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Vice Blog

Le ciné-club du lycée - Donnie Darko

22.4.11

Depuis le début de cette colonne, c'est la première fois que je suis aussi enthousiaste à l'idée de revoir un film de lycéen, même si je n’étais plus tout à fait sûre de ce que ce film avait pour figurer dans mes favoris. En 2001, quand Donnie Darko est sorti au cinéma, j'étais pleine d'espoir quant à mes perspectives d'avenir et certains optimistes pensaient encore que le futur allait ressembler à une illustration de livre de science fiction.

Dix ans plus tard, les voitures volantes n'existent pas et la téléportation est toujours un paradoxe physique, mais les nouvelles technologies m'auront apporté la maigre consolation de jouir de la beauté de ce film en full HD et de voir le Director's Cut (avec probablement trente secondes additionnelles qui m’ont aidé à décrypter plus facilement les sombres élucubrations du cerveau de Richard Kelly).

Le film a fait un énorme flop à sa sortie et il a fallu attendre le DVD pour que les gens y apposent l’insupportable étiquette de « film culte ». En plus de donner pile ce qu’il faut en indices scénaristiques pour que le spectateur se sente intelligent, le réalisateur évoque deux grandes leçons de l'enseignement secondaire ; à savoir la philosophie nietzschéenne et les cours de littérature sur le destin. Sachant qu'il n'y a rien de tel pour un gros bébé que de pouvoir appliquer ses connaissances nouvellement acquises à tout ce qu'il voit, ce film a été adulé par toute une génération de lycéens. Certains se sont même trouvés un côté mélomane en découvrant Joy Divison et Echo & the Bunnymen, pour s’empresser ensuite de crier à la blogosphère que leur ultime désir était qu’on passe la reprise de Mad World par Gary Jules à leur enterrement. Le film est distrayant et bourré de dialogues pertinents, même lorsque les personnages se questionnent sur la signification du gang bang chez les Schtroumpfs.

Je me rappelle peut-être m'être posé la question sur ce que pouvait bien représenter les longs corps aquatiques qui sortent du thorax des personnages tout le long du film, mais dans le fond, j’ai quand même eu l’illusion de me sentir futée au moment où les crédits ont défilé.

L'action se déroule dans la ville fictive de Middlesex en Virgine, pendant la campagne présidentielle de 1988 qui opposait Michael Dukakis à George Bush Sr. Donnie Darko est un adolescent doté d'un nom de super héros et de multiples troubles émotionnels, qui prend un nombre excessif de médicaments et souffre de somnambulisme. Foncièrement brillant, il est assez jeune pour nourrir encore l'espoir de devenir auteur/peintre et se battre contre la vision étriquée de ses supérieurs hiérarchiques. Dans son lycée, on retrouve tout ce qui caractérise l'âge ingrat dans l'image mythologique des années 1980, quand les ados faisait des turbos avec leurs cigarettes avant leur séance de vie de classe, que le mec le plus badass du lycée arborait un mulet et que les élèves rigolaient grassement devant les vidéos de prévention ringardes que leur imposaient les adultes (une des raisons pour laquelle j'ai cru pendant des années qu'un trip hallucinogène ressemblait à une vidéo gouvernementale impliquant des licornes multicolores et des smileys souriants).

Un soir d’octobre, Donnie échappe de peu à la mort en écoutant les conseils de son ami imaginaire Frank, un lapin humanoïde peu engageant qui lui somme de sortir de sa chambre. Frank avertit ensuite Donnie que la fin du monde arrivera dans 28 jours, 6 heures, 42 minutes et 12 secondes. La suite est une longue énigme qui se résout petit à petit, inscrivant ainsi ce film dans la catégorie des « bijoux de complexité qu’il faut regarder une seconde fois pour en apprécier le génie ». Ça a l’air monstrueusement chiant comme ça, mais c’est vrai. Même dix ans plus tard.

Chris Fisher est un réalisateur ambitieux qui a réussi à réaliser des films dont personne n’a jamais entendu parler sur une tranche temporelle de huit ans. Il s’est risqué à faire une suite à Donnie Darko, qui est sortie en 2010, et dont je n’avais jamais entendu parler avant de m’enfoncer dans les tréfonds de Wikipédia. Richard Kelly a déclaré ne pas vouloir s’impliquer dans ce projet et n’a même pas lu le script.

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Lui ne s'en est pas trop mal sorti en signant par la suite un film à strates multiples mettant en scène des acteurs aussi oubliés que The Rock, Sean William Scott ou encore Sarah Michelle Gellar, et en adaptant la nouvelle Button, Button avec The Box. Il suffit juste de faire exception de l'écart de conduite qu'il a fait en écrivant le scénario de Domino pour cette tantouze de Tony Scott.

Jake Gyllhenhaal était cool avec son grain de beauté au-dessus de la bouche et ses fausses manières de poltron, mais le voir jouer dans une adaptation de jeu vidéo qui ressemble de loin à une suite de Judge Dread m’a fait un peu mourir de l’intérieur.

Forcément, personne n’avait remarqué Seth Rogen qui joue ici son premier rôle dans un long-métrage. Il m'aura fallu plusieurs années d'expérience et de sagesse accumulée pour que je trouve l'intelligence de visionner une tonne de comédies américaines, afin de pouvoir remarquer ce genre de détails qui me permettent de briller chez les mondains de 2011.

Finalement il y a des choses qui ne changent pas ; Donnie Darko est toujours un film hyper bien et je suis une idiote de me laisser berner à chaque fois par cette entité fourbe qu’est la flatterie intellectuelle. Parce que dix ans plus tard, je crois bien que j’ai fini par comprendre ce qu’ils représentaient, ces foutus corps aquatiques qui sortent du thorax des personnages tout le long du film.

PAZ DE LA MUERTA