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Comme un homme

À cause de la religion et du fait que certaines personnes considèrent que le sexe anal est « révoltant », être gay peut parfois se révéler un vrai nid à emmerdes. En réaction à ça, certains d'entre nous ont choisi de vivre leur sexualité « à fond ».
6.6.11

À gauche, la chambre de Jamie telle qu’elle est d’habitude. À droite, sa chambre convertie. Le poster de 50 Cent a aidé Jamie à se familiariser avec la nudité mâle dépourvue de connotation sexuelle.

En haut, l’iPod gay de Jamie. En bas, l’iPod hétéro.

À cause de la religion et du fait que certaines personnes considèrent que le sexe anal est « révoltant », être gay peut parfois se révéler un vrai nid à emmerdes. En réaction à ça, certains d’entre nous ont choisi de vivre leur sexualité « à fond ». Mais, qu’est-ce que ça veut dire, au fait ? Sommes-nous vraiment « nés comme ça », ou est-ce qu’on a « fait un choix » ? C’est ce que je voulais savoir.

À l’origine, mon plan était de me pointer dans l’un de ces refuges chrétiens dans lesquels on apprend en quelques semaines à aimer les vagins, mais comme il fallait à chaque fois signer un contrat de super-confidentialité pour y entrer, il m’était littéralement impossible d’en parler dans un magazine, surtout pour en rire. Après m’être documenté sur l’hétérosexualité en fouillant sur Internet, je (classé 5 sur l’échelle de Kinsey, soit un poil moins gay qu’Elton John) me suis décidé à vivre un mois en m’auto-infligeant un traitement fait maison. Voici les méthodes que j’ai testées pour changer d’orientation sexuelle.

RECONQUÉRIR MA MASCULINITÉ

Selon le classique de Leanne Payne,

Crise de la masculinité

, les hommes sont devenus gay parce qu’ils ont perdu tout contact avec leur masculinité originelle. Cela creuse un vide dans leur âme, qu’ils cherchent à combler avec les bites d’autres hommes. Pour rectifier cette situation, j’ai donné à ma vie un coup de fouet hétérosexuel : je me suis mis à considérer ma chambre comme ma « grotte », j’ai éparpillé toutes mes fringues sur le sol, échangé ma Wii contre une Xbox, accroché un poster de 50 Cent au-dessus de mon lit et mis un point d’honneur à ne plus aérer ma chambre. J’ai remplacé toutes les playlists de mon iPod (composées exclusivement de chansons tristes et de R&B) par du soft rock et du rap de blanc. J’ai aussi arrêté de mater des comédies avec Lindsay Lohan pour me recentrer sur des films d’action mettant en scène Matt Damon dans des intrigues impliquant des espions et la fin du monde. De même, j’ai arrêté de laver mes serviettes et mes draps, installé des bouteilles d’alcool vides sur mes étagères, lu la biographie de Tracy Morgan, me suis résolu à manger uniquement des plats nécessitant moins de 20 minutes de préparation (au micro-ondes), ai bu des bières et des milk-shakes protéinés, et pris part à une partie de football avec mon « crew ».

RÉUSSITE DE L’ENTREPRISE : 4 sur 10. La dépression découlant du fait de peser le pour et le contre de chaque aspect de ma personnalité a servi d’argument négatif de poids pour mon cerveau homosexuel (plus à ce propos dans la suite de l’article).

Jamie en train de mater un porno gay (à gauche), puis un porno hétéro (à droite).

LA THÉRAPIE PAR L’AVERSION

Même si je suis un gros bébé qui craint l’électrocution plus que tout au monde, mon plan initial consistait à m’auto-administrer une série d’électrochocs. L’idée me faisait flipper comme jamais, mais en me servant des instructions chopées (évidemment) sur Internet, j’ai réussi à créer un système permettant de relier une caméra d’appoint à un Taser, et ainsi, me balancer plusieurs décharges en regardant un porno gay. Conseil : ne faites JAMAIS ce truc. Ça fait incroyablement mal – comme si on se faisait simultanément frapper au visage et renverser par une voiture, le tout en vomissant de la bile. La thérapie par l’aversion est censée être douloureuse, soit, mais là j’ai sincèrement cru que j’allais mourir. J’ai finalement revu mes ambitions à la baisse et me suis contenté de m’autoflageller en guise de châtiment. J’ai lu quelque part que c’était la façon dont les moines endiguaient leur envie de baiser. Muni d’une ceinture, j’ai regardé un slideshow de ma confection mêlant des images pornographiques gay à des scènes de cul hétéro. Dès que je tombais sur une image gay, je me fouettais avec la ceinture. Pour chaque image hétéro, en revanche, je mangeais un bonbon. J’ai fait ça quinze minutes matin et soir durant un mois entier.

RÉUSSITE DE L’ENTREPRISE : 1 sur 10. Même si mon bras gauche s’est vite transformé en un œdème géant, j’ai fini par m’habituer à la douleur du fouet et j’ai même commencé à apprécier sérieusement mes sessions nocturnes faites de porno et de crocodiles acidulés.

Jamie a découvert que le rock chrétien était en réalité pire que la musique de son iPod hétérosexuel.

LA RELIGION

Comme je vis en Angleterre et pas dans un pays en voie de développement comme le Nigeria, l’Iran ou les États-Unis, je n’ai pas réussi à localiser une Église qui aurait exorcisé le gay en moi (dommage). La meilleure alternative à ma disposition était une organisation appelée Christian Revival Church, qui, à en croire son site web, croit « aux relations hétérosexuelles impliquant un homme naturel et une femme naturelle, dans les limites d’un mariage reconnu par la loi. »

Ça faisait un bail que je n’avais pas mis les pieds dans une église, et on peut dire que ça a pas mal changé depuis le temps. Genre, l’endroit ressemble à une salle de cinéma, avec de larges sièges dans lesquels s’enfoncer et un Starbucks à la sortie. Je suis tombé sur un mec avec du gel dans les cheveux et un pendentif en forme de chien qui jouait avec son groupe des genres de rip-off chrétiens d’Arcade Fire et de MGMT, et que l’on voyait tourbillonner sur écran géant comme s’il s’agissait d’une karaoké-party en faveur de Jésus. Bon, la partie parlée était aussi chiante que d’habitude, mais bizarrement, le sujet de discussion durant ma dernière semaine n’était autre que l’histoire de Sodome et Gomorrhe. Était-ce là un signe de Dieu ?

Je me suis mis à prier, chose que je n’avais jamais faite auparavant. Au début c’était une barbe sans nom, puis je me suis habitué à vivre dix minutes de paix chaque soir avant de m’endormir.

RÉUSSITE DE L’ENTREPRISE : 1 sur 10. Je suis destiné à brûler en Enfer pour toujours, je crois.

L'ABSTINENCE

Comme tous les groupes psychologiques de la Terre clament qu’il est impossible de convertir un gay aux plaisirs de l’hétérosexualité, la plupart préfèrent préconiser l’abstinence totale plutôt que « guérir » les homosexuels. De fait, je me suis interdit de baiser et de me masturber pendant toute la durée de l’expérience. Je savais dès le début que l’abstinence ne me serait d’aucune aide, mais elle m’a en fait rendu à peu près 10 000 fois plus gay. Maintenant, je sais ce que ressentent les vieux gays dans le placard qui draguent les flics en civil dans les toilettes d’aéroport et qui embauchent des prostitués hommes pour « porter leurs bagages ». J’étais devenu un monstre hypersexuel. D’habitude, je suis plutôt quelqu’un d’exigeant, mais à la fin du mois j’étais littéralement attiré par tous les adultes mâles de la planète, en plus de penser au sexe EN PERMANENCE. Je m’étais transformé en

creep

.

À la toute fin, j’en étais arrivé à un point où j’étais excité par le fait de regarder Meat Loaf et Gary Busey s’engueuler sur le plateau de

Celebrity Apprentice

. Beurk.

RÉUSSITE DE L’ENTREPRISE : - 1 000 sur 10.

La thérapie par le câlin marche à peu près aussi bien que les mecs qui soignent leur alcoolisme en fumant des bongs de bière.

LA THÉRAPIE RÉPARATRICE

La théorie réparatrice part du principe que tout gay a grandi dans un contexte familial particulier : une mère autoritaire et un père dominé. Ce n’est pas vraiment mon cas, mais c’est OK parce qu’il existe des TONNES d’autres trucs à l’origine d’un comportement homosexuel tels que : la solitude, les conséquences d’un abus sexuel, un tempérament « artistique », un manque de confiance en soi (tous les gens qui ont déjà mis les pieds dans une GayPride peuvent en attester)… Comme pour l’horoscope, ceci vaut pour chaque Terrien.

La thérapie réparatrice que j’ai pratiquée était basée sur des informations glanées çà et là sur des sites pour ex-gays de type Exodus International. J’ai eu du mal à trouver des instructions spécifiques puisque tous les conseils se concluaient au bout d’une phrase par : « Pour plus d’informations, achetez notre livre à 75 euros. » Ceci dit, j’ai fait du mieux que j’ai pu. Je me suis concentré en particulier sur la « thérapie bioénergétique » (qui consiste à frapper son oreiller en criant « MAIS POURQUOI, PAPA ?!? »), la « thérapie par le toucher » (prendre dans ses bras des hommes non gay) et j’ai tenté de cerner mes obsessions de façon à déterminer

pourquoi

elles se manifestaient (apparemment, c’est parce que j’essaie de combler les vides de ma personnalité en ayant des rapports sexuels avec des gens qui possèdent les traits de caractère que je recherche – une sorte de vampire comportemental, en somme).

RÉUSSITE DE L’ENTREPRISE : 0 sur 10. Il serait facile de se montrer cynique et de dire qu’il ne s’agit que d’un immense tissu de conneries créé pour berner des désespérés, mais comme je suis d’humeur fainéante, c’est exactement ce que je vais faire.

RÉUSSITE GÉNÉRALE DE L’ENTREPRISE

Que dalle. J’avais pris rendez-vous avec une fille rencontrée sur le Net pour tester mon hétérosexualité, mais j’ai annulé ; l’idée de mener en bateau cette pauvre fille me donnait envie de vomir. Et puis, j’avais déjà ma conclusion : faire semblant de ne pas être gay fait juste de vous un homo qui hait ce qu’il est. Le seul truc que je retiens de cette expérience, c’est une pitié nouvelle pour les gens qui ont sincèrement essayé ces thérapies. C’est si horrible que je n’ai même pas envie d’y penser. Pour résumer, donc :

Baby, I’m a fiiiiiiiirework!