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Vice Blog

WEED : PARANOÏA ET PROHIBITION

6.12.10

Si vous vous rappelez de la douce époque où la weed était légale, c'est que vous êtes morts, ou alors très vieux. C'était dans les années 1930, au moment où un enfoiré du nom de Harry J. Anslinger était premier commissaire au bureau fédéral du département du trésor aux narcotiques (FBN), aux États-Unis. Anslinger a largement contribué à faire de la marijuana un bien illégal, et il prétend également avoir une énorme influence sur la manière dont le gouvernement fédéral régule les drogues. Il a eu accès à tous les médias grand public, ce qui lui a permis d'avoir un énorme impact sur le fonctionnement du pays. Plus qu'un homme éduqué voulant guider une organisation nationale pour former la politique anti-drogue du pays, il militait pour leur abolition. Prenez cet égocentrique illuminé, demandez-lui d'écrire un rapport sur une branche financière du gouvernement (parce que l'argent utilisé pour payer les drogues n'est pas taxé, et donc représente un énorme potentiel fiscal dont l'état veut s'emparer), et vous avez les premières bases pour faire un film de Herzog. Ou l'histoire de l'arrivée d'une politique anti-marijuana dans ce pays. Sachant qu'on n'a jamais interdit la marijuana pour ses effets, il n'est pas étonnant qu'il soit aussi difficile de la faire revenir - le problème est « ailleurs ».

Dans les années 1930, avant que la marijuana ne devienne illégale, des docteurs tout à fait respectables en prescrivaient à leurs patients. Même s'ils ne prescrivaient que des solutions pharmacologiques - pas de joints - la marijuana était considérée comme une drogue acceptable. Puis Anslinger s'est ramené et a presque forcé les docteurs d'arrêter de proposer de la marijuana à leurs patients en la taxant. Anslinger s'est très vite allié avec William Randolph Hearst, et ils ont tous deux mené une immense campagne de propagande contre la marijuana, en grossissant le truc avec assez de mensonges pour que tout le monde en ait peur. Les efforts d'Anslinger ont suffi à la rendre illégale, imité plus tard par Nixon qui décida d'ignorer la Shaffer Commission et de faire de la marijuana la priorité de la DEA. Jusqu'à récemment, l'opinion publique par rapport à la marijuana se basait exclusivement sur une politique gouvernementale mal renseignée. Personne n'a réellement cherché à savoir si la marijuana était utile ou pas, les gens préférant trouver des moyens de la diaboliser, jusqu'à ce qu'on n'entende plus parler. C'est pourquoi beaucoup d'Américains - y compris les politiciens - sont réticents à l'idée de légaliser la drogue. S'il y a bien une chose que le gouvernement nous a apprise, c'est que la drogue est un poison diabolique doublé d'un anathème social.

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Si vous avez entre 80 et 100 ans, il est probable que vous ne compreniez pas tout à fait ce que fait le gouvernement en cherchant à légaliser la weed une nouvelle fois. Les gens influencés par l'exemple du gouvernement de ces 80 dernières années ont eu une mauvaise (et fausse) image du cannabis. La seule position prise par le gouvernement était clairement anti-marijuana. Mais ce dilemme comprend des implications qui doivent être discutées si nous devons œuvrer pour que la marijuana redevienne légale.

Par exemple, le 30 novembre, la Chambre des représentants de l'Illinois a voté pour savoir s'il fallait légaliser la marijuana dans un but médical. Le vote a été reporté, mais le nombre d'opposants était considérable. On pouvait s'attendre à voir des opposants, mais il faut se poser la question suivante : quel âge ont les membres de la chambre des représentants ? Selon le centre de congrès de l'université de l'Indiana, l'âge moyen d'un représentant est de 56 ans. Ça veut dire qu'ils sont nés aux alentours de 1954. Ça veut dire qu'ils sont nés quand la campagne d'Anslinger battait son plein, et qu'ils ont été élevés pendant la guerre contre les drogues. Une guerre qui ne prenait en compte aucun fait vérifié, a fait de la marijuana un sujet de scandale, et a diabolisé ses consommateurs.

Cette désinformation a poussé une génération de politiciens - et d'Américains - à croire que la marijuana était aussi dangereuse que la cocaïne et l'héroïne. Si vous n'avez pas grandi dans un environnement où les gens préféraient en juger par eux-mêmes, il n'y a pas de raison que vous pensiez autrement. Les drogues font peur, surtout lorsqu'on n'en a jamais essayé, donc lorsque les gens commencent à dire que la marijuana est mauvaise, il faut trouver un remède à ces peurs profondes dans l'espoir d'arriver à quelque chose.

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Heureusement, le temps nous rapproche de la légalisation. La marijuana médicale commence à être vraiment étudiée en laboratoire. Ces études ont permis de trouver une pléthore d'usages médicaux à la marijuana. Plus on en trouve, plus elle devient utile. Plus elle devient utile, plus il devient difficile de la catégoriser comme narcotique. Tandis que la marijuana devient de plus en plus commune, les exemples de nouveaux consommateurs plus « sains » servent à conjurer les vieux mythes qui ont mené à la prohibition. La légalisation est proche, nous devons juste admettre que nous n'essayons pas uniquement de nous soigner, nous essayons aussi de guérir le monde d'une paranoïa injustifiée.

ZACH G. MOLDOF

http://twitter.com/#!/imzachg

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