Taylor Lapilus, le benjamin des combattants français de l'UFC

Le natif de Villepinte évoque son sport qui manque de reconnaissance en France, l'UFC, et ce qu'il ressent au moment d'entrer dans la cage.
13.4.16
DR

Même s'il reste encore méconnu en France, le MMA ne cesse de prendre un peu plus d'ampleur chaque année. Dans ses rangs, la France compte six combattants qui évoluent dans la ligue la plus prisée du milieu : l'Ultimate Fighting Championship (UFC).

Taylor Lapilus en fait partie et, du haut de ses 23 ans, celui qu'on surnomme "Double Impact", est le plus jeune d'entre eux. Après avoir été drivé par la ligue l'année dernière pour quatre combats, il ne lui en reste plus qu'un avant de voir son contrat prolonger, ou pas.

Même s'il arrive à la salle en belle rutilante allemande, il semble loin du bling-bling qui entoure ce sport, aux Etats-Unis notamment. Toujours dans l'attente d'une date pour son dernier combat, c'est un Taylor loin des stéréotypes que beaucoup peuvent avoir sur les fighters que nous avons rencontré. Serein, et la tête sur les épaules, Taylor frappe par sa simplicité, sa spontanéité et son honnêteté. C'est à côté de l'octogone du MMA Factory dans le 12ème arrondissement de la capitale que Taylor a répondu à nos questions.

VICE Sports : Ça te fait quoi d'être le plus jeune combattant français de l'UFC ?
Taylor Lapilus : C'est une petite satisfaction personnelle. Mais c'est quelque chose qui ne va peut-être pas durer, il y en aura sûrement un autre encore plus précoce. Après, c'est sûr, ça fait plaisir, mais c'est aussi une responsabilité. Je suis le plus jeune, donc forcément j'ai plus à prouver que les autres. Tu dois combattre, accepter de gros défis et être efficace dans la cage.

Ça ne t'a pas effrayé au début ?
Non, j'étais convaincu d'avoir les capacités pour le faire. C'est pour ça que j'ai accepté. Je m'en suis donné les moyens et ça a été payant. Donc non, je n'ai eu aucune crainte. J'imagine qu'en tant que combattant MMA c'est un aboutissement de signer chez l'UFC ?
Oui, c'est sûr que c'est un aboutissement. Maintenant je ne vais pas te mentir, je ne pensais pas que ça arriverait. Quand c'est tombé, je ne me suis pas posé de questions. Je me suis dit que j'avais les capacités pour et j'ai foncé.

Les grands de la team te chouchoutent du fait que tu sois le plus jeune ?

Oui et non. Certains combattants me jalousent et me trouvent tous les défauts de la terre. C'est le genre de mecs qui ne te mettront même pas un like sur un post Facebook [Rires]. Mais il y a d'autres combattants qui me soutiennent, m'envoient des messages, m'aident et m'accompagnent dans ma quête.

Un combattant UFC se fait chambrer par ses potes ?
[Rires] Ils sont super contents et fiers de moi. Ils me supportent tous et j'en suis super heureux. J'ai grandi avec tous mes amis, donc ils constatent peut-être un changement sur le plan athlétique, mais pas sur le plan humain. Ils sont toujours les mêmes avec moi et je suis toujours le même avec eux. Je ne suis pas le Taylor de l'UFC, mais le Taylor avec qui ils ont grandi.

Taylor Lapilus avec Fernand Lopez, le boss du MMA factory.

Tu ne te sens pas frustré de ne pas être reconnu en tant que professionnel dans ton propre pays ?
Franchement je suis conscient qu'il faut laisser le temps faire les choses. Personnellement j'ai fait trois combats. Aux USA, avec trois combats, tu peux très vite devenir connu, mais en France on n'a pas la même exposition, on n'a pas le même contexte géopolitique non plus, donc on ne peut pas comparer la France avec les États-Unis. Notre sport reste controversé, mais pas interdit comme beaucoup ont tendance à le penser. C'est donc très difficile d'être reconnu en tant que sportif dans un sport qui lui-même n'est pas reconnu et qui représente pour certains un sport sans valeur.

D'ailleurs tu penses quoi du manque de médiatisation du MMA et des sports de combat en général ? Tu penses qu'il y a une part d'hypocrisie ?
Non ce n'est pas de l'hypocrisie, je pense que c'est la règle de l'offre et de la demande qui s'applique. Si on médiatise un sport comme le foot c'est parce qu'il génère beaucoup d'argent car il intéresse énormément de monde. Le jour où il y a aura tout autant d'offre et de demande dans les sports de combat, il n'y aura plus de problème. C'est un nouveau sport qui a connu une croissance très rapide donc ça arrivera. Le MMA évolue tous les jours en France et il prend plus de place chaque année. D'ici deux ou trois ans, on connaitra un MMA qui n'aura rien à voir avec celui qu'on connait aujourd'hui.

Tu penses que les Français sont considérés à leur juste valeur au sein de la ligue UFC ?
Non, je ne pense pas. Il y a eu certains combattants qui l'ont été, il y en a qui ont beaucoup de mérite, mais je pense qu'on n'est pas tous logés à la même enseigne à l'UFC.

Les interdictions de diffusion jouent là-dessus ?
Effectivement. Un sport qu'on ne voit pas, qu'on ne peut pas regarder, on ne peut pas le connaître. En France les gens ne connaissent pas et en plus, il y a beaucoup de désinformation. Ils émettent des jugements un peu hâtifs et ne font que relayer ce que les autres peuvent dire : « C'est un sport de barbare, je ne connais pas, mais c'est mon voisin qui me l'a dit. » C'est un peu ça. Si on informait plus sur le MMA , les gens le verront forcément différemment. Aujourd'hui, les gens ne font toujours pas la distinction entre le MMA et l'UFC et il y a encore des gens qui me demandent si tout est permis alors que non, c'est réglementé.

Je ne sais pas si tu connais Yvan Sorel ?
De nom, via des amis qui m'ont parlé de sa démarche.

C'est un ancien du muay thaï qui s'est mis au MMA et qui a monté une salle à Marseille. Il aide beaucoup de jeunes et moins jeunes à ne pas retomber dans la prison, l'école buissonnière, etc. Tu considères que ce sport peut aussi être un vrai moteur social ?
Oui il y a un vrai coté éducatif. Après, ce n'est pas nouveau, c'est comme dans tous les sports. Mais c'est vrai qu'on retrouve aussi ces valeurs dans le MMA. Mon coach Lopez m'a fait évoluer en tant qu'athlète, mais aussi en tant que personne. Le MMA t'apporte des qualités athlétiques, mais aussi des valeurs humaines.

Comment en tant que combattant français tu œuvres pour que ton sport soit reconnu, en plus de tes résultats sportifs. ?
Pour le moment, hélas, on n'a pas beaucoup de marge de manœuvre. On essaie de communiquer un maximum sur le MMA. Que ce soit à la télé ou lors d'interviews écrites. Plus il y aura de contenus, plus les gens s'y intéresseront.

Tu ressens quoi quand tu rentres dans l'octogone et que tu vois la porte se fermer ?
Je ne ressens rien en fait, je me dis juste que…

Que tu vas le défoncer ?
Non même pas. En fait je me dis simplement que le travail va commencer. Il faut prendre en compte que c'est ma passion, mais c'est aussi mon travail. Un boulanger passionné quand il va faire sa baguette il n'a pas de pression. Il y va et ne se pose pas de questions : il sait ce qu'il fait, ou ce qu'il faut faire, donc il n'a pas de pression. Moi c'est pareil, je connais ma stratégie, j'ai travaillé à l'entraînement, donc à partir de là, j'applique tout ça et à la fin du combat, je vois si c'était une recette payante ou non.

Taylor Lapilus à Berlin, avant son combat à l'O2 Arena, le 20 juin 2015.

Tu n'as pas eu de combat depuis 6 mois et tu ne connais toujours pas la date du prochain, ce n'est pas frustrant ?
Non pas du tout, car quand on a une date, on se prépare spécifiquement pour combattre le mec. Par exemple, s'il est gaucher on se prépare spécialement pour affronter un gaucher. Donc finalement, tu ne fais qu'adapter ce que tu sais déjà faire, en renforçant les qualités que tu dois avoir pour combattre ce mec. En fait, pendant la préparation au combat, au contraire des entraînements habituels, ce n'est pas là que tu progresses le plus. C'est justement pendant les temps creux que tu peux essayer de nouvelles choses. Les deux ont leur bon coté, mais ce sont les périodes creuses qui permettent d'apprendre de nouvelles choses. Je ne dis pas non à ça.

Et quand on t'annonce vainqueur, il se passe quoi dans ta tête ?
De la joie, enfin c'est un sentiment bizarre, car tous les efforts et les sacrifices prennent du sens. Il y a de la satisfaction, mais, 2 ou 3 heures après, je passe à autre chose. Il y a du boulot, tellement de choses à faire, qu'on ne peut pas s'endormir sur une victoire, aussi belle soit-elle.

Tu t'accordes combien de temps de repos après un combat ?
Une semaine où je ne fais rien, puis, après, je reprends l'entraînement tranquillement.

Tu as subi ta première défaite lors de ton dernier combat contre le Mexicain Erik Perez, comment tu l'as vécue ?
C'était frustrant et décevant. Ce n'était vraiment pas facile. J'ai eu plusieurs pépins pendant la préparation du combat, notamment un gros souci à l'épaule. On a failli annuler le combat, mais on a réussi à travailler avec le staff médical pour pouvoir combattre. En plus, je me blesse à la cheville au premier round. Quand tu traverses toutes ces épreuves, c'est dur et quand ça se termine mal ça l'est encore plus. Mentalement c'est dur à encaisser, mais il a bien travaillé, il a gagné et, aujourd'hui, je prends les choses avec philosophie.

Tu rentres sur quel morceau toi ?
Je rentre sur "Oh Yeah" de Foxy Brown. C'est un morceau qui m'inspire qui me fait bouger la tête dès que je l'entends. J'ai besoin de ça, d'une musique enivrante. Quand j'entre, c'est mon moment, tout m'appartient, c'est ma salle, c'est ma cage. J'ai besoin de tout ça pour être bien dans mes baskets.

Tu es super proche de ton frère Damien, mais il a un rôle bien différent de ton coach. Comment tu dissocies l'effet de ces deux personnes sur toi?
Si tu veux, mon frère c'est un soutien mental. Mon coach aussi, mais c'est différent, il me prodigue sa stratégie, il me conseille. Damien, lui, c'est vraiment le mental, il a un effet placebo sur moi qui fait que quand il est là, je me sens mieux et je suis à l'aise. Il sait ce qu'il faut dire, il a les bons mots, il sait me mettre en condition. Je ne me vois pas faire un combat sans lui. Apres évidemment s'il a un combat le même jour que moi, je combattrai quand même.

Dominik Cruz le tenant du titre dans ta catégorie, te propose un combat demain, tu fonces ?
Oui franchement j'y vais. Je n'ai rien à perdre, tout à gagner, que ce soit dans la victoire ou dans la défaite. Il est très fort, il va vite, il a de bons déplacements, de bons mouvements, un timing de lutte très propre. Après, d'un point de vue sportif, ça ne serait pas forcément un bon choix, mais bon, on est dans un sport où on aime relever des challenges et aller de l'avant.

Lorenzo Fertitta dit que la prochaine étape pour l'UFC c'est les Jeux olympiques. Tu en penses quoi ?
Je pense qu'il y a du temps avant que ça arrive. Après tout est possible, mais pas tout de suite je pense.

New York vient de valider l'UFC et du coup, aux Etats-Unis, l'UFC est "légal" dans tous les Etats. Tu penses que ça va bientôt passer en France?
Comme je le dis souvent, tu ne peux pas stopper le progrès. On a beau dire ce qu'on veut, le MMA sera reconnu à sa juste valeur au vu de l'évolution qu'il connaît chaque année. C'est comme vouloir empêcher la pile électrique, c'est impossible. Un moment il y aura trop de demandes.

A lire aussi : L'Etat de New York vient tout juste de légaliser le MMA

Du fait de ton jeune âge tes parents ne paniquent pas trop quand tu es dans la cage?
Non ça va nos parents à Damien et moi savent ce qu'on fait. Ils n'ont pas de problème avec ça. Ma mère est plus du genre à dire « tu aurais dû lui mettre tel ou tel coup ». Après je reste leur enfant donc il y a une inquiétude. La même que celle que je peux avoir pour mon frère ou mes partenaires.

Le jeu UFC 2 est sorti il y a peu, mais il n'y a pas de Français dedans. Déçu ?
Oui, voilà c'est le seul bémol. Tu sais quand je dis qu'il n'y a pas de combattant français, ce n'est pas pour moi, mais c'est que j'aimerais bien pouvoir jouer avec un combattant français.