On a discuté avec le capo des ultras niçois
Fred Schwal
Kopland

On a discuté avec le capo des ultras niçois

Guillaume Bacchieri, dit Biba, harangue depuis 2010 la tribune des Ultras Populaires Sud, l'ex-Brigade Sud, un groupe d'ultras qui a fait de l'Allianz Riviera l'un des stades les plus chauds de Ligue 1.
01 juin 2016, 2:35pm

Lui, c'est Guillaume Bacchieri. Mais à l'Allianz Riviera, les supporters de l'OGC Nice l'appellent par son p'tit nom : Biba. Rien à voir avec le magazine. Il est le capo des Ultras Populaire Sud, l'ex-terrible Brigade Sud. Un mec qui grimpe dans une nacelle chaque week-end pour chauffer une des tribunes les plus décriées de France. Du moins, quand il n'est pas interdit de stade...

VICE Sports : Tu es un membre important de ton groupe, cela fait combien de temps que tu en fais partie ? Biba : Depuis la saison 1997/1998, on était encore en deuxième division. On n'était pas beaucoup en tribune donc c'était facile d'intégrer le noyau dur du groupe. Pourtant je n'étais pas forcément le plus actif.

Comment t'es venue l'envie de devenir capo ? C'était un souhait de longue date ? Je n'en avais pas forcément envie à la base. Ça s'est fait en 2010 sur un concours de circonstances. Avec la dissolution de la Brigade Sud par le gouvernement et les sanctions qui allaient avec, on est restés plusieurs mois sans capo. Marco et Tchoa, les deux précédents capos, ne pouvaient plus assurer cette fonction, du coup, plusieurs personnes ont pensé à moi. Encore une fois, ce n'était pas une envie mais face à la situation j'ai décidé de prendre les choses en main. Je suis allé voir le bureau du groupe et je me suis proposé. Ça s'est fait naturellement.

Tu t'en sentais vraiment capable? Oui. J'étais déjà un ancien, bien connu des autres membres importants du groupe, j'avais une certaine légitimité pour le poste. Et puis, les autres n'en avaient pas forcément envie. On se faisait tirer dessus dans tous les sens à ce moment-là. Les médias, les politiques... Ce n'était pas évident. Mais il fallait bien que quelqu'un reprenne le mégaphone.

Tu as succédé à Tchoa, un membre emblématique du groupe et un capo très apprécié des supporters. La pression devait être forte non ? Non, pas vraiment. Je le connais depuis que je suis né, donc il n'y a pas de concurrence entre nous. On s'est passé le témoin tranquillement. Après ça, il a fait pas mal de déplacements avec moi et ça s'est toujours très bien passé.

T'as ressenti quoi la première fois que t'es monté sur la nacelle ? J'étais en pleine forme ! J'étais content, fier d'être là, devant mon groupe. Je n'irais pas jusqu'à dire que c'était une consécration, je ne cherchais pas la gloire. Mais une immense fierté, oui. Au Ray, on était 2000 en tribunes, je les connaissais quasiment tous, c'était une émotion énorme.

Quel accueil as-tu eu des supporters ? Ça a été dur de les fédérer ? Non, pas vraiment. Comme je t'ai dit, on sortait de plusieurs mois chaotiques à cause de la dissolution du groupe. Il y avait beaucoup de frustration à ce moment-là au stade, donc quand quelqu'un est monté dans la nacelle ils étaient déjà très motivés. Moi je leur ai juste transmis ce message : « On est peut-être dans l'illégalité, mais la BSN c'est un groupe, une âme. On doit leur montrer qu'on n'est pas morts ! »

Comment on fait pour motiver des milliers de personnes à gueuler ? Une tribune n'est jamais aussi forte que quand elle est frustrée, donc au début ça n'a vraiment pas été difficile. Après bien sûr quand tu te tapes des matches de merde en hiver, que l'équipe est en carton, c'est plus compliqué. Parfois, j'essaye de faire de l'humour, d'autres fois je m'énerve, je les engueule. Je m'adapte à la situation. S'il faut descendre du perchoir pour en secouer certains, j'y vais aussi. Je peux très vite me chauffer [Rires]. Encore plus maintenant, dans le nouveau stade. La tribune est beaucoup plus grande, il y a plus de nouveaux, plus de jeunes. Moi quand j'en vois certains taper des selfies, ça me fait vite péter un câble. Donc je vais les voir pour leur faire comprendre qu'ils ne sont pas dans la cour du lycée.

J'imagine que tu dois un peu étudier ce que font les autres ultras sur Internet. T'as un modèle particulier ? Au niveau des chants, des tifos, non. On est Niçois, on a notre identité et on veut y rester fidèles. Après, on est géographiquement proche de l'Italie, donc oui, on y trouve une certaine inspiration. Mais plus au niveau de la façon de gérer le groupe, de la discipline que l'on veut inculquer, surtout aux plus jeunes. Le groupe a aussi une vocation sociale, certains jeunes ne vivent que pour le match du samedi soir, c'est à nous aussi de les cadrer pour qu'ils ne fassent pas n'importe quoi. On a une bonne relation avec le service de sécurité de l'OGC Nice et on y tient.

Beaucoup de supporters reprochent à l'Allianz Riviera de manquer d'âme, contrairement au stade du Ray. Est-ce aux Ultras Populaire Sud d'y remédier ? C'est clairement notre rôle. C'est d'ailleurs pour ça qu'on a monté une nouvelle association, les Ultras Populaire Sud. C'était dur car on était toujours attaché au nom Brigade Sud mais il le fallait pour s'organiser et donner une âme à ce stade. Maintenant c'est un travail à long terme, il faut continuer à faire vivre cette tribune, à éduquer nos membres les plus jeunes, et ça viendra.

La participation de Nice à l'Europa League pourrait aider à ça ? Bien sûr. Pour le dernier Nice-Saint-Etienne, pas mal d'anciens membres sont revenus d'ailleurs. Ça peut ressouder le groupe, c'est important. Et puis le retour des interdits de stade va faire du bien aussi. Mais faut pas que ça reste éphémère ! On reçoit plein de nouvelles demandes en ce moment, c'est cool, mais il ne faut pas que ce soit juste pour voir des matches de coupe d'Europe.

En parlant d'interdit de stade, tu es toi-même dans cette situation... Oui, depuis un an et demi. Je pourrais revenir au stade en décembre. Deux policiers qui n'étaient pas dans la même tribune que moi ont affirmé que j'avais allumé un fumigène. J'ai pris 8 mois d'interdiction. Alors qu'à ce moment-là je discutais avec l'ancien commissionnaire de la PJ de Nice, il a d'ailleurs témoigné...

Après ça j'ai repris une interdiction pour avoir pénétré sur le terrain lorsque Jean-Louis Leca [gardien de Bastia, ndlr] a brandi le drapeau corse à la fin d'un derby. Pour le coup, j'avoue que ce n'était pas très malin mais bon, on m'a accusé de violence sur stadier alors que j'étais appréhendé au bout de 10 mètres. J'ai même reçu une plainte de la Licra pour xénophobie et homophobie pour avoir chanté « Bastia enculé ». C'est du grand n'importe quoi. Je pense qu'ils voulaient se payer le capo, ça fait bien.

Les premiers groupes ultras ont fait leur apparition en France il y a plus de 30 ans et pourtant il règne toujours autant de flou autour de ce monde, notamment au niveau du gouvernement, comment expliques-tu cela ? Le gros problème en France, c'est que l'on fait toujours la confusion ultra/hooligan. La façon dont nous sommes traités dans les médias fait que le Français lambda qui lit les journaux nous voit uniquement comme des sauvages. La Direction Nationale de Lutte contre le Hooliganisme (DLNH) enregistre un nombre fou de délits mineurs pour gonfler ses stats et quand les chiffres sont repris, il n'y a aucune distinction de faite.

Quel genre de délits ? Si tu savais le nombre de gamins de 17 ans qui se retrouvent fichés par la DLNH pour avoir craqué un fumigène... Certains finissent même en garde à vue pour ça. Des gamins ! Autre exemple, quand on part en déplacement, beaucoup portent encore des t-shirts, des écharpes avec la tête de mort [logo de la Brigade Sud, ndlr], et se font refuser l'entrée au stade. Du coup les esprits s'échauffent et, là encore, tu peux finir arrêter en moins de deux secondes.

Ces dernières saisons les sanctions se sont multipliées en Ligue 1. Ces mesures sont-elles expliquées aux groupes par le gouvernement, des médiations sont-elles mises en place ? Lorsque Rama Yade était secrétaire d'Etat aux Sports, des rencontres avec les différents groupes ultras ont été organisées. Mais c'est vite tombé à l'eau. Limite c'était juste pour nous faire plaisir. Depuis, plus rien, ils tirent dans le tas sans chercher à comprendre, sans prendre de vraie mesure de fond. Après que la BSN a été dissoute, la préfecture nous a proposé de remonter une association. Tout ce qu'ils voulaient c'est qu'on ne l'appelle pas Brigade Sud Nice 1985, pour ne pas passer pour des cons au moment de rendre des comptes à Sarkozy. C'est juste ridicule.

Confiant pour l'Euro ? Pas du tout. Comment on peut organiser un Euro, avec les VRAIS hooligans qui vont arriver, les russes, les anglais, les hollandais, quand on n'arrive pas à gérer 200 Niçois. Là ça va être d'un tout autre niveau ! Quand les Turcs vont venir à 10 000 à Nice, comment ils vont faire?

Quelle serait la solution alors ? Arrêter le tout répressif déjà. Ca ne fait que créer de la frustration et de la haine envers les forces de l'ordre. Avoir le soutien des élus locaux aiderait aussi. Eric Ciotti, Christian Estrosi, on ne les a jamais entendus nous soutenir. Aucun n'a osé dire « les citoyens de ma ville sont interdits de se déplacer en France, c'est une honte ». Ils ne soucient pas de l'image que l'on donne aux Niçois en France.

Toutes les photos sont de Fred Schwal.