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Les caddies de golf savent tout sur les riches

Golfeurs libidineux, soirées arrosées et débauche générale – un aperçu des terrains de golf privés les plus prestigieux du monde.
22 juin 2016, 5:00am
Caddies de golf

Quand vous transportez le sac d'un riche banquier au teint hâlé et qu'il vous demande si vous avez de la monnaie sur un billet de 100 dollars – afin de vous en donner 60 –, répondez systématiquement que vous n'avez pas de cash sur vous. Certes, ça ne va pas l'enchanter, mais il vous donnera presque toujours l'intégralité de la somme. C'est la première leçon que j'ai apprise en bossant comme caddie.

Au fil du temps, des caddies plus expérimentés m'ont filé d'autres astuces, comme celle de garder des balles supplémentaires dans ma poche. Quand un golfeur jouait avec des balles Titleist, j'en avais des toutes prêtes sous la main – et si par malheur il envoyait les siennes dans les bois, je faisais semblant de la chercher pendant une minute avant d'en extirper une autre de mon pantalon. Tout le monde était content : j'avais l'air de m'intéresser à son jeu ; il n'avait pas à tricher sciemment.

J'ai appris quelques bonnes leçons de vie, mais le plus intéressant a été d'observer le comportement des riches dans leur environnement naturel. Par exemple, j'ai vu des mecs jeter des copeaux de bois dans un refroidisseur d'eau, juste pour le plaisir. Un soir particulièrement morne, un type méchant et hostile a laissé son sac ouvert, et alors qu'il escaladait une colline, de l'argent a commencé à en tomber. Je me suis empressé de tout ramasser.

J'ai récemment demandé à quelques caddies de me raconter leurs anecdotes les plus juteuses sur le terrain. La plupart étaient assez horribles – c'est d'ailleurs pour ça qu'ils s'en souviennent encore. Pour reprendre les propos d'une personne interrogée : « Il est toujours amusant de voir des hommes riches et blancs se menacer de se tuer les uns les autres ».

Peter

Un matin, je suis arrivé au club à 6 heures, comme d'habitude. Une Chevrolet Suburban noire était garée devant le bâtiment qui fait office d'hôtel pour les membres du club et leurs invités. Le moteur était allumé et un mec se trouvait à l'intérieur. Je me demandais bien ce qu'il pouvait attendre. Quand je me suis approché de la voiture, il n'a même pas pris la peine de baisser sa vitre pour me parler. Il m'a observé, a détourné le regard, et m'a fixé à nouveau avant de mater son portable.

Il s'est avéré que c'était un proxénète. L'un des membres du club était en escapade avec quelques potes et louait une chambre dans l'hôtel. Ce membre – appelons-le « M. Smith » – avait décidé, après une nuit bien arrosée, de s'offrir quelques plaisirs charnels.

Le problème, c'est je transportais les clubs de golf du chef de la police de la ville le même jour. J'ai mentionné le fait que je trouvais ça étrange que la Chevrolet ne baisse pas ses vitres. Quand le flic a débarqué et est allé voir ce qu'il fabriquait, le conducteur a répondu que ses filles étaient à l'intérieur, et qu'il attendait qu'elles terminent avec le client. Sans rien dire à personne, le chef de police s'est arrangé, plus tard dans la matinée, pour que les flics arrêtent M. Smith et les prostituées.

Dès 8 heures, tout le monde s'était passé le mot quant aux activités de M. Smith. Quelques instants après, on m'a prévenu par talkie-walkie que Mme Smith venait juste d'arriver pour jouer quelques balles, sachant pourtant très bien que son mari se faisait un week-end entre mecs.

Les employés ont jugé bon de prévenir M. Smith de l'arrivée de sa femme et de lui conseiller, dans son intérêt, de se tirer au plus vite. Un voiturier a garé sa voiture derrière l'hôtel afin que personne ne remarque son départ. Mais au moment où il est sorti, en même temps que le proxénète et les deux prostituées, il a été arrêté par les flics.

Ensuite, les employés de ménage ont fourni quelques détails. Apparemment, M. Smith était très « porté sur le cul » et avait laissé la chambre dans un désordre sans nom. Il a tout de même réglé la note et la chambre a vite été nettoyée, repeinte et redécorée.

M. Smith ne fait plus partie du club – il a été exclu pour « indécence ».

Kevin

Plus jeune, j'ai travaillé dans un golf prestigieux du New Jersey. Voici trois choses que tout caddie sait : les meilleurs golfeurs sont les moins cons ; les mecs qui sont extrêmement riches mais qui n'exhibent pas leur richesse sont toujours plus agréables que ceux qui sont modérément riches et s'en vantent ; et enfin, la plupart des gens trichent.

Chaque année, le club accueille une compétition de golf et embauche des strip-teaseuses pour suivre les joueurs. Sur chaque aire de départ, une jeune fille en jupe courte se penche et prépare la balle pour les golfeurs. Un jour, un autre caddie et moi avons vu un mec doigter l'une des strip-teaseuses pendant qu'un de ses amis jouait.

Après une compétition, lors du banquet, un mec a fait l'amour sur un green. Lors d'une autre soirée, un membre et sa femme se sont plaint du repas – le chef est sorti des cuisines, a frappé l'homme au visage et s'est tiré. Cette même nuit, le propriétaire du club a pissé dans le congélateur du bar.

Mathias

Je suis caddie et je travaille régulièrement pour le PGA Tour Latinoamérica. Une fois, en République dominicaine, j'ai transporté les clubs d'un Sud-américain. Je sais qu'il aimait Dieu et sa famille, parce qu'il n'a pas arrêté de me le répéter. Il disait qu'il aimerait que plus de gens viennent à l'étude biblique. Pendant qu'il jouait, il a récité des versets de la Bible. Ça ne m'a pas dérangé qu'il soit aussi expansif sur sa religion.

Sur le 17e trou, il a tiré très loin.J'ai dit « joli coup », ou quelque chose comme ça. Ce à quoi il m'a répondu : « Comme on dit dans le Sud : même un nègre, je ne l'aurais pas frappé aussi fort ». C'est de loin le truc le plus raciste que j'ai jamais entendu.

Michael

Je me souviens d'une interaction sur un fairway entre un membre libidineux et la conductrice d'une voiturette de golf. C'était un cours privé dans le New Jersey, dans un vieux manoir de chasse, où des cadres de Wall Street débarquaient en hélicoptère pour jouer au golf.

La conductrice était une jeune femme de vingt ans, mignonne et sexy. Elle portait des Converses blanches et un short court. Le mec libidineux, qui était très beau et devait avoir dans les 45 ans, a commandé quatre bières avec une voix douce. Elle a souri et s'est penchée pour prendre les bouteilles dans la glacière. Elle a tendu les bières aux hommes et le type l'a payée. Elle a dit : « Merci, monsieur ». Je suppose que le pourboire était conséquent.

Mais le mec n'en avait pas terminé. Il a laissé tomber une balle sur le fairway : « Écoute chérie, si j'atteint le green, tu dînes avec moi ce soir ». Il avait un accent italien prononcé. Je pouvais voir ses joues rondes. Il a pris un élan. Puis un autre. Il s'est raclé la gorge et a posé pour une photo. Il s'est planté et a frappé la balle en direction de la voiturette. Heureusement, la jeune fille n'a pas été touchée. Les hommes se sont précipités vers elle pour s'assurer qu'elle allait bien. La voix douce de l'homme libidineux est montée de quelques octaves.

Sammy

L'été avant ma première année de fac, j'ai bossé comme caddie dans un endroit particulièrement huppé de Denver. Je n'ai pas beaucoup d'expérience avec d'autres clubs, mais je ne peux pas imaginer quoique ce soit de plus cliché que celui-ci. Le club ressemblait à un pavillon de chasse. À l'époque, je me questionnais sur ma sexualité, j'étais à fond dans le punk rock et le rap et tout autre chose susceptible de faire chier mes parents. Mon meilleur pote était pareil, et sa mère nous a forcés à participer au programme de caddie.

Le lendemain matin, mon pote et moi nous sommes pointés au practice en jean noir déchiré, entourés de trous du cul habillés en vert. Le nom du maître caddie était Skip, et il était raciste et antisémite. Le mec ne m'a pas regardé dans les yeux une seule fois, et il faisait toujours des actions de merde, comme étreindre les deux seules filles qui travaillaient là pendant des périodes épouvantablement longues. Ouais, je détestais vraiment ce con de Skip.

Il y avait beaucoup de choses méprisables, mais le pire, c'est que je n'ai pas été payé. Skip opérait avec le système de « dette ». Après avoir effectué votre tour (si vous étiez assez chanceux pour obtenir un tour), vous remettiez votre note de dette au golfeur dont vous portiez le sac. Il vous évaluait, notait le montant qu'il voulait payer et le pourboire, et Skip vous refilait l'argent.

Ce n'était pas une idée complètement mauvaise, sauf que je n'ai jamais été rémunéré. Skip disait toujours que le coffre était cassé, ou bloqué – des excuses stupides, en somme. Je ne peux pas affirmer que c'était de la discrimination, mais quoi qu'il en soit, j'étais le seul à qui il faisait ce coup. Au bout d'un certain temps, ma mère (qu'il ne faut pas énerver) a réalisé que quelque chose n'allait pas. Je lui ai expliqué ce qu'il se passait –que je n'étais pas payé–et elle est allée au club, a récupéré tout l'argent que l'on me devait, et je n'y ai jamais remis les pieds.

Quelques années plus tard, ma mère a parlé de Skip à l'une de ses collègues, et il s'est avéré que c'était la femme d'un membre haut placé et friqué du club. Suite à quoi Skip a été viré. Donc je suppose que tous les riches ne sont pas horribles, et que ça concerne seulement une majorité écrasante.

*Les noms de famille n'ont pas été divulgués et certains prénoms ont été changés à la demande des mes interlocuteurs.

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