Frappé par la foudre, un chirurgien orthopédique devient pianiste

Après avoir été frappé par la foudre, Tony Cicoria a appris le piano tout seul et rêvé de sa propre composition. Il n’écoutait même pas de musique avant cela.
20 mai 2020, 7:39am
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Image publiée avec l'aimable autorisation de Tony Cicoria 

Tony Cicoria est né en 1952 dans l'État de New York. Enfant, il s'intéressait beaucoup plus à la pêche qu'à la musique. « Quand j’avais sept ans, ma mère a insisté pour que je prenne des leçons de piano, dit-il. J'en ai fait pendant un an et puis j’en ai eu marre. »

Tony a étudié la médecine, est devenu chirurgien orthopédique, a travaillé dur et a eu des enfants. Jusqu’à ce fameux jour de 1994. Il faisait un barbecue avec sa famille au bord d’un lac lorsqu'il s'est rendu compte qu'il n'avait pas parlé à sa mère depuis un moment. Il s'est alors dirigé vers une cabine téléphonique et a composé son numéro. Il n'avait pas remarqué qu'un gros nuage s'était formé au-dessus du lac. Juste au moment où il raccrochait, la foudre s'est abattue sur la ligne téléphonique, atteignant le récepteur et frappant Tony en plein visage. Le choc l'a projeté hors de la cabine et il a perdu connaissance. Heureusement pour lui, un passant a vu la scène et appelé les secours.

Quatorze ans plus tard, Tony montait sur une scène new-yorkaise pour y jouer sa toute première composition, « La sonate de la foudre », devant des milliers de personnes. Il nous raconte comment il est passé de médecin spécialisé à pianiste virtuose.

Tony lors d’un concert. Photo publiée avec son aimable autorisation.

VICE : Bonjour, Tony. Vous avez été frappé par la foudre. Que s’est-il passé lorsque vous vous êtes réveillé ?
Tony Cicoria : Eh bien, je me suis réveillé très énervé. J’avais mal et pas envie d’être là. L'éclair m'a frappé au visage avant de ressortir par mon pied, comme si quelqu'un m’avait embroché. J'ai pu me lever et marcher, alors ma famille m'a mis dans la voiture et m'a ramené à la maison. C’est là que tout a commencé.

Qu’est-ce qui a commencé ?
J'étais un peu dans le brouillard au début, mais il s'est dissipé après quelques semaines. À partir de là, j'ai eu comme une envie irrépressible d'écouter de la musique classique, alors j'ai acheté un CD de Vladimir Ashkenazy, un célèbre pianiste russe qui joue Chopin. Je me suis mis à l'écouter en boucle. Vraiment. En boucle. Au bout d’un moment, écouter du piano ne me suffisait plus, il fallait que j'apprenne à en jouer.

« Chaque fois que je m'asseyais au piano, la musique du rêve se mettait à résonner dans ma tête. J'écrivais une mesure ou une ligne, puis je la rangeais dans un tiroir en me disant que j’y reviendrai »

Vous vous êtes donc procuré un piano et vous avez commencé à jouer. Comment cela s'est-il passé au début ?
Mes mains ne savaient pas du tout quoi faire et j'avais du mal à me concentrer sur chaque aspect. C'était très difficile, mais j'ai appris tout seul. Peu de temps après, j'ai fait un rêve incroyable : je me regardais jouer sur une scène, depuis les coulisses. Seulement, je ne jouais pas la musique de quelqu'un d'autre. Je jouais ma propre musique. Puis un grand fracas m'a réveillé.

Vous avez rêvé de votre propre composition ?
Oui. Je me suis levé et je me suis installé devant le piano qui était dans le salon. J’ai essayé de reproduire certaines des mélodies que j'avais entendues, mais je ne savais pas les écrire, alors je me suis dit « au diable tout ça » et je suis retourné me coucher. Mais cette musique résonnait ma tête. C'était toujours la même. Si j'essayais de l'ignorer, elle résonnait encore plus fort. C’est devenu une véritable obsession.

Dites-m'en plus sur cette obsession.
Je me levais à quatre heures et je m'entraînais jusqu'à six heures, avant d’aller au travail. Le soir, je rentrais à la maison, je passais une heure avec les enfants – c'était un peu mon rituel – puis je reprenais le piano jusqu'à minuit.

Toujours pour essayer de reproduire la musique de votre rêve ?
C’est exact. Chaque fois que je m'asseyais au piano, la musique du rêve se mettait à résonner dans ma tête. J'écrivais une mesure ou une ligne, puis je la rangeais dans un tiroir en me disant que j’y reviendrai. Finalement, un jour, j'ai pris tous ces bouts de papier et j'ai passé les sept mois suivants à écrire la musique du rêve de manière à ce qu'elle puisse être lue par quelqu'un d'autre.

Et comment avez-vous appelé cette composition ?
Je l'ai appelée « La sonate de la foudre ». Selon mes amis musicologues, ce n'est pas une sonate – apparemment ce n'est pas la bonne forme. Mais bon, on peut donner à la musique le titre qu'on veut.

Comment en êtes-vous arrivé à vous produire en public ?
J’ai reçu un appel d'Oliver Sacks qui m’a dit : « J’aimerais reprendre votre histoire dans mon livre. Elle sera publiée dans le New Yorker le 23 juillet. » Soudain, mon téléphone n’arrêtait plus de sonner. J’ai été contacté par le directeur du département de musique de l'université d'État de New York. Il m'a demandé si je voulais faire un concert au Performing Arts Centre et j’ai accepté. Je ne savais absolument pas dans quoi je m'engageais.

Comment vous êtes-vous préparé ?
J'ai pris des cours avec une professeure de piano, à raison de quatre heures par jour. Comment entrer sur scène, comment la quitter, comment aborder le tout, comment mémoriser la musique… c'était un travail monstre. Le concert a eu lieu en janvier 2008. La BBC était là, de même que la télévision nationale allemande. Des équipes de télévision couraient un peu partout. Je pense qu’il y avait des milliers de personnes dans la salle.

Parlez-moi un peu de cette soirée.
J’étais absolument terrifié par toutes ces lumières et tous ces gens. Mais j’ai réussi à ne pas m'enfuir – c’est un exploit. Finalement, tout s’est passé comme prévu. La musique était exactement comme dans mon rêve. J'avais enfin joué « La Sonate de la foudre ».

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