant que second de Marine Le Pen, il pourrait tout à fait hériter de la fonction de Premier ministre si le FN vient à remporter la présidentielle. La présidente frontiste a cependant précisé que le Premier ministre ne serait pas forcément « issu du sérail Front national ». D'autres cadres du parti sont pressentis pour accéder aux ministères : Louis Aliot, compagnon de Marine Le Pen, Nicolas Bay, Steeve Briois ou encore Gilbert Collard, éventuel ministre de la Justice.

SA PIRE IDÉE DE COM'

Son clip de campagne : Marine Le Pen les cheveux au vent, inspirant l'air marin, méditant sur les falaises et voguant sur le bateau France – ce qui a donné lieu à de nombreux détournements : PNL, Roch Voisine et Star Wars


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