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Cheerleading : le sport le plus dangereux du monde ?

Alors que les championnats du monde démarrent ce mercredi 25 avril à Orlando, en Floride, on a parlé chutes et commotions cérébrales avec les membres de la Paris Cheer.

par Romuald Gadegbeku
25 Avril 2018, 10:48am

Photo via Instagram / Paris Cheer Royals

Ne les appelez pas « pom-pom girls ». Le terme – qui fleure bon les séries US, les bodys à paillettes et les cris stridents – a le don d’agacer les membres de la Paris Cheer, le meilleur club de cheerleading de France. « Je n’ai rien contre elles, mais nous, on est dans la performance, dans la compétition », lance Elise, 27 ans. Et après avoir assisté à leur dernier entraînement avant le championnat du monde, qui démarre ce mercredi 25 avril à Orlando, en Floride, on n’osera plus jamais les comparer.

Dans un gymnase du 15 e arrondissement de Paris, les membres de la Paris Cheer enchaînent six heures de saltos, de sauts, de cascades, de rattrapages plus ou moins contrôlés – et de chutes. Sur le praticable, le pied d’une fille portée en l’air s’échappe des mains de celle restée en bas, elle tombe, les corps s’entrechoquent. Clairement, le cheerleading est un sport de contact. « C’est rare de finir une séance sans bleus », glisse Emilia, 19 ans. Moins saignant que la boxe et moins violent que le rugby, la discipline n’en est pas moins dangereuse. Aux États-Unis, où elle est bien plus pratiquée – on y compte 4 millions d’adeptes contre à peine 3 000 en France – elle est d’ailleurs au cœur d’une polémique. En 2016, une enquête de l’American Academy of Pediatrics révélait que si le nombre de blessures touchant les cheerleaders était moindre par rapport à d’autres sports, elles étaient souvent plus graves. Au premier rang desquelles les commotions cérébrales représentant 31,1 % de celles-ci. Un chiffre qui remet les pendules à l’heure et rappelle que ces sportives n’ont pas que des problèmes de cœur avec les capitaines d’équipes de baskets… mais de réels problèmes de santé, notamment à long terme. À force de tomber et retomber sur le praticable pour s’entraîner aux stunts (les fameuses acrobaties aériennes), les corps prennent cher.

« Il faut savoir tomber : les jambes bien serrées, les bras bien gainés le long du corps. Ça ralentit la chute… et évite de cogner les autres » - Emilia, 19 ans.

Au Paris Cheer aussi , les blessures font partie la vie quotidienne. « Comme dans tous les sports », tiennent à préciser, en chœur, les coéquipières. Toutes en ont une – plus ou moins grave – à leur palmarès. « Je me suis cassé le pied en faisant un salto. J’ai eu deux mois de plâtre et trois mois de rééducation. Mais j’ai tout récupéré ! », se félicite Alianore, 17 ans. Élise, elle, s’est luxé le coude - une « broutille », assure-t-elle. Quand Summer, 16 ans, s’être « peut-être » foulé la cheville, mais n’y a pas plus prêté attention que ça. Les règles de sécurité sont la base de la pratique. Elise se souvient de sa première séance, sept ans auparavant : « tout de suite, on nous apprend que la vie de la fly (la « voltigeuse ») est la priorité. Elle se fera forcément plus mal en touchant le sol que moi, en la rattrapant ». Le rapport de l’ American Academy of Pediatrics le confirme : 53 % des blessures dites « graves » ont lieu lors des stunts. Emilia, qui occupe ce poste dans l’équipe, a appris à prendre ses précautions : « il faut savoir tomber : les jambes bien serrées (si elles sont écartées, on a plus de risque de se faire mal), les bras bien gainés le long du corps. Ça ralentit la chute… et évite de cogner les autres ».

« Il faut être sûre de soi – et autres - à 100 %. C’est quand tu es déstabilisée que tu risques la chute grave » - Emilia, 19 ans.

Pour les cheerleaders, danger et confiance sont les deux faces d’une même pièce. Et il en faut, de la confiance, quand on se retrouve toute en haut d’une pyramide humaine, prête à être projetée dans les airs… « Au début, c’est compliqué. Mais il faut être sûr de soi – et des autres – à 100 %. Si tu n’es pas sûr d’être rattrapée quand tu montes dans un porté, tu seras déstabilisée. Et c’est là que tu risques la chute grave », explique Emilia. Cet esprit de corps, cette solidarité intrinsèque à la discipline, c’est justement qu’elle est venue chercher chez les Cheer : « avant, j’ai fait cinq ans de gymnastique. On peut être en équipe, bien sûr. Mais au final, c’est quand même une performance individuelle. Face aux juges, on est seule ». Même chose pour Elise : « au cheer, on est une chaîne. S’il en manque une, on ne peut plus réaliser la figure. Du coup, on est très dépendants les uns des autres. On est presque une famille et c’est justement ce que j’adore ».

« La figure du « Basket Toss » provoque des sensations extraordinaires » - Sumer, 16 ans.

Si le poste fly, de voltigeuse est le plus dangereux, il n’en n’est pas moins le plus convoité. Comme au foot, où l’on se fritte dans l’équipe pour jouer en attaque, chez les Cheer, la concurrence est rude pour « en être ». Summer, fly en titre et casse-cou assumée, glisse : « c’est le poste que toutes les filles veulent. Enfin, celles qui n’ont pas le vertige… ». Sa figure préférée ? Le Basket Toss, quand elle littéralement projetée dans les airs par ses coéquipières : « les sensations sont exceptionnelles » lance-t-elle, bravache. Une figure que l’on peut d’ailleurs voir dans le clip La Même de Maître Gims et Vianney. Ses parents ont-ils peur quand ils voient régulièrement leur fille tutoyer le plafond du gymnase ? « J’imagine… », sourit-elle avec insolence.

Si la famille de Summer ne doute plus du caractère sportif du Cheerleading, chacune d’entre elles a dû vaincre les réticences – et les vannes – de son entourage. « Quand j’ai commencé, mes amis ont été très surpris. Pour eux, j’allais faire la « pom-pom girl » en body à paillettes. Mais je leur ai montré des vidéos, ils sont venus à mes entraînements et depuis… ils sont plutôt impressionnés », raconte Elise. Même chose pour Alianore : « mon père aurait aimé que je fasse de l’athlétisme ou de la natation. Ça lui a fait bizarre au début… ».

Maintenant, sa fille participe aux Championnats du monde… Un rêve auquel la Paris Cheers a déjà pris part l’année dernière. Et malgré une modeste 26 e place sur 52, elles en gardent des étoiles plein les yeux. « Aux États-Unis, c’est un truc énorme ! Il y a l’équipe Smoed. Au Canada, celle des Great White Sharks. C’était super de les rencontrer », se souvient Alianore. Deux formations qui trustent les titres mondiaux depuis des années. Starisés, leurs membres font même l’objet de reality shows façon MTV. En France, évidemment, la visibilité est moindre et les sponsors, quasi inexistants. Le rêve américain à un coût : les billets et l’hôtel sont à la charge des athlètes et de leurs familles. Le cheer est finalement toujours à mi-chemin entre rêve et réalité brutale – mais l’important n’est pas l’atterrissage, c’est l’envolée.