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La Suède a enfin aboli la stérilisation forcée pour les transsexuels

Dans ce merveilleux pays qu'est la Suède, où tout est question de liberté et d'égalité des sexes, voilà quarante ans que les transgenres subissaient des opérations...
22.1.13

Dans ce merveilleux pays qu'est la Suède, où tout est question de liberté et d'égalité des sexes, voilà quarante ans que les transgenres subissaient des opérations chirurgicales visant à les stériliser et ce, contre leur gré. En janvier 2012, nous avions parlé à , un transsexuel qui luttait contre l'ablation des ovaires pratiquée sur les femmes désireuses de devenir des hommes. Bonne nouvelle pour lui : Il y a quelques jours, la Cour suprême de Suède a modifié la loi ; il est maintenant libre d'enfanter autant de mini-Love qu'il le souhaite. Mais qu'en est-il de ceux qui ont déjà subi l'opération ?

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Love Georg Elfvelin

Quelques organisations se battent pour le droit des transgenres et pour soutenir celles et ceux qui ont subi une telle amputation contre leur volonté. Même si des indemnités peuvent faire office de consolation, les organes reproductifs ne sont pas monnayables. J'ai contacté Amanda Brihed, qui a subi une stérilisation forcée peu de temps après être devenue une femme, pour parler un peu de tout ça.

VICE : Hey Amanda. Ça fait quoi de savoir que la stérilisation forcée n'est plus qu'une histoire ancienne en Suède ?
Amanda Brihed : C'est super. Je me suis beaucoup battue pour ça. Ça ne me permettra pas de fonder une famille pour autant, mais ça va changer la vie de beaucoup de gens. C'est un vrai soulagement après tout ce qu'on a enduré, et aussi un pas vers l'équité.

J'imagine. Vous allez essayer d'être indemnisée ?
Bien sûr. Je fais partie du recours collectif et de ceux qui ont accepté de s'exprimer publiquement, au nom de tout le monde. Nous sommes dans l'attente d'un procès, il devrait se dérouler dans le courant de l'année 2013, et nous avons bien l'intention de gagner. La plupart du temps, pour des affaires similaires, les parties civiles ont reçu des indemnisations voire des excuses de la part du Gouvernement. Il n'y a pas de raison qu'ils nous ignorent. Cette procédure est en phase avec les réglementations européennes en la matière.

Comment avez-vous participé à la campagne ?
Je n'ai pas été la première à parler de la stérilisation forcée mais sûrement la première à m'être fait entendre. Tout a commencé avec un article que j'ai publié le jour de la Fête des mères sur mon blog, il y a quelques années. J'y avais décrit la peine et la douleur ressenties alors que je voyais tous mes proches fonder une famille. Ce post est par la suite devenu une colonne dans le journal Aftonbladet. C'est là que les choses ont pris de l'ampleur – interviews, articles, JT, débats politiques, manifestations, etc. C'était complètement fou, mais parfois aussi très difficile. Et puis, des organisations telles que RFSL et KIM ont fait du vrai bon boulot pour tout organiser. J'ai beaucoup collaboré avec eux, en tant qu'activiste, mais j'ai aussi travaillé au sein du système politique.

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Les gens vous soutiennent ?
Le soutien de la population est quelque chose qui vient doucement. Y'a pas si longtemps que ça, on était encore considérés comme des parias ; les gens se moquaient de nous. La plupart des transgenres ont connu des périodes difficiles mais il y a de moins en moins de tabous. Je remarque des petits changements chaque jour. J'ai longtemps eu le sentiment d'être une bête de foire et puis, petit à petit, je reprends confiance en moi, c'est incroyable. Nous étions en bas de l'échelle des mouvements des droits civiques. On a été mis à l'écart bien trop longtemps.

Comment avez-vous décidé de changer de sexe ?
J'ai su que quelque chose n'allait pas dès la maternelle mais je ne savais pas l'expliquer. J'ai quitté le domicile familial à 16 ans et j'étais là : « Bon, c'est maintenant ou jamais. » Je n'ai reçu aucun soutien financier jusqu'à mes 30 ans. À l'époque, j'avais commencé les traitements, et je cherchais de l'aide à l'étranger. Après ça, les autorités suédoises s'en sont mêlées et j'ai eu l'interdiction de garder mes gamètes. J'ai subi une stérilisation contre mon gré.

Amanda Brihed

Pourquoi vous a-t-on stérilisée alors que vous avez été opérée à l'étranger ?
Le système de santé suédois n'a pas voulu me prendre en charge. Je faisais des demandes depuis l'âge de 16 ans. Ça n'a jamais marché alors j'ai fait ce que j'avais à faire. J'ai financé moi-même mes examens médicaux et mes opérations chirurgicales. Mais, la Suède est très stricte en termes de changements de sexe. En tant que citoyen suédois, mon cas devait être validé par le Conseil national des aides sociales et de la santé. Et pour ce faire, je devais leur prouver que je n'avais gardé aucun gamète. Après mon opération, ils m'ont auscultée pour s'assurer qu'il ne restait rien de mon appareil reproductif. J'ai dû passer un tas d'examens, obtenir un tas de certificats et fournir des tas de documents – c'en était effrayant. Et je ne pouvais pas y échapper. Si la Suède avait eu le moindre doute, j'aurais pu être privée de toute forme d'aide, de toute assurance sociale et je n'aurais pas eu le droit de changer de sexe, au nom de la loi.

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À aucun moment, vous n'avez pu leur dire d'aller se faire foutre ?
Non. Si j'avais refusé de coopérer ou si j'avais essayé de contourner la loi, jamais je n'aurais eu le droit de changer de sexe. Ils m'ont tellement poussée à bout que j'ai songé à me jeter du haut d'un pont. Paradoxalement, j'ai dû me sacrifier pour pouvoir être moi-même. Et ça fait mal.

Qu'est ce qui vous excède le plus, outre l'ablation de vos organes reproductifs ?
Comme je l'expliquais tout à l'heure, le fait que nous ne soyons pas considérés comme des êtres humains. Rien ni personne ne nous protège des discriminations, des menaces, des violences, de la haine. Aucune loi ne traite des droits des transsexuels d'un point de vue professionnel. La stérilisation forcée, ce n'est que la partie émergée de l'iceberg.

Comment vos proches ont-ils réagi ?
Il y a eu des réactions diverses. Ma famille s'est plus ou moins divisée à cause de cette histoire. Certains m'ont soutenue tandis que d'autres m'ont menacée de mort. Il me reste peu d'amis du temps où j'étais un homme. Mais j'ai la chance d'avoir un compagnon génial, beaucoup de nouveaux amis, et beaucoup de notoriété.

Amanda au travail avec Emmanuel Karlsten, un journaliste suédois

Cool. Selon vous, pourquoi la loi a mis tant de temps à être abolie, malgré les nombreuses protestations ?
Sûrement parce que le message n'était pas clair. Ça a été très difficile de véhiculer un tel message – les gens ont mis du temps à comprendre ce qui se tramait vraiment.

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Quel est le montant des indemnisations auxquelles vous aspirez ?
L'argent n'est pas le plus important, mais nous exigeons 23 000 € minimum par personne. Nous avons calculé ce montant en fonctions d'affaires similaires. Mais, rien ne pourra jamais remplacer ce qu'ils nous ont enlevé. Beaucoup d'entre nous sont marqués à vie.

Est-ce que vous comptez fonder un foyer d'une autre manière, dans le futur ?
Oui, quelle que soit la manière. Malheureusement, selon la loi, il est impossible pour un couple transgenre de fonder une famille. Mon futur mari et moi planifions de nous marier cet été. Après quoi, nous nous battrons corps et âme pour pouvoir avoir des enfants. Ni l'adoption ni la PMA ne sont autorisées aux transsexuels en Suède. Le tableau est encore sombre ; il y a encore beaucoup à accomplir.

Félicitations pour votre mariage et bonne chance pour la suite, Amanda.

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