Dans le petit enfer des concours canins

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Dans le petit enfer des concours canins

Transformer son chien en reine de beauté est une obsession pour pas mal de gens.
11.12.15

, publié aux éditions FP&CF

Photos de Camille Holtz extraites de son ouvrage Fétiches

C'est pour occuper mon temps libre que je suis allée pour la première fois au salon Dog Show, à Paris, l'un des plus importants concours canin de France. J'y ai retrouvé quelque chose de très visuel – des couleurs vives, des matières brillantes et des chiens bichonnés. Il y avait des caniches mâles, femelles, moyens et nains, des chow-chows, des laïkas, des bichons à poils frisés ou maltais, des loulous de Poméranie, des pinschers, des dalmatiens, des samoyèdes, des carlins, des épagneuls et j'en passe. Ils étaient plus de 500 à attendre leur prix, avec d'ailleurs souvent moins d'impatience que leurs maîtres.

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J'ai observé les coups de brosse répétés à l'infini, les gestes qui placent la tête et les pattes de l'animal dans la bonne position et les derniers essais de marche en laisse avant de passer devant le juge. L'obsession, la détermination et le stress étaient très présents. Certains maîtres ressentent la nécessité d'être les meilleurs et de voir leurs chiens primés. Après le concours, certains pleuraient de joie, tandis que d'autres étaient remplis de déception. Des mois de préparation et des années de passion et de sacrifices se cristallisent lors de ces concours de beauté. Il ne faut d'ailleurs pas oublier que c'est un concours de beauté ; on ne gagne pas d'argent, mais une coupe ou une médaille.

Au départ, je photographiais surtout des autocollants, des photos, des tasses et des vêtements – tout un tas d'objets avec des reproductions de chiens ou des noms de races inscrits dessus, ce qui permet aux spectateurs d'identifier rapidement les centres d'intérêts du maître qu'ils ont en face d'eux. J'ai finalement laissé de côté cet angle pour me concentrer sur l'attitude des chiens et de leurs maîtres dans le contexte des concours de beauté. Plus concrètement, je voulais illustrer la relation particulière qui lie l'humain à l'animal domestique, véritable objet de convoitises et de projections.

Dans mon ouvrage Fétiches, l'humain est présent physiquement par fragments. On aperçoit le bras d'un homme en costume tenant un molosse qui aboie au bout d'une corde en nylon ou encore une main de femme manucurée fermant la gueule de son caniche royal noir.

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Dans ces expositions canines, j'ai surtout été surprise par les règlementations et les normes auxquelles les chiens doivent correspondre pour être officiellement les plus « beaux ». Il y a des critères précis et stricts de taille, de poids, de morphologie, de robe et de comportement qui est déterminé par le standard de chaque race. Plus le chien est proche du standard, mieux il sera classé. Un animal peureux, aveugle ou sourd ne pourra en revanche pas concourir en exposition.

Dans le cas des chiens toilettés (les lévriers, caniches, bichons et yorkshires), l'exigence de la perfection est telle que l'attention que le maître porte à son chien peut frôler la démesure et créer un sentiment d'incompréhension pour les néophytes qui assistent à ce spectacle sans en connaître les règles et les enjeux. Par exemple, les spectateurs peuvent être étonnés d'apprendre que les yorkshires d'exposition doivent porter quotidiennement des papillotes et des pyjamas pour ne pas casser leurs longs poils.

Le monde des expos est loin d'être celui des bisounours. Certaines personnes imposent à leur chien de vivre en cage ou dans un parc pour ne pas que son poil s'abîme. C'est énormément de sacrifices pour pas grand-chose. Mais si on veut avoir un chien au top de sa beauté, c'est le sacrifice à faire.

L'ouvrage Fétiches de Camille Holtz est disponible aux éditions FP&CF.