La Suisse cache un glacier sous une couverture, pour le garder au frais

Des chercheurs estiment que dans 150 ans les glaciers pourraient ne plus couvrir que 10 pour cent de leur surface actuelle. Certains, en Suisse, résistent en les cachant sous des couvertures.

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28 Septembre 2015, 7:55pm

Image via Lysippos / Wikimedia Commons

La durée de vie d'un glacier est de plusieurs siècles. Et leurs dernières années peuvent passer très vite. C'est le cas du glacier du Rhône en Suisse, dont il ne devrait rester que 10 pour cent à la fin du siècle. Certains locaux, alarmés par la fonte, ont eu recours à des méthodes palliatives.

Ces huit dernières années des gens couvrent la glace de couvertures. Ici, une grotte de glace est creusée tous les ans depuis 1870 dans le glacier du Rhône.

La grotte de glace creusée en 2007. Image via Lysippos / Wikimedia Commons

Les couvertures, qui protègent la glace des radiations du soleil durant les jours d'été les plus chauds, ont prouvé leur utilité pour réduire la fonte de 50 à 70 pour cent, explique David Volken, un glaciologue qui travaille avec le ministère suisse de l'Environnement.

« C'est bon pour les grottes de glace mais cela ne peut pas stopper la fonte, » a dit Volken. « On ne peut pas couvrir le glacier tout entier de couvertures. »

Le glacier du Rhône, près de la ville de Gletsch, a longtemps été un endroit populaire auprès des touristes. Beaucoup viennent durant les mois d'été pour marcher dans le silence de cette grotte au bleu soutenu. Mais désormais la ballade ressemble à une promenade à l'intérieur d'un corps qui se réduit de plus en plus rapidement.

Gletsch et le Glacier du Rhône en 1900. Photo via Wikimedia Commons

Le Glacier du Rhône en mai 2005. Photo via Wikimedia Commons

L'effet Coca-Cola

Des photographies du glacier prises l'année dernière, comparées à d'autres de 2007, montrent une évolution préoccupante. Ce qui était autrefois une masse de glace épaisse et tentaculaire semble maintenant bien maigre. Une matière s'est transformée en une autre : là où il y avait autrefois un glacier se tient maintenant un lac.

« Nous nous attendons à 600 nouveaux lacs à la fin de ce siècle, » dit Volken, ajoutant que l'impact de ces lacs peut amener à un effet qu'il appelle l'effet Coca-Cola. « Les glaçons fondent plus vite dans le Coca que seuls, tout comme la glace fond plus vite dans l'eau que dans l'air. »

Samuel Nussbaumer, un scientifique du Service de surveillance mondial des glaciers (WGMS) à l'université de Zurich, a déclaré que les glaciers du monde fondaient aujourd'hui deux ou trois fois plus vite que durant le XXe siècle.

Le WGMS, qui est constitué de chercheurs de plus de 30 pays, a publié leur découverte dans le Journal of Glaciology en août dernier. Les résultats étaient basés sur des données mondiales regroupées sur les 120 dernières années, ce qui a permis une comparaison entre la fonte du XXe et celle du XXIe siècle. Le résultat — selon lequel le niveau actuel de la fonte des glaciers est sans précédent à un niveau mondial — est fondé sur des données numériques aussi bien que sur des documents écrits et illustrés.

La première cause de l'accélération du rythme de la fonte est l'augmentation des températures, et si une augmentation de quelques degrés n'est pas forcément tangible pour les hommes, les glaciers, eux, y sont particulièrement sensibles.

« Nous ne le sentons pas, mais la langue terminale du glacier le sent, » explique Nussbaumer, ajoutant que les changements annuels de la masse des glaciers sont « un signal climatique direct ».

Longueur et masse d'un glacier

La longueur d'un glacier, au contraire des changements de sa masse, répond plus lentement aux changements climatiques. Alors qu'un été chaud aura un impact immédiat sur la masse d'un glacier, les conditions qui influent sur la longueur d'un glacier arrivent plus lentement. « Il y a vingt à trente ans de délais, » dit Nussbaumer. Pour faire simple, cela signifie que la longueur actuelle des glaciers est un miroir de ce qui s'est passé il y a deux ou trois décennies ; ce que nous faisons maintenant ne pourra être observé que par la prochaine génération.

« La seule chose que nous pouvons faire est de limiter les émissions et faire baisser les températures, » selon Mussbaumer. En ce qui concerne la survie des glaciers, les hypothèses se situent entre : mauvaise, et encore plus mauvaise. « En fonction de ce que nous faisons maintenant, dans 150 ans il restera entre 0 et 10 pour cent de la masse actuelle des glaciers. »

Alors que les couvertures peuvent être une solution efficace sur le court terme et de façon hyperlocale pour remédier à la fonte, la Fondation mondiale pour la nature a critiqué cette pratique parce qu'elle ne fournit pas de solution sur le long terme, selon Pierrette Rey, un porte-parole pour la section suisse de l'organisation. « De plus, nous ne connaissons pas les effets de cette pratique sur l'écosystème général. »

Rey se souvient de l'admiration qu'il avait petit pour les paysages formés par les glaciers, lors de randonnées avec ses parents. « Lorsque je reviens maintenant, je vois la différence, » dit-elle. « Ils n'ont pas disparu mais ils se sont considérablement réduits. »

Les glaciers, à cause de leur sensibilité aux fluctuations de températures à la fois à long et à court terme, sont une bonne indication des tendances globales du changement climatique, selon Nussbaumer. « Tout le monde peut observer ces changements. »

Un impact fort

Outre l'impact local que peuvent avoir une réduction de la fréquentation touristique et la perte d'un phénomène naturel qui est devenu une partie de l'héritage et de l'identité nationale de la Suisse, la fonte des glaciers aura un impact pratique sur le pays.

Pour Nussbaumer, cela pourrait inclure des diminutions des ressources en eau fraîche utilisées pour l'irrigation, la consommation et l'énergie hydroélectrique, ainsi que la déstabilisation du sol qui se trouvait sous les glaciers, ce qui peut provoquer de l'érosion et des éboulements. Enfin, sur un plan plus large encore, la fonte des glaciers contribue à l'élévation du niveau de la mer.

« Nous pouvons prédire la mort de cette grotte, » a déclaré Nussbaumer. « C'est seulement une question de temps. »

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