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Crime

Des drogues auditives inquiètent les autorités saoudiennes et libanaises

La science n'a pas prouvé l'efficacité de ces fichiers audio, mais des responsables de ces deux pays sont inquiets de l'arrivée des battements binauraux, censés avoir des vertus psychotropes.
5.11.14
Photo via Flickr

En Arabie Saoudite et au Liban les autorités ont lancé des campagnes de prévention contre l'usage de « drogues auditives » — des fichiers audio censés reproduire chez l'auditeur les sensations de véritables stupéfiants — bien que leur efficacité prétendument psychoactive soit très discutable.

Ces fichiers, également connus sous le nom de « sons ou battements binauraux » sont pris au sérieux par un membre éminent de la police scientifique des Émirats arabes unis qui a demandé qu'ils soient considérés de la même façon que la MDMA et le cannabis en 2012. Le journal libanais Daily Star a rapporté cette semaine que le ministre de la justice Ashraf Rifi avait appelé à ce que des mesures soient prises contre les fichiers audio, tandis qu'en Arabie Saoudite, la Commission nationale de contrôle des drogues, le directoire général de contrôle des drogues et les autorités de communications tiennent des « réunions urgentes » pour parler de la façon dont ils peuvent protéger les citoyens du royaume de ce fléau binaural.

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Voilà comment cela marche, deux bruits « blancs » sont joués dans les écouteurs. On peut les trouver gratuitement sur YouTube, ou à l'achat sur différents sites Internet et applications comme I-Doser. Le son que l'on entend dans une oreille est d'une fréquence légèrement différente de celui que l'on entend dans l'autre oreille. L'auditeur entend un troisième son, généralement ondulant ou rythmique.

Les compositeurs mettent en avant les effets méditatifs de certains battements binauraux, censés aider les gens à se calmer, à se détendre, tandis que d'autres fichiers audio sont censés reproduire sur l'auditeur les mêmes effets que de la cocaïne, du molly, de l'ayahuasca, du poppers, du Xanax, du Klonopin ou tout autre genre de drogue. Certains fichiers I-Doser proposent d'autres rythmes pour favoriser des sensations semblables à des expériences sexuelles, qui sont censées mettre l'auditeur dans un état proche de l'orgasme. Aucun de ces fichiers ne rend dépendant, affirme le site web d'I-Doser.

La véritable influence de ces sons sur le cerveau est difficile à déterminer, d'après Michael Casey, professeur d'informatique et de musique à l'université de Dartmouth. Il étudie les effets de la musique sur le cerveau.

« Il faut faire plus de recherches pour prouver que les battements binauraux, ou des phénomènes sonores puissent avoir un impact médical direct ou sur un état cognitif comme le sommeil, ou une concentration accrue, » a expliqué Michael Casey à VICE News, relevant qu'il n'y avait que peu d'études scientifiques sur les effets réels de ces fichiers audio.

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« L'idée qu'ils pourraient être dangereux parce qu'ils déclencheraient des états mentaux analogues à ceux provoqués par les psychotropes est une pure spéculation, » dit-il.

Ce qui est certain, ajoute-t-il, c'est que l'idée que la musique, ou des sons puissent avoir un effet hypnotique ou transcendant remonte à « l'aube de la civilisation », et existe dans différentes religions et cultures. C'est aussi caractéristique de la musique transe depuis les années 1980, dit-il.

« Isoler ce phénomène [hypnotique] de dire qu'il est dangereux c'est passer à côté, selon moi, de l'une des fonctions premières du pouvoir de la musique. C'est comme quand vous écoutez de la musique qui vous apaise. Vous pouvez toujours choisir une musique qui améliore votre humeur, ou qui vous emmène ailleurs, et vous n'avez pas besoin de l'aval de l'Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux. J'espère qu'ils ne vont pas interdire des musiques qui mettent de bonne humeur. »

De son côté, I-Doser affirme que ses fichiers fonctionnent en stimulant le cerveau de la même manière que si l'utilisateur avait consommé des stupéfiants.

« Chaque piste audio contient des battements binauraux avancés qui synchroniseront vos ondes cérébrales de la même manière qu'une dose de drogue, » peut-on lire dans la description du MP3 « Recreational Doses 1 », qui comprend des doses qui imitent la marijuana, la cocaïne, l'opium et le peyotl. VICE News a cherché à joindre des représentants d'I-Doser, qui n'ont pas souhaité commenter.

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Malgré l'inquiétude réelle des autorités libanaises et saoudiennes, Michael Casey reste sceptique face aux affirmations de la compagnie.

« Je pense qu'une personne qui est chez elle, détendue, dans un fauteuil, concentrée sur le son pendant un moment — elle peut entrer dans une espèce d'état méditatif, ou de concentration. Comment pouvez-vous séparer ce qu'elle entend des simples effets positifs d'être assis là, en train de méditer ? » demande-t-il. « Ça aide peut-être les gens à se concentrer et à se tranquilliser. On a besoin de faire des études pour savoir si c'est juste le fait d'être assis sans bouger pendant un moment, ou s'il y a une modulation cérébrale. »

Les « doses audio » ont beau être analysées dans des pays comme le Liban ou l'Arabie Saoudite, les autorités américaines ne se sont pas emparées du sujet. Contactée par VICE News pour connaître les risques des drogues auditives, l'administration en charge des addictions et de la santé mentale ne savait pas ce qu'était qu'une « drogue numérique ».

« À l'heure actuelle, nous n'avons aucune donnée scientifique sur ce phénomène, nous ne sommes donc pas en mesure d'établir que l'on peut vraiment se droguer en écoutant ces sons ou que l'on peut être victime de dépendance, » a affirmé dans un communiqué l'institut national américain sur les abus de drogues.

Suivez Colleen Curry sur Twitter: @currycolleen

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