Je me nourris du lait de ma femme

J'aime les seins. Comme une grande majorité de mecs, j'aime les toucher, les mater, les agripper et y penser.

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25 janvier 2013, 9:45am

J'aime les seins. Comme beaucoup de gens, j'aime les toucher, les mater, les agripper et y penser. Cependant, la dernière fois que j'ai sucé un téton pour en extraire une substance nutritive, à savoir du lait, mes fesses étaient encore soigneusement enveloppées dans des couches-culottes triple épaisseur. Après cela, j'ai découvert que manger seul constituait le premier pas en direction de l'indépendance et j'ai progressivement oublié que le truc sortant de la poitrine des femmes servait aussi de denrée alimentaire.

Ceci n'est pas le cas des pratiquants de l'adult breastfeeding. Cette communauté, réunie autour du blog Adult Nursing Relation, plaide en faveur des hommes qui aiment baiser et boire du lait maternel en même temps, et de leurs femmes assez amoureuses pour les laisser faire. Le lactose serait également un puissant excitant, comparable, d'après les auteurs de plusieurs essais sur le sujet, à six tasses de café simultanées. D'après l'entrée Wikipédia à propos de la lactation érotique, les premières références au breastfeeding remonteraient à la deuxième moitié du Moyen Âge, dans plusieurs peintures et textes littéraires. Aujourd'hui cependant, les enthousiastes à l'égard de cette pratique se réunissent sur des forums peuplés de bots et d'êtres humains que vous n'aimeriez pas rencontrer.

Même si l'essentiel de la communauté de suceurs de seins se trouve en Grande-Bretagne, aux États-Unis et en Arabie Saoudite, j'ai rencontré la semaine dernière un représentant québécois de cette forme de sexualité. Il ne s'appelle pas vraiment Jean Bergeron, mais il a accepté de répondre à mes questions.

Jean et son bébé, concurrents dans la chaîne alimentaire

VICE : En quoi consiste l'Adult Nursing Relation ?
Jean Bergeron : Tout d'abord, l'ANR n'est pas du tout nouveau. C'est une pratique qui, depuis la nuit des temps, fait partie de la vie sexuelle des couples. Tu as dû entendre parler de la charité romaine, non ? Georges Brassens a également composé deux chansons dans lesquelles il liait allaitement et sexualité : « Brave Margot » et « Je suis un voyou ». On en parle peu car les gens ont des préjugés sur cette pratique. Pourtant, je ne vois rien d'anormal quand je lèche et suce un sein en faisant l'amour : la sexualisation des seins est acceptée. Les seins sont d'ailleurs ce qui m'excite le plus chez les femmes.

OK. Mais à quel moment avez-vous transformé votre passion des seins en passion pour le lait maternel ?
Quand mon premier enfant est né, ma femme a allaité. La voir jeune maman et pleine de vie, les seins prêts à nourrir, m'a tout de suite attiré. J'étais curieux de goûter à son lait. Elle, en revanche, pas du tout – ça la répugnait.
Après l'accouchement, nous avons eu recours à une doula ; elle a répondu aux questions qu'on se posait à propos de l'allaitement. Elle m'a expliqué qu'elle avait adoré allaiter et qu'elle était tentée d'avoir un autre enfant pour ressentir ce plaisir à nouveau. Elle me décrivait tellement bien ses désirs que je me suis mis à regretter que ma femme ne soit pas comme elle, tentée par l'expérience. Je me suis mis à visiter des sites Internet et des groupes ANR sans le dire à ma femme.

Comment s'est déroulée votre première expérience ?
Seulement plusieurs années plus tard, avec une femme mariée. À l'époque, ma femme et moi n'avions plus beaucoup de vie sexuelle – ça n'a d'ailleurs pas changé. Cette femme désirait à tout prix nourrir un homme. Son mari avait toujours rejeté cette idée. Quand ils faisaient l'amour, il lui disait d'aller prendre une douche lorsque le lait montait.

Vous avez donc décidé de le remplacer.
Quand on s'est rencontrés, elle n'avait pas de montée de lait – ce qui n'était pas si important, en fait – mais elle m'a offert ses seins et nous avons partagé tout ce que nous voulions vivre. Je n'ai cependant pas vécu l'ANR sur le long terme et au quotidien, comme je l'aurais souhaité. J'ai également entretenu des correspondances très passionnelles avec des femmes via Internet, amitiés profondes où nous partagions une intimité comme je n'en avais jamais connu auparavant.

C'est mignon. Qu'est-ce que vous ressentez quand vous tétez le sein d'une femme ?
Une sensation de bien-être profond . J'oublie tout et je savoure la douceur d'avoir un sein sucré dans ma bouche. C'est un peu comme étancher une soif, satisfaire un besoin. Une sensation de profonde complicité également ; une amie m'a dit un jour : « Tu sais, même si j'étais en colère contre toi, je crois que je ne pourrais pas te refuser mon sein. »

En effet.
La beauté de l'ANR réside dans la dynamique entre un homme et une femme. La sexualité devient claire, les sentiments sont réciproques, pas ambigus. Pour moi, c'est très sexuel. L'allaitement fait toujours partie du sexe. En revanche, le sexe n'est pas toujours présent lors de la lactation érotique.

Quel est le point de vue des femmes sur le sujet ?
C'est assez similaire. Je crois que les femmes y trouvent une satisfaction sexuelle forte ; certaines le font pour le calme, la sensation agréable et apaisante de nourrir l'homme qu'elles aiment. La plupart ont des orgasmes lorsqu'elles se font téter les seins avec ardeur. C'est d'ailleurs ce qui m'est arrivé – c'était le bonheur total.

Quel est le goût du lait maternel ?
C'est délicieux, très sucré. Je n'ai goûté celui de ma femme qu'une seule fois. En quelques secondes, elle était traumatisée et voulait arrêter. Mais dans l'ANR, le lait est facultatif ; ce qui compte, c'est le désir mutuel. Je ne sais pas exactement pourquoi ce désir existe mais il est similaire à celui qui motive les couples ordinaires ; passer un peu de temps avec les seins de sa femme en faisant l'amour.

C'est vrai. Il existe une part de domination dans ce type de relations, non ?
Il existe une vraie différence entre ceux qui cherchent l'intimité dont je parlais et les personnes qui désirent être infantilisées. Je connais des gens qui veulent porter des couches pendant qu'ils tètent. Mais en général, ils sont plutôt mal reçus par les gens de la communauté ANR. Ils sont tolérés. Disons qu'il y a une grande différence entre les comportements sexuels que propose anrspace.com ou ceux que propose fetlife.com. Personnellement, je ne cherche pas du tout à être dominé. C'est assez marginal dans le milieu ANR.

En France, ce phénomène demeure méconnu. Saurais-tu me dire pourquoi ?
C'est un tabou. Les couples n'imaginent pas que l'ANR puisse faire partie de leur vie sexuelle. Souvent, ce désir apparaît après les grossesses, donc après plusieurs années de couple. Mais c'est vrai que l'ANR n'est pas très répandu dans beaucoup de pays. Les possibilités de rencontre sur les sites ANR demeurent aussi très faibles ; seulement quelques personnes, principalement localisées dans les grandes villes. Selon moi, les gens qui le pratiquent ne le taisent – l'allaitement n'est qu'une passion éphémère dans leur vie sexuelle.

Aussi, les gens ont fondamentalement besoin de faire des choses que l'on considère comme « acceptables ». Il n'y a qu'à lire les commentaires des gens dégoûtés par le breastfeeding pour comprendre à quel point ces réactions sont dictées par un désir d'être normal. Je me rappelle avoir lu des commentaires qui comparaient l'ANR à la scatophilie. Et ce, alors que les gens considèrent comme acceptable le fait d'avaler du sperme – quelle hypocrisie ! Sans cela, je pense qu'environ 10 à 20 % de la population boirait le lait maternel de sa partenaire.

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