Société

Sainte-Marie–Saint-Jacques est à nouveau sur la map

Les deux circonscriptions de Québec solidaire demeurent intactes dans le redécoupage électoral final.
2.3.17

C'est un grand soupir de soulagement que peuvent désormais pousser Manon Massé et les citoyens de la circonscription de Sainte-Marie–Saint-Jacques. L'épée de Damoclès qui les surplombait depuis une trois semaines a finalement été remise dans son fourreau : la circonscription provinciale ne sera pas rayée de la carte électorale.

La Commission de la représentation électorale (CRE) est revenue à sa proposition initiale, qui était de fusionner les circonscriptions Mont-Royal et Outremont. Un choix qui respecterait mieux les communautés culturelles montréalaises, indique le Directeur général des élections du Québec (DGEQ).

« Cette victoire, c'est la victoire du monde ordinaire qui s'est mobilisé comme un diable dans l'eau bénite ces trois dernières semaines pour défendre sa communauté et pour se faire entendre, malgré l'absence de consultations formelles », a déclaré jeudi Manon Massé.

Se battre pour sa survie

Publicité

La lutte n'aura pas été de tout repos. Le 7 février, la CRE annonçait que Sainte-Marie–Saint-Jacques serait dissoute dans les circonscriptions avoisinantes, dont la majeure partie dans Westmount.

La décision a pris tout le monde de court, car un tel redécoupage ne figurait pas dans le rapport préliminaire produit par l'organisme en 2015. On pensait alors plutôt combiner deux bastions libéraux. Le PLQ s'est vertement opposé à cette fusion et a eu amplement le temps de faire valoir ses arguments, notamment en ce qui concerne l'augmentation projetée de la population dans ce secteur.

La carte électorale dessinée dans le second rapport est alors arrivée comme une surprise, d'autant plus qu'on effaçait une des deux seules circonscriptions de Québec solidaire (QS), que Manon Massé avait réussi à arracher à sa rivale libérale avec seulement 91 votes de plus, au dernier scrutin.

Certes, l'exercice de la CRE n'en est pas un partisan. Il se produit à chaque deux élections, il est indépendant du pouvoir, mais il reste que la Solidaire s'en trouvait fortement désavantagée.

La députée est montée illico aux barricades pour défendre les intérêts de la communauté qu'elle représente. Elle criait à l'injustice, pas parce qu'elle y perdrait son siège, mais parce que, sans préavis, ses citoyens n'avaient pas eu l'occasion de se prononcer sur cette décision importante. Ils auraient pu se rendre aux consultations publiques tenues lors de la publication du premier rapport… mais qu'auraient-ils bien eu à dire si leur circonscription était alors épargnée?

Publicité

Le mois dernier, cinq heures de débat ont été tenues à l'Assemblée nationale au sujet du second rapport, durant lesquelles les autres partis ont cédé à Manon Massé une partie de leur temps de parole pour qu'elle ait plus que la dizaine de minutes initialement prévue. Elle a tenté d'y faire valoir l'unicité de la communauté de sa circonscription.

QS a aussi tenté de faire adopter un projet de loi pour suspendre le processus de la CRE jusqu'en juin pour « gagner du temps ». Le leader parlementaire Jean-Marc Fournier a refusé d'appeler le projet de loi, seule manœuvre qui aurait permis que celui-ci soit voté en assemblée. La demande d'injonction faite par deux sympathisants solidaires a également été rejetée par la Cour supérieure.

Le petit parti de gauche et les citoyens de Sainte-Marie–Saint-Jacques avaient donc 10 jours suivant le débat des élus pour faire valoir leur point de vue par voie de courriels, pétitions, mémoires, lettres et autres messages adressés à la CRE.

Une manœuvre qui a porté fruit.

Un suspense insoutenable

La CRE avait été claire : il fallait qu'une circonscription de Montréal disparaisse d'une manière ou d'une autre, car une bonne partie de ces circonscriptions avait une densité de population inférieure à la moyenne québécoise et l'augmentation de la population n'y était pas aussi rapide qu'ailleurs.

Par souci d'équité dans la représentativité des circonscriptions québécoises, on passerait le couperet dans la métropole.

Publicité

À la suite du dépôt du second rapport, une relationniste du DGEQ, Alexandra Reny, nous avait indiqué que les deux scénarios présentés étaient toujours sur la table. Qui allait donc partir?

La tâche n'est pas facile à Montréal, indique-t-elle. « On a une certaine difficulté sur l'île, surtout dans ce coin de circonscriptions, notamment à cause des frontières urbaines comme les autoroutes, les échangeurs, le mont Royal au centre de ça. On ne peut pas agrandir, il faut rester dans certaines limites physiques et naturelles. » Le remaniement est donc un grand défi.

Les commissaires ont tenté de créer une circonscription regroupant le centre-ville, calqué sur l'arrondissement municipal Ville-Marie.

« Force est d'admettre que les électeurs de cette future circonscription n'étaient pas d'accord. Ils ont soulevé des disparités importantes au niveau des communautés naturelles, par exemple le quartier des affaires du centre-ville, avec le Centre-Sud, avec un quartier d'étudiants plutôt anglophones. Ces disparités étaient plus grandes que celles qu'on avait observées pour la fusion Mont-Royal–Outremont », ajoute la relationniste.

C'est un constat auquel ils sont arrivés après avoir reçu un peu plus de 4000 commentaires, dont la majorité concernait la circonscription du centre-ville.

4000? C'est beaucoup à analyser en si peu de temps, non? « On a travaillé fort ces derniers jours », en convient-elle.

Elle précise d'ailleurs que les commentaires d'ordre partisan, portant par exemple sur le poids politique d'un parti à l'Assemblée nationale, n'ont pas été pris en compte dans la décision finale.

Oh et en passant la circonscription Crémazie change de nom pour Maurice-Richard. C'est cool.