À la rencontre du PKK, en première ligne du combat contre l’EI
Photo de Frederick Paxton/VICE News

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À la rencontre du PKK, en première ligne du combat contre l’EI

Le PKK, bien que considéré comme un groupe terroriste par les États-Unis, vient en aide aux Américains dans la lutte contre l'organisation.
12.10.14

La contre-offensive kurde contre les militants extrémistes sunnites au nord de l'Irak s'accélère. Des troupes locales issues du Kurdistan irakien, appelés peshmerga, contrôlent à nouveau des zones de territoires importantes - dont une série de villes et de villages, notamment le point stratégique qu'est le barrage de Mossoul - qu'ils avaient perdu plus tôt dans le mois à la suite d'une offensive éclair par les insurgés de l'État Islamique (EI). Pour ce faire, ils ont reçu de l'aide : les Américains ont bombardé les positions de l'État islamique, leur ont livré des armes, tout comme le gouvernement irakien et d'autres pays

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Les Kurdes iraquiens, semi-autonomes, avaient un autre allié de poids, bien que ce ne soit pas un allié dont les officiels aiment mentionner. Il s'agit d'un groupe de guérilla kurde considéré comme des terroristes par l'Europe et les Etats-Unis, parce qu'il commet de nombreuses attaques à la bombe contre des civils et contre des positions militaires turques depuis 30 ans dans une lutte pour leur indépendance.

Des centaines de combattants paramilitaires du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) sont arrivés en renfort auprès des peshmerga après l'avancée de l'État islamique, amenant avec eux une motivation morale bien nécessaire, et de l'aide pour les combats. Ce renfort a fait la différence dans un grand nombre de combats, souvent menés avec le soutien de l'armée de l'air américaine.

Mi-août, VICE News a rencontré un groupe de 75 combattants lors de leur voyage depuis leur bastion dans les montagnes Qandil à la frontière irako-iranienne, jusqu'à la ville riche en pétrole et ethniquement mixte de Kirkuk.

Perdre le contrôle de cette région aurait été un coup dur pour les Kurdes. Comme il n'y a pas eu de véritable affrontement depuis que l'État islamique a chassé l'armée irakienne des territoires avoisinant en juin, le front est au sud de la ville. Les forces ennemies sont collées les unes aux autres : lorsque l'on conduit du côté kurde de la route, les drapeaux de l'État islamique sont nettement visibles, flottant au vent.

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Le PKK a beau ne pas être officiellement dans la région, le groupe y est actif, ses combattants faisant peu d'efforts pour se cacher, on les repère immédiatement.

Ils préfèrent le large vêtement traditionnel kurde, vert olive, souvent accompagné d'un keffieh, aux treillis camouflage, gilets pare-balles et casques des peshmerga.

Ces derniers ont l'air plutôt bien nourris et à l'aise, tandis que les forces du PKK sont maigres, nerveux, fatigués par le soleil et assidus. On trouve aussi des femmes dans leurs rangs, qui combattent à l'égal des hommes.

Photo par VICE News/Frederick Paxton

À présent, les combattants du PKK défendent Kirkuk dans un ensemble composé de peshmerga et des soldats irakiens restant. Ils opèrent de façon semblable à une unité de forces spéciales, menant des opérations de nuit contre les bases de l'État islamique.

Ils ont dit à VICE News qu'ils étaient dans la région pour empêcher les insurgés jusqu'au-boutistes d'enlever des non-Arabes dans les villages. Beaucoup d'entre eux sont habités par des minorités, comme les Yézidis et les Shabaks, considérés comme des infidèles, et pour cela persécutés par l'État islamique. La présence du PKK a apporté la paix dans les esprits de la population civile qui estime que la guérilla a joué un rôle essentiel dans la reconquête de territoires face à l'État islamique.

Salam Kakai, un habitant de la région proche du parti de l'Union patriotique du Kurdistan a dit à VICE News que le PKK avait été bien accueilli : « dans la région, les habitants craignent que l'État islamique ne nous attaque, qu'il massacre notre peuple et enlève nos femmes… Mais heureusement maintenant il y a les peshmerga et les guérilleros ici, ce qui a empêché l'État islamique d'avancer ».

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Si le front de Kirkuk n'a été le théâtre que de petites escarmouches, les combattants du PKK ont fait la différence ailleurs, sur des terrains plus importants. Quand l'État islamique a attaqué la ville de Makhmour, près d'Erbil, la capitale du Kurdistan irakien, les forces peshmerga ont battu en retraite - un choix tactique pour certain, un choc chaotique pour d'autres. Même Ali Faté, un vétéran peshmerga à la tête du front dans la région a admis avoir été pris par surprise.

Ali Faté a raconté à VICE News que la ville a par la suite été reprise par des forces kurdes, tuant huit combattants de l'État islamique. Il ajouta que le PKK n'a pas fait grand-chose d'autre dans la région que de défendre le camp de réfugiés. « Les autres groupes kurdes ont été efficaces quand il a fallu défendre leurs propres territoires. Ils ont gardé leurs positions pour nous », selon Ali Faté.

Voilà pour la version officielle des faits. Les combattants du PKK quant à eux, racontent une histoire différente.

Ce sont eux, disent-ils, qui sont à l'origine de l'avancée qui ont forcé l'État islamique à se retirer. Puis, ils s'en sont retirés et ont laissé les peshmerga - qui les ont soutenus à distance seulement - reprendre la position.

« Les peshmerga se sont retirés de Makhmour, tandis que les camarades (le PKK a des racines communistes) sont restés, ont combattu l'État islamique et l'ont vaincu », raconte Magid, le commandant du groupe PKK de Kirkuk, un sourire au lèvres.

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« Ensuite, les peshmerga sont arrivés avec une artillerie lourde et se sont attaqué aux islamistes avec des Katouichas (des lance-roquettes russes). Mais les premières lignes ont été capturées par le PKK, et le PKK seulement ». « Les guérilleros sont responsables pour les huit morts de l'État islamique », ajoute-t-il.

D'autres racontent des histoires semblables. Dans le camp de réfugiés de Silopi, en Turquie, des Yézidis qui ont fui l'offensive de l'État Islamique près de la ville de Sinjar et se sont retrouvés encerclés au sommet d'une montagne du même nom, racontent que les peshmerga se sont retirés sans crier gare. Ils affirment que la seule protection qu'ils ont reçue vient de la ramification syrienne du PKK, les unités de protection populaire (YPG), qui a ouvert une route sécurisée aux Yézidis. « On veut que le PKK et le YPG restent pour nous protéger, les peshmerga viennent de partir, ce sont des vendus », Neber Janim, 23 ans, confesse à VICE News.

Les tactiques de combat du PKK, leur style, et leur éthique sont très différents de des peshmerga, ce qui l'a aidé contre l'État islamique dans les régions où il est intervenu. Tout comme leurs opposants, ils sont habiles, férocement idéologiques et ont l'habitude de la guérilla. Le PKK a combattu l'État islamique en Syrie pendant plus de deux ans et a aiguisé ses talents guerriers en Turquie, tandis que les peshmerga n'ont pas combattu depuis l'invasion américaine en Irak.

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Magid, qui est originaire de Kalar, dans le Kurdistan irakien, attribue l'efficacité du PKK à son entrainement. « Les camarades sont éduqués, et ils ont des troupes professionnelles. C'est pour ça que l'État islamique a peur de nous. On n'est pas comme les autres troupes, on a de la discipline et un système ».

Magid évite soigneusement d'être désobligeant envers les peshmerga. D'autres sont moins diplomatiques. « Les peshmerga sont faibles et n'ont pas réussi à nous défendre contre l'État islamique à Sinjar, pas plus qu'ailleurs », Rabas, un combattant de 20 ans confie à VICE News.

Ces faits, les officiels de la capitale d'Erbil ne sont pas prêts à les reconnaître. Le porte-parole des peshmerga, le Général Halgurd Hikmat a lui minimisé l'importance du PKK dans les avancées contre l'État islamique. Après qu'un officier soit intervenu, Halgurd Hikmat a ajouté : « je peux affirmer que l'aide du PKK était partielle, pas à grande échelle mais sur des points spécifiques ».

Malgré tout, les législateurs sont évidemment au fait de la contribution apportée par le PKK. Massoud Barzani, président du Kurdistan irakien, a visité un camp de PKK après la bataille de Makhmour, ce qui est surprenant si l'on prend en compte la rivalité qui oppose son gouvernement au groupe.

Devoir se reposer sur un ennemi d'alors serait délicat pour les politiques kurdes, comme de devoir admettre qu'ils ont besoin de renforts. L'avancée de l'État islamique a mis en lumière que les peshmerga, autrefois combattants sans peur des forces de Saddam Hussein sont en réalité moins compétentes que ce que beaucoup pensaient.

La classification du PKK comme groupe terroriste est d'autant plus embarrassante que les Etats-Unis leur fournissent une aide militaire et qu'ils les appuient avec des bombardements. Les lois internationales interdissent aux Etats-Unis et à ses alliés de fournir des armes ou d'entrainer des organisations « terroristes ». Mais comme les combattants du PKK sont partiellement intégrés aux peshmerga c'est inévitable. C'est d'ailleurs le dernier exemple en date de la façon dont l'État islamique rapproche des groupes autrefois ennemis puisqu'ils trouvent des intérêts communs.

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Le PKK a déjà reçu de l'aide de la part des Etats-Unis, bien que de troisième main. Les forces Kirkuk étaient au volant d'un Humvee américain avec des inscriptions PKK griffonnées à l'arrière, et des combattants étaient équipés de fusils d'assaut américains.

Ils ont été saisis par des militants de l'État islamique, qui avaient déjà pillé des armes américaines en juin dernier lorsqu'ils avaient mis l'armée irakienne en fuite, et ces armes avaient été utilisé et contre l'armée irakienne et contre les peshmerga.

Le résultat est que deux groupes que les Etats-Unis considère comme terroristes utilisent des armes américaines les uns contre les autres.

L'idée que le PKK soit nouvellement armé d'artillerie lourde et en véhicules n'est pas très appréciée par la Turquie, notamment après les attaques contre ses troupes plus tôt dans la semaine.

Pourtant, le PKK fait tout son possible pour se revendiquer comme une organisation cherchant la démocratie, et non la terreur. « Le PKK est sur la liste des groupes terroristes à cause de la Turquie et de d'autres pouvoirs impérialistes », a déclaré un combattant iranien de Kermanshah. « Mais la réalité est claire comme de l'eau de roche, personne ne peut le nier. Le PKK démontre qu'il n'est pas un groupe terroriste, mais qu'il fait partie inhérente des forces kurdes, que c'est une force qui défend le Kurdistan ».

Ce combattant nie les accusations d'attentats et d'attaques commis par le groupe, affirmant que ce sont des groupes isolés qui en est à l'origine. « Il y a des groupes qui ont commis des crimes au nom du PKK, mais qui ne faisaient pas partie du PKK. Notre idéologie et nos espoirs sont loin de ceux de l'État islamique. On n'a massacré personne. Tous nos efforts sont pour notre nation, pour que nous obtenions le droit à l'autodétermination ».

Il a rappelé le changement de ligne récemment pris par le PKK qui affirme ne plus se battre pour l'indépendance (le principe d'origine du PKK), mais pour une confédération démocratique. « Notre but n'est pas d'avoir un État kurde indépendant, mais un Kurdistan démocratique, sous l'égide d'une confédération qui défend l'égalité et les libertés », a déclaré à VICE News une combattante du Kurdistan Turc. Magid a ajouté que d'autres nationalités, d'autres religions étaient les bienvenues.

Malgré ces déclarations, il y a peu de chances que le statut de groupe terroriste du PKK soit abrogé, surtout en Turquie. Toutefois, les Etats-Unis semblent tant bien que mal s'être rangés derrière l'idée que le PKK est un groupe terroriste sur lequel ils peuvent fermer les yeux.

Suivez John Beck sur Twitter : @JM_Beck

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