Sport

Le guide de la LNH pour les bullshitteux

On peut devenir un fan de hockey, mais la chose paraît laborieuse. Non — ce qu'on veut, c'est être capable de faire semblant tout en étant crédible.
14.10.16
Photo : Flickr/The West End

La saison régulière de la LNH est enfin arrivée, et on sait ce que ça veut dire : où que l'on soit, tout ce dont les gens veulent parler, c'est de hockey. (Pour les Canadiens, « les gens », c'est tout le monde. Pour les Américains, « les gens », c'est le gars vraiment poli au travail qui parle un peu lentement et qui est peut-être secrètement Canadien.)

Mais que faire quand on n'est pas un fan de hockey? On peut en devenir un, mais la chose paraît laborieuse. Non — ce qu'on veut, c'est être capable de faire semblant tout en étant crédible. Voici donc les cinq trucs essentiels pour prétendre être un fan de hockey.

Truc no 1 : Accuser Gary Bettman d'absolument tout

Bettman est commissaire de la LNH depuis 1993, et tout ce qui a pu arriver de mal dans la ligue est de sa faute. Par là, je ne veux pas dire tout ce qui va mal depuis 1993, mais bien que littéralement tout ce qui va mal est une conséquence directe de l'existence de Bettman. Le lock-out de 2004 qui a ruiné une saison complète? Bettman. Les points aux perdants? Bettman. La fois en 1988 où deux gars en imperméable ont fini par jouer le rôle d'officiels pour une partie des séries éliminatoires? Bettman. La déroute des nobles français lors de la bataille de Courtrai? En partie le terrain marécageux et l'avantage stratégique de la position des forces flamandes, mais surtout Bettman.

Je ne saurais trop insister sur ce point : si vous voulez passer pour un fan de hockey, pointer Gary Bettman du doigt est la stratégie la plus importante qu'il vous faudra apprendre. Pratiquez-vous suffisamment, et vous pourriez même décrocher un emploi dans les médias sportifs.

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Si vous vous trouvez impliqué dans une conversation sur le hockey dont vous ne suivez vraiment pas le cours, que le silence tombe soudainement et qu'on vous regarde comme si c'était votre tour de parler, hochez simplement la tête d'un air sévère et marmonnez « Estie d'Bettman ». Préparez-vous ensuite pour une ronde de high-fives.

Truc no 2 : Se plaindre des suspensions

Chaque jour pendant la saison régulière, il y a un joueur de la LNH quelque part qui fait quelque chose de stupide et qui écope d'une suspension. Les fans de hockey adorent ça, parce que ça leur donne l'occasion de s'obstiner sur le nombre de parties que la suspension devrait impliquer.

Mais s'obstiner n'est probablement pas le bon mot. Aucun fan de hockey ne veut vraiment s'impliquer dans un débat sur la durée d'une suspension. Ce qu'il faut faire, c'est attendre que le Service de sécurité des joueurs se prononce, puis s'en indigner.

Environ 95 % des décisions du Service sont beaucoup trop clémentes, parce que la ligue, dans sa mollesse, préfère laisser les coupables s'en tirer avec une tape sur la main plutôt qu'infliger de longues suspensions qui enverraient un message clair. L'autre 5 % représente les cas où la ligue s'en prend cruellement à un gars qui ne faisait que finir sa mise en échec et qui n'est pas ce genre de joueur de toute façon. Étrange coïncidence, cette minorité de cas touche toujours notre équipe préférée.

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À présent, soyez attentifs, parce que c'est très important : ne vous prononcez jamais sur une suspension avant que le Service de sécurité ait rendu sa décision. Ça, c'est une erreur de débutant. Si vous le faites, vous risquez de tomber sur le même chiffre qu'eux, ce qui vous forcera à être en accord avec eux. Mieux vaut tergiverser jusqu'à ce que la décision soit annoncée. Là, vous vous fâchez.

Question boni : Savez-vous qui est responsable de toutes les suspensions injustes? Eh oui : Gary Bettman.

Truc no 3 : Détester tous les bons joueurs

Celui-ci est un peu étrange, mais n'en est pas moins important. De nos jours, la LNH compte beaucoup de joueurs étoiles à leur apogée, de Sidney Crosby à Alexander Ovechkin, en passant par P.K. Subban et Connor McDavid. Et vous les détestez tous.

Crosby est chialeux. Ovechkin est show-off. Subban a déjà souri une fois. On ne sait pas encore vraiment pourquoi on déteste McDavid, parce qu'il a l'air d'un bon gars et on se sent un peu mal qu'il soit obligé d'habiter à Edmonton, mais donnez-nous quelques semaines et on va trouver une raison.

Les seuls joueurs que les fans de hockey peuvent aimer sont les vétérans taciturnes : le genre de joueurs qui jouent six minutes par soir sur le quatrième trio et qui n'ont plus beaucoup de dents. Voit-on ces joueurs-là s'énerver lorsqu'un but est marqué? Non, parce qu'ils ne sont jamais sur la glace quand ça se produit. Et même s'ils l'étaient, ils resteraient probablement impassibles de toute façon.

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Mais tous les autres joueurs sont détestables.

Truc no 4 : Tout était mieux avant

La LNH d'aujourd'hui est correcte. On la suit. Elle est là. Mais elle n'a rien à voir avec ce qu'elle était avant (où « avant » signifie lorsque vous étiez enfant).

Autrefois, les joueurs avaient du respect les uns pour les autres. Ils suivaient un code. La passion du sport représentait plus qu'un gros chèque. Les parties étaient enivrantes et comprenaient beaucoup de buts, et il y avait des vraies dynasties au lieu de toute cette parité diluée.

En tant que faux fan, votre rôle est de constamment évoquer avec nostalgie l'époque glorieuse du hockey. Pratiquez-vous en passant quelques heures à visionner des vieux vidéos sur YouTube, puis en inondant la section des commentaires avec des phrases du genre « Ça, c'était du VRAI hockey! » Vous ne serez pas seul.

Soit dit en passant, tout ça pourrait vous causer un peu de dissonance cognitive si vous êtes assez vieux pour vous rappeler qu'autrefois, les mêmes équipes gagnaient toujours, les gardiens de but pouvaient à peine se tenir debout, les joueurs s'éclataient le crâne avec leurs bâtons, les propriétaires volaient tout l'argent, et tout le monde s'empilait de temps en temps dans les gradins pour attaquer les fans de manière aléatoire. Mais ça, c'est la faute de Bettman.

Truc no 5 : Jurez occasionnellement que vous en avez assez d'être un fan

Fuck la ligue. Fuck le produit dilué, les parties ennuyeuses, les joueurs ronflants et les arbitres pourris. Fuck les lock-out, la commercialisation incessante, les parties en plein air et les passes de cash. Fuck la violence et l'absence de violence. Fuck Gary Bettman et tous ceux qui lui ressemblent. Vous en avez assez. C'est fini.

P.S. Vous ne tiendrez jamais cette promesse.

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