Les meilleurs ultras portugais ne sont ni à Porto, ni à Lisbonne
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Les meilleurs ultras portugais ne sont ni à Porto, ni à Lisbonne

Face au triptyque Porto-Benfica-Sporting qui règne sur le foot portugais, les ultras du Vitoria de Guimarães, portés par une ferveur unique, ont réussi à se faire une place de choix.
25.4.17

Sur les terrains portugais, le triptyque Porto-Benfica-Sporting fait la loi. En tribunes, c'est à peu près la même chose, il faut juste rajouter les ultras d'un autre club qui font aussi parler d'eux pour leurs animations. Au Nord du pays, la ville berceau de la nation, Guimarães, rivalise avec les plus grands en termes d'affluence et de culture ultra. Un exploit. Marco Talina, vice-président des White Angels, les ultras du Vitoria de Guimarães, nous explique les origines de cette belle exception.

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VICE Sports : Hormis les trois grands clubs portugais, rares sont les clubs qui remplissent leur stade. Comment expliquez-vous cette situation ?Marco Talina : Supporter le club de son coin, qui ne gagne rien, c'est "être inférieur" pour la majorité des Portugais. Ce qui fait bien, c'est de supporter un club qui gagne. Avec le monopole créé par les clubs de Lisbonne et de Porto, tant au niveau des titres que de la visibilité, cela renforce l'envie du Portugais de ne supporter qu'un seul de ces clubs. Et cela se reflète sur les affluences, le pouvoir économique des clubs… sur tout. C'est dû à une petite mentalité qui consiste à dire qu'être fan de ces trois clubs te fait sentir supérieur et important.

Pourtant, les Portugais sont généralement très attachés à leur terre, pourquoi cela ne se reflète pas sur le football ? Le Portugais est très attaché à sa terre, à sa ville natale, mais quand il s'agit de football, cette dépendance disparaît. En foot, il n'y a pas de culture d'appartenance, seulement celle de la gagne. Il existe aussi d'autres facteurs sociaux et économiques qui aident à expliquer ce manque de culture locale mais, essentiellement, le Portugais aime être du côté des vainqueurs.

Le Vitoria de Guimarães est clairement une belle exception. Comment expliquez-vous qu'une ville proche de Porto et de Braga arrive à recevoir autant de soutien ?
Nous sommes proches de Porto, de Braga, mais aussi de Viana, Vila Real, Aveiro, Coimbra… Le Portugal est un petit pays, ce n'est pas la proximité géographique qui fait que tu as plus ou moins de supporters. C'est une question de mentalité. Guimarães a une histoire. C'est la première capitale de ce pays. C'est ici que la construction de ce pays s'est amorcée. C'est ici, qu'est né le Portugal !

Tout cela a donné origine à un régionalisme séculaire qui s'est transmis de génération en génération, de père en fils, Ce régionalisme te donne l'envie de lutter, de soutenir, de magnifier ce qui est tien. Nous avons l'habitude de dire que nous sommes Vimaranenses (habitant de Guimarães, ndlr) d'abord, et Portugais ensuite. Transmettre ce régionalisme, cet amour de notre terre, pour tout ce qui est d'ici, c'est quelque chose de naturel chez nous. Etre supporter du Vitoria est aussi naturel que l'amour que l'on ressent pour l'histoire de Guimarães. A partir de là, il est normal pour la majorité des Vimaranenses de supporter le club local. Ça nous fait de la peine, que cette exception ne se répercute pas ailleurs dans le pays.

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Votre groupe, les White Angels, a été créé en 1999. Comment cela a commencé? Quelle était la motivation des fondateurs ?
Les White Angels ont été créés le 14 avril 1999, lors d'un dîner entre les futurs fondateurs du groupe. A cette époque, le Vitoria avait besoin de beaucoup de soutien, la ferveur s'étiolait depuis un certain temps. C'est alors que d'un groupe d'amis,11 fondateurs, plus une organisation de 22 éléments, est né ce groupe, avec une seule motivation : supporter et défendre les couleurs du Vitória et de Guimarães.

N'y avait-il pas aussi une volonté politique ou idéologique ?
Il n'y a aucune volonté politique dans nos motivations. L'idéologie est unique : enseigner, supporter et défendre le régionalisme vimaranense. Supporter le Vitoria inconditionnellement, qu'il gagne, fasse match nul ou perde. On ne se démotivera pas , on ne lâchera pas!

Cela a été dur d'implanter le mouvement ultra dans les tribunes du stade Dom Afonso Henriques ?
Ce n'est pas difficile quand l'objectif est commun : supporter le Vitoria. Les fans du Vitoria, même ceux qui ne sont pas ultras, apportent un soutien extraordinaire.

Les White Angels s'entendent bien avec les autres groupes du club donc ?
Oui bien sûr. Nous avons le même objectif. Notre amour est le même, et il se nomme Vitoria Sport Clube.

Le groupe a-t-il un modèle? Des clubs étrangers vous inspirent ?
Evidemment, nous sommes attentifs a ce que font beaucoup d'autres groupes. Nous aimons le mouvement ultra, et au sein de notre groupe les goûts sont variés : certains apprécient les Grecs, d'autres les Italiens, les Français ou les Argentins. On ne peut pas dire que nous sommes influencés par ce que font les autres mais, parfois, nous voyons des choses que nous tentons d'adapter. Nous avons une histoire riche, qui nous permet de développer des chants et des chorégraphies très personnels, régionaux, porteurs d'un sentiment unique.

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Au niveau du groupe, nous avons une direction ainsi qu'une organisation pour chaque section : déplacements, chorégraphies, billetterie. Nous avons créé aussi cette année, une section nommé WA Solidaire, qui vise essentiellement à sponsoriser et valoriser des causes sociales de notre ville.

Quelles sont vos relations avec les autres groupes ultras portugais ?
Nous n'en avons pas.

Vous avez une rivalité avec Braga par exemple…
Sincèrement, nous n'aimons pas valoriser les autres en les considérant comme rivaux ou ennemis. L'important c'est qui nous sommes et ce que nous faisons pour le club. De la même manière qu'il n'y a pas d'amitiés, idem en tribunes.

Nous donnons le maximum à chaque match, on chante et on supporte durant les 90 minutes. Voit-on la même chose dans le reste du Portugal? Peut-être chez les nommés "trois grands", et même eux, je ne les considère pas meilleurs que nous. Ils sont peut-être plus grands par la quantité, mais pas par la qualité. Braga n'est qu'un parmi d'autres…

On sent tout de même de la même haine lorsque vous rencontrez votre voisin. D'où vient-elle ?
C'est une question qui surpasse le football. Cette rivalité, qui s'explique par la proximité géographique et par la mauvaise distribution du pouvoir régional faite par les gouvernements successifs, s'est transposée au football. Le foot mêle les sentiments et les passions… et il n'y a pas de demie-mesure ici. Soit tu aimes, soit tu hais.

Quel est votre meilleur souvenir avec les White Angels ?
Il y en a plusieurs. Mais si je dois en garder qu'un, je dirais la saison 2002-2003. Cette saison-là, on a dû jouer nos matches dans la sympathique ville de Felgueiras, à 20 kms d'ici, à cause des travaux de rénovation de notre stade en vue de l'Euro 2004. Les WA et les autres fans du Vitoria ont réalisé de vrais pèlerinages jusqu'au stade Machado de Matos. Le stade était toujours plein. Nous avons terminé quatrième cette saison-là, en devant jouer tous nos matches "à l'extérieur", le tout avec un soutien incroyable de notre public. Ce fût une année d'affirmation et de croissance pour les White Angels.

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Le Vitoria a participé plusieurs fois à la Ligue Europa. Quel a été le déplacement le plus dingue ?
Le déplacement à Séville le 1er décembre 2005. Plus de 3 500 supporters du Vitoria étaient présents.Nous avons envahi les rues de Séville ce jour-là ! Les Sévillans avaient essayé de voler notre bâche… De bons souvenirs. Nos ultras avaient montré une grande et belle attitude.

En France, les ultras sont généralement assez mal vus. Il existe une vraie répression contre eux de la part du gouvernement. Comment ça se passe chez vous ?
Il existe une législation, mais c'est une tromperie. Une force spéciale de police a été créée pour accompagner et contrôler les groupes (en France ce sont les spotters, ndlr). Elle est censée régler les questions de sécurité durant les événements sportifs. Mais ce n'est pas le cas. Chaque force de police, dans chaque situation, fait ses propres lois et gère la situation comme il lui plaît.

Au Portugal, on confond ultra et hooligan. La répression policière est arbitraire et souvent injustifiée, et disproportionnée. Un ultra est considéré comme un criminel. La répression est la "loi".