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Pourquoi « The Life of Pablo » de Kanye West est mon disque préféré de 2016

Plus qu'un simple album : un parchemin dessiné par un ancien illuminé tenté d'écrire une poésie alchimique de la transcendance.
12.12.16

Bien qu'ayant une espèce de sensibilité sélective pour les « musiques noires », je n'ai jamais rien pigé au gospel et n'ayant aucune sensibilité pour les « musiques religieuses », les cantiques sont aussi éloignés de ma vie que possible. Ces musiques censées rapprocher l'auditeur de Dieu, l'élever, le faire toucher à la grâce céleste, une idée plus grande que l'Homme, je n'en ai jamais rien eu à foutre et j'ai toujours pris ça pour une espèce de folklore bien mignon mais légèrement obsolète.

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Un brin lourdaud, The Life of Pabloest sorti le 14 février. Ce jour-là, après l'ouverture gospel clicheteuse qui m'a fait tirer la gueule, j'ai remarqué quelques bons titres, puis j'ai été scotché par ce final incongru sur du Mr Fingers qui m'a vaguement fait comprendre où Kanye West voulait en venir avec sa ribambelle musicale. J'ai tiré l'acapella d'« I Love Kanye » pour en faire un morceau et l'envoyer à mon seul pote qui méritait de le recevoir, puis je n'ai pas réécouté l'album. La richesse du clip de « Famous » m'a fait halluciner, mais je n'ai toujours pas réécouté l'album.

Puis quelques mois sont passés, et je me suis dit que j'allais réécouter The Life of Pablo. Rien de particulier ne m'était arrivé entre temps, pas de mort de proche, pas de naissance, pas de rupture, aucun de ces événements qui permettent à l'Homme de prendre conscience de sa nature, éphémère et cyclique. Rien de tout ça. Mais en réécoutant The Life of Pablo, j'ai compris la grâce céleste. La grâce céleste telle qu'elle pouvait s'appliquer à 2016, à l'auto-tune, à Instagram, au cul de Kim Kardashian. J'ai saisi ses punchlines sans effort. J'ai surtout saisi la gravité, le poids d'un album dont l'absence de tubes ne fait que servir sa longue descente dans les abîmes de l'âme humaine circa 2016.

Chaque titre de The Life of Pablo est un voyage dans ses tréfonds, qu'il s'exprime musicalement ou verbalement. L'enchaînement de « Lowlights » et « Highlights », la fin abrupte de « Freestyle 4 »et ce « I Love Kanye »qui sert de transition à une deuxième partie d'album qui forme le même type d'entité que la face B d'Abbey Road, ce long track polymorphe et cohérent qui commence réellement avec « FML »et ces 9 cercles de l'enfer découpés en 3 actes, pour enchaîner exclusivement des moments de dérives post-nucléaires – ouais, « 30 Hours », c'est surtout de toi que je parle – et finir sur « Fade », avant que Kanye West n'ajoute « Saint Pablo », qui agit comme un PS après l'ultime affront composé par le sample de « Mysteries Of Love ». Bien au-delà de Mr Fingers, je lisais désormais l'album comme un parchemin dessiné par un ancien illuminé tenté d'écrire une poésie alchimique de la transcendance, conscient de l'impasse dans laquelle sa croisade le mènera. Un parchemin qui ne me quittait plus, avec lequel je me réveillais et m'endormais, inexorablement, habité désormais par la grâce et le besoin de le déchiffrer. Ça fait 5 mois que ça dure, putain, et je commence à en avoir un peu marre, mais qu'importe l'effet earworm…

Quand, en bon samaritain, je suis allé voir Rester Vertical d'Alain Guiraudie, en septembre, tout s'est éclairé. Dans le film, un mec complètement à la dérive, en fondu existentiel total, cherche à voir les loups. Ouais, « les loups », on n'en saura pas plus si ce n'est qu'il finira encore plus à la dérive qu'au début après avoir fait un enfant à une certaine « Marie », entouré par les loups. Fin. Sur ce, je vous invite à réécouter The Life of Pablo, notamment le morceau « Wolves », et comme dirait mon boss, eh bien, démerdez-vous avec ça.