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Une interview du premier astronaute danois

Andreas Mogensen m’a parlé de ses années d’entraînement et des avantages fiscaux de l’exploration spatiale.
21.10.14

Andreas Mogensen (Toutes les photos sont issues de son Flickr)

La plupart des enfants rêvent de devenir astronaute, mais la majorité d’entre eux n’en feront jamais une réalité. Parmi ces centaines de milliers de gamins, l’un d'eux aura un jour le privilège de manger des ramens déshydratés en flottant à l’intérieur de la boîte de conserve la plus chère de la création.

Andreas Mogensen est censé être l'heureux élu. Si tout se passe comme prévu, en septembre 2015, il quittera la terre ferme pour une expédition de 10 jours à bord de la Station Spatiale Internationale, ce qui fera de lui le premier Danois à aller dans l’espace.

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Je l’ai appelé pour discuter de ce qu’il fallait faire pour devenir un astronaute, de vie extraterrestre et des avantages fiscaux de l’exploration spatiale.

Andreas pendant une mission NASA SEATEST, à 14m de profondeur.

VICE : Salut Andreas. Que faites-vous en ce moment ?
Andreas Mogensen : Je m’entraîne à la Cité des étoiles, en Russie, à environ 50 kilomètres de Moscou. Fondée dans les années 1950, cette ville avait pour vocation unique d’entraîner les cosmonautes soviétiques. En temps normal, je vis à Cologne en Allemagne, mais la plupart de nos entraînements se passent en Russie – ou à la NASA, à Houston.

En quoi consistent vos entraînements ?
Nous faisons beaucoup de choses différentes. En ce moment, je m’entraîne pour la mission de l’année prochaine. Une bonne partie des entraînements est théorique. Nous devons apprendre à nous servir des systèmes informatiques de l'ISS et de la fusée Soyouz, qui va nous envoyer dans l’espace et nous ramener. Nous devons êtres capables de tout réparer, parce que si quelque chose se casse dans l’espace, nous sommes les seuls à pouvoir agir. J’apprends à conduire la fusée Soyouz grâce à un simulateur. Nous simulons des marches spatiales dans un grand bâtiment immergé dans l’eau et nous apprenons à nous servir du grand bras robotique. Je dois aussi apprendre le russe et les gestes de premiers secours. Nous devons vraiment apprendre beaucoup de choses avant d’être envoyés dans l’espace.

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Quelles études faut-il faire pour devenir astronaute ?
La plupart des astronautes sont ingénieurs, médecins, pilotes ou viennent de l’armée. J’ai étudié l’ingénierie avec une spécialisation sur le voyage spatial.

Ça fait longtemps que vous rêvez d'aller dans l'espace ?
C’est ce que j’ai toujours voulu faire. J’ai toujours pensé qu’être astronaute était le job le plus génial du monde. Rien que la pensée d’être dans l’espace à bord d’une fusée et d’explorer La Lune ou d’autres planètes, c’est vraiment cool. Cependant, c’est incroyablement difficile de devenir astronaute, et je le savais. C’est pour ça que je me suis concentré sur le voyage spatial pendant mes études d’ingénieur. Je savais que même si je n’arrivais pas à être astronaute, je pouvais toujours travailler sur le voyage spatial.

Comment êtes-vous finalement devenu astronaute ?
En 2008, l’Agence Spatiale Européenne a annoncé qu’elle cherchait de nouveaux astronautes. La dernière fois que c’était arrivé, c’était en 1992. Donc j’ai postulé, comme 8 500 autres personnes. Ensuite, sur plusieurs années, ils ont commencé à réduire le nombre de candidats. Je ne pensais pas avoir réussi le premier test, mais j’ai fini dans la liste des six finalistes.

Ils ont choisi six personnes sur 8 500 candidats ?
Oui.

Andreas pendant un entraînement de survie

Wow. À quoi ressemblaient les tests ?
Le premier test mesurait notre capacité à se concentrer, à être polyvalent – des choses comme ça. Le test durait huit ou neuf heures. Ensuite, ils ont testé notre force psychologique. Après ça, on a passé un check-up médical complet, pour vérifier qu’il n’y ait rien qui puisse nous empêcher d'aller dans l'espace.

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Vous devez être en excellente forme.
Je pense, oui. À la fin, nous avons dû passer deux entretiens avec tous les dirigeants de l'ESA.

Qu’allez-vous faire dans l'espace exactement ?
Je vais monter dans une fusée Soyouz pour aller sur l' ISS pendant 10 jours. La mission a pour premier objectif de permettre à un Américain et à un Russe de vivre sur l' ISS pendant un an, pour voir comment le corps réagit après avoir été en apesanteur pendant une période  prolongée. Nous avons besoin de cette connaissance pour être capable d’envoyer des gens sur Mars. Ce voyage durerait deux à trois ans.

Le problème, c’est que la fusée Soyouz ne peut rester que six mois dans l’espace. Je vais prendre une fusée Soyouz lorsqu’ils seront à la moitié de leur mission, et ensuite, je prendrais leur Soyouz pour revenir sur Terre.

Andreas pendant un entraînement à la Cité des étoiles, en Russie

Combien de temps dure la carrière d’un astronaute ?
Aujourd’hui, j’ai 37 ans. En général, on arrête vers 55 ans. Évidemment, j’espère pouvoir participer à une autre mission, mais pour le moment je suis totalement concentré sur celle-ci.

Qu’est-ce-que ça fait d’être le premier Danois à aller dans l’espace ?
C’est un grand honneur, bien évidemment. Mais pour moi, ça n’a jamais été un objectif personnel. Je me fiche complètement d’être le premier ou le 15ème Danois dans l’espace.

Est-ce qu’il y a d’importantes avancée en matière de voyage spatial en ce moment ?
Aujourd’hui, l’objectif primordial reste l'ISS. Mais récemment, deux compagnies américaines ont commencé à envoyer des provisions dans l’espace, ce qui est assez excitant. La NASA vient également de signer un contrat avec Boeing pour des vols dans l’espace. La NASA est aussi en train de travailler sur un nouveau type de capsule spatiale pour envoyer des gens dans l’espace. Sur Mars, par exemple, ou sur un astéroïde. Mais c’est toujours en discussion.

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Vous pensez qu’on peut envoyer des gens sur Mars ?
Je pense que nous pourrons envoyer des gens dans un nouvel endroit en 2030. Que ça soit Mars, un asteroïde ou de nouveau sur la Lune, je ne sais pas. Mais si nous choisissons d’envoyer des gens sur Mars, nous pourrons le faire facilement. Nous sommes bien plus avancés que lorsque les États-Unis ont envoyé des gens sur la Lune. Nous pouvons le faire, mais c’est une décision politique.

Andreas pendant l’entraînement SSI EVA Ops.

Vous pensez qu’il y a de la vie dans l’espace ?
Il faut d'abord se demander s'il y a de la vie sur Mars. Il semble qu’il y ait de l’eau sous forme liquide à la surface, ce qui est la clé pour qu'une vie existe. Il semblerait aussi que la température était plus chaude auparavant. C’est pour cela que l’on est si intéressé par son exploration. On veut trouver des bactéries et des micro-organismes. Si nous les trouvons, ça serait la première fois qu’on découvrirait des preuves de vie sur les autres planètes.

Au cours de ces 15 dernières années, on a été capable de localiser des planètes autour d’autres étoiles. Jusqu’il y a 15 ans, nous connaissions uniquement l’existence de huit ou neuf planètes dans notre propre système solaire. Aujourd’hui, nous avons trouvé 1 000 planètes en orbite autour d’autres étoiles. Nous voulons placer de puissants téléscopes en orbite pour regarder ces planètes qui sont très éloignées de la Terre – à des années-lumières. Ensuite, nous pourrons voir si ces planètes possèdent de l’eau et de l’oxygène, les deux composants dont une planète a besoin pour maintenir la vie. Cela pourrait devenir très intéressant dans les 50 années à venir.

Ça paie bien d’être astronaute ?
Oui. Je dirais même que l’on est très bien payés. Nous sommes employés à plein temps par l’ASE, donc nous avons les mêmes contrats que les autres dans l’Agence.

Dernière question – j'imagine qu'il n'y a pas d’avantages fiscaux pour vous ?
Non, pas vraiment. Mais puisque nous travaillons pour une organisation internationale telle que l’UE, nous ne payons pas d’impôts. Mais ce n’est aucunement lié au fait que nous soyons dans l'espace.

Cool. Bonne chance là-haut.