FUSE club Bruxelles Djesper Nachtschaduw
Photos : Djesper et Nachtschaduw
Culture

Des habitués du FUSE racontent leurs meilleurs souvenirs pré-Covid

« Conchita, la madame pipi, pouvait me frapper à tout moment. »
Deborah Seymus
Antwerp, BE
1.7.21

Fermés définitivement ou temporairement à cause du Covid, ces légendaires clubs belges et leurs soirées sans fin nous manquent terriblement. La série NIGHTS TO REMEMBER nous en rappelle de bons souvenirs, principalement flous.

Depuis 1994, le FUSE attire une blinde d’artistes et de DJs célèbres. C’est derrière ses platines que Charlotte De Witte, Sven Vath, Laurent Garnier ou Amelie Lens ont fait leurs premiers pas dans la techno. Avant la pandémie de Covid, le club bruxellois nous plongeait chaque week-end dans un océan de corps en sueur, de sons underground sombres mais aussi d'amour. 

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VICE a demandé aux habitués et au personnel du FUSE de raconter leurs anecdotes les plus folles et leurs souvenirs les plus marquants de ce club. Il y a quelque temps, on a pu revivre certains de ces souvenirs lors de l'expo Echoing Through Eternity, qui s'est tenue dans ce qui fait figure de plus ancien club techno du pays.

Simon (27 ans), un habitué

« Je me souviens très bien de ma première soirée au FUSE. C’était en décembre 2016 et 2MANYDJS présentait la Deewee Label Night. On m’avait dit plusieurs fois que l'ambiance au FUSE était vraiment bien et que c'était pas du tout comparable à d'autres clubs. Mais on dit souvent ce genre de choses, du coup je m'en foutais. Ce soir-là, tout a démarré très lentement et j'ai même commencé à me demander si ça valait la peine que je reste... Jusqu'à ce que je discute avec quelqu'un qui venait de Paris et qui m'a dit que c'était normal que le FUSE démarre un peu lentement.

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Photo : Djesper

Quand le set de 2MANYDJS a commencé, ça s’est rempli en un quart d’heure. J'ai rarement connu une aussi bonne ambiance que ce soir-là. C’était chargé de son électro bien fat et l’endroit était secoué par une masse de gens frénétiques que personne n’aurait pu arrêter. J'ai eu une panne de voiture à cinq heures du matin sur le chemin du retour, mais je l’ai accepté, parce que cette nuit-là en valait la peine, et a d’ailleurs été le début de toute une série de teufs incroyables. La soirée que je n'oublierai jamais était unique elle-aussi : Paul Kalkbrenner était venu présenter son nouvel album. Je n'avais jamais vu le dancefloor aussi plein de monde. Tout le monde dansait sur des bris en verre, parce que personne ne voulait perdre sa place. »

Vlad (28 ans), photographe

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« J'ai travaillé à FUSE pendant trois ans en tant que photographe résident. J’y étais entré grâce à un autre photographe. Sur le plan professionnel, cette période a été l'une des expériences les plus instructives de ma vie. Chaque semaine, les DJ les plus dingues du monde entier venaient mixer. Le FUSE est un lieu unique et a une histoire riche. Le club en lui-même est un labyrinthe ; avant, c’était trois bâtiments distincts. Le plan d'étage n'a aucun sens. 

Une grande fidèle du club, c’est Conchita, la madame pipi la plus célèbre de la nightlife bruxelloise. Lors d’une de mes premières soirées, j'ai direct compris pourquoi. Cette fois-là, entre deux séries de photos, je devais vite aller aux toilettes. J'avais pas de pièces sur moi donc je suis entré sans payer – et je portais aussi des boules Quies. C'était sans compter sur Conchita, qui est connue pour avoir la capacité de refouler des gens qui font deux mètres de large si on ne lui donne pas ses 50 centimes. Elle se battait pour son lieu comme si c'était la guerre et elle me connaissait pas encore assez bien à ce moment-là ; elle pouvait me frapper à tout moment. Elle m'a engueulé pendant que j'essayais de lui expliquer que je travaillais vraiment au FUSE. Finalement, elle s'est calmée et tout s’est bien passé entre nous. Pour moi, c'est l'un des moments les plus drôles que j'ai pu vivre au FUSE. »

Manga (44 ans), ex-manager

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Photo : Nachtschaduw

« Le synonyme de FUSE, c’est "amour de la techno". J'y ai travaillé pendant des années. Pour moi, c'est le meilleur club techno de Belgique. Le FUSE, c’est le fondateur de la scène house et techno dans la vie nocturne belge. C'est le genre de club où les gens peuvent apprendre à se connaître et à découvrir des artistes. Carl Cox et Laurent Garnier ont joué au FUSE depuis le début – bien avant qu'ils deviennent connus. Je me souviens d'une soirée en particulier : c'était la mi-juin, il faisait très chaud et le club était bondé. L'atmosphère était folle. Les corps dansaient les uns contre les autres, la sueur coulait de partout et Sven Väth a joué un set incroyable. Il a dit : "Mon Dieu, il fait tellement chaud ici qu’on dirait que je joue dans un sauna techno". Il a vraiment profité de ce moment et tout le monde était aux cieux. Cette soirée-là a été la meilleure teuf de tous les temps pour moi au FUSE. »

Maxime (29 ans), photographe

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« Ma première fois au FUSE a été très spéciale pour moi. Le club cherchait un photographe en dernière minute pour un événement à Blankenberge, sur la jetée. C'est donc au FUSE On The Beach que j'ai eu mon premier contact avec la scène techno et l'underground. La soirée a commencé sur la plage et a continué au Belgium Pier, un énorme bâtiment tout rond avec une salle sur la mer. La musique était dingue et j'ai rencontré des gens qui sont toujours mes ami·es aujourd’hui. L’orga était aussi très contente des photos que j'ai prises.

Après ça, j'ai été invité à faire des photos dans le club même, à Bruxelles. Ma première soirée là-bas, c’était pour un set de Fritz Kalkbrenner. Je savais même pas qui c'était, parce que je connaissais personne dans le milieu de la techno à l'époque. Apparemment, j'ai même dansé une fois avec lui à Tomorrowland sans m'en rendre compte. Bref, j'ai travaillé au FUSE pendant deux ans et j'y ai vu à peu près tou·tes les grand·es artistes techno. Avant de devenir célèbre, Amelie Lens a joué pour genre 200 personnes dans la plus petite salle du FUSE. Tu pourrais pas t’imaginer ça aujourd’hui. C'est incroyable de voir comment les DJs sont devenu·es connu·es grâce à FUSE. 

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Photo : Kolsch de Nachtschaduw

L'une des teufs les plus spéciales au FUSE, je l'ai vécue en revenant du festival Extrema Outdoor. Je venais d'y passer trois jours à faire des photos et j'ai été invité pour mon anniversaire par Thierry, l'un des cofondateurs de La Demence. Je suis arrivé vers trois heures du mat’ avec quelques amis. Juste pour clarifier : La Demence est une soirée gay où seuls les hommes sont acceptés. Pourtant, cette nuit-là et ce matin-là, j'ai dansé dans le DJ-booth avec Paula Temple, une DJ femme. La teuf a duré jusqu'à midi ; Thierry m'avait fourni en champagne, beaucoup. L’accueil de l'équipe du FUSE me donne toujours l'impression d’être à la maison. Aucune autre teuf à laquelle j'ai participé ne peut rivaliser avec ça.

En photographiant au FUSE, je me suis retrouvé projeté dans un autre monde. Rune Reilly Kölsch, plus connu sous le nom de "Kolsch", est même devenu l’un de mes bons amis. Ces deux dernières années, on a vécu des choses vraiment folles : il m'a emmené à Ibiza et au Berghain à Berlin à la dernière minute pour y vivre les soirées les plus folles qui soient. Les nombreuses soirées que j'ai photographiées au FUSE ont donné un énorme coup de pouce à ma carrière. Ça a changé ma vie de manière irrévocable, parce que ça m'a aidé à percer en tant que photographe. »

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