Une visite de la plus petite ville du Royaume-Uni

St David’s ressemble beaucoup à Twin Peaks, les meurtres et les mystères en moins.

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20 mars 2017, 5:45am

St David's est un petit village situé sur la pointe ouest du pays de Galles. Seulement 1 891 personnes y vivent, ce qui en fait de loin la plus petite ville du Royaume-Uni. Entouré par le canal Saint-Georges, l'endroit est très beau. Néanmoins, son éloignement et son manque de vie nocturne n'en font pas une destination populaire. Ce qui est plutôt dommage, étant donné que la ville est assez intrigante.

L'année dernière, Alex Ingram a décidé de la photographier. Pour sa série « David's House », l'homme a passé beaucoup de temps à St David's, capturant les gens qui ont choisi de s'y installer et de vivre éloignés des grandes métropoles.

Alex a un lien assez spécial avec St David's : il a grandi là-bas. Selon ses propres mots, la ville est « remplie de folklore, de traditions, d'histoire et d'observations extraterrestres ».

Nous avons discuté avec lui de sa ville et de sa façon de la photographier.

VICE : Pourquoi avoir choisi de photographier la plus petite ville du Royaume-Uni ?
Alex Ingram : J'ai grandi à St David's. Ce projet était donc autant une étude de cet endroit qu'une étude de moi-même et de mes origines. L'idée m'est venue grâce à mon voisin Dai : il a passé sa vie entière dans un rayon de trois milles d'envergure autour de la ferme dans laquelle il est né et qu'il n'a jamais quittée. J'imagine que St David's lui a offert tout ce qu'il attendait de la vie. Ça ne s'est pas passé de la même façon pour moi. Quand j'étais plus jeune, je prenais tout pour acquis : la côte sauvage, la mer, ce mode de vie, ce peuple amical. Après avoir passé ces quatre dernières années dans des grandes villes pour mes études, j'ai commencé à me sentir très détaché de cet endroit. Quand j'y suis revenu, j'ai commencé à comprendre pourquoi les gens l'aimaient tellement.

J'imagine que les relations humaines sont assez spéciales dans les endroits reculés comme celui-ci.
C'est un endroit où tout le monde se connaît. On s'y sent donc très en sécurité. Dans le même temps, tout le monde se mêle des affaires des autres et les ragots se répandent vite. Je pense ça arrive systématiquement dans les communautés comme la nôtre où, soyons honnêtes, il ne se passe pas grand-chose. Il y a certainement différents « groupes » à St David's, mais je ne dirais pas qu'il y a des rivalités ou quoi que ce soit du genre. Je ne pense pas qu'il y ait des problèmes raciaux, sociaux, d'égalité des sexes ou de classe comme c'est le cas ailleurs au Royaume-Uni, qui est très divisé. St David's est un endroit où les gens se soucient des autres.

Qu'ont pensé les habitants de St David's du Brexit ?
Je pense que le Brexit est l'un des plus grands évènements à avoir frappé notre pays récemment. Et qu'on soit d'accord ou non, il semble qu'il va être mis en place. En dépit de recevoir un énorme financement de la part de l'UE, beaucoup de régions rurales du pays de Galles ont voté en faveur du Brexit. Les gens sont très prompts à dépeindre tout le monde avec le même pinceau et à étiqueter les communautés rurales comme racistes, mais je ne pense pas vraiment que ce soit le cas. Je réalisais cette série sur St David's à l'époque du vote concernant le Brexit. J'ai parlé à des gens qui ont voté le « out » et à d'autres qui ont voté le « in ». Peu importe ce qu'ont voté les gens : ils l'ont fait en pensant que c'était le meilleur choix pour leurs proches, leurs amis et les générations futures.

Comment se sont passées les prises de vue ?
J'ai commencé début 2016 en photographiant Dai. Puis, de plus en plus de gens sont venus me voir en me demandant de les prendre en photos, ce qui est devenu assez inhabituel pour un photographe aujourd'hui.

Mes parents y vivent toujours, donc la maison familiale était ma « base » pour le projet. Souvent, lors du dîner, je disais à mes parents qui j'avais rencontré ce jour-là et les histoires qu'ils m'avaient racontées. Ils me conseillaient ensuite d'aller voir certaines personnes en particulier, ce que je faisais le lendemain. Voilà comment a éclos le projet.

J'aime beaucoup l'image ci-dessous. On ne retrouve pourtant rien de particulièrement rural dedans, mais on peut avoir le sentiment que le jeune homme photographié ressent une certaine solitude. Pensez-vous que ce sentiment soit partagé par de nombreux jeunes ?
On ne ressent pas la solitude quand on grandit à St David's ! Vous créez des amitiés très proches avec tous les enfants de votre âge. Il y avait moins de 500 élèves dans le collège où j'étais et seulement 25 enfants de mon âge dans le quartier de mes parents. On se rapproche ainsi facilement. Il n'y avait pas grand-chose à faire mis à part du surf, sauter depuis les falaises, jouer dans les bois et les rivières. Tous les jours, toute l'année, vous faites ces trucs avec le même petit groupe, ce qui permet de créer des liens très étroits.

Quant à la photo que vous mentionnez, il s'agit de Rhys, l'un de mes vieux amis de l'école. Sa mère et deux de ses oncles ont également participé au projet. Ils ont passé toute leur vie à St David's et ne voudraient pour rien au monde vivre ailleurs. Peut-être que je reviendrai moi-aussi à St David's à un moment de ma vie, qui sait…

Texte d'Isabelle Hellyer. Alex Ingram est un photographe indépendant basé à Londres. Son livre David's House est disponible ici.

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