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Crime

Le cannabis pourrait être légalisé dans l’Indiana grâce à une loi sur la liberté religieuse

Les membres de « l'église du cannabis» pourraient fumer en toute légalité grâce à cette nouvelle loi.

par Colleen Curry
01 Avril 2015, 8:00am

Photo via Flickr

Les législateurs de l'Indiana, dans le Nord-Est des États-Unis, ont amendé la leur loi sur la liberté religieuse, après l'énorme tollé créé par celle-ci. Cette loi, pour la « restauration de la liberté religieuse », est censée protéger l'exercice de la religion de chaque citoyen de l'Indiana, lui permettant d'invoquer une atteinte contre sa foi devant la justice. Elle a rapidement été considérée comme discriminatoire à l'encontre des homosexuels, car elle pourrait permettre à des commerces de l'État de refuser des clients homosexuels au nom des « croyances religieuses » de leurs propriétaires. 

Promulgué ce jeudi, le nouvel amendement interdit toute discrimination, y compris contre les homosexuels. De nombreuses personnalités américaines à travers le pays avaient pris position contre cette loi, à l'instar de Tim Cook, le patron d'Apple, qui s'est exprimé sur Twitter dans un premier temps, puis dans une tribune publiée dans le Washington Post.

Au-delà de l'usage discriminatoire que certains auraient pu faire de la loi, elle contient des vides juridiques qui pourraient avoir un tas de conséquences inattendues, qui ne devraient pas être faciles à amender.

Vendredi dernier, au moment où Mike Pence, le gouverneur de l'Indiana, promulguait la « loi de restauration de la liberté religieuse », la Première Église du Cannabis a demandé à fonctionner comme une véritable Église, ce qui lui a été accordé. Avec cette nouvelle loi, les membres de l'église auront le droit de fumer de la marijuana au nom de leur liberté religieuse, d'après l'avocat, spécialiste de la vie politique de l'Indiana, Abdul-Hakim Shabazz, qui est le premier à avoir remarqué la manoeuvre de l'église de la marijuana.

Shabazz a expliqué lundi à VICE News que la nouvelle loi pourrait protéger de nombreux comportements, au nom de la liberté religieuse. Les indiens d'Amérique pourraient fumer du peyotl et les détenus musulmans se laisser pousser la barbe en prison.

« Je me suis dit que beaucoup de religions utilisaient de la marijuana dans leurs rituels — le mouvement rastafari, la Zion Coptic Church of Ethiopia — du coup j'ai fait quelques recherches en ligne, de ce qui serait protégé par la « Religious Freedom Restoration Act » (RFRA) — en français « la loi pour le rétablissement de la liberté de religion» — de l'Indiana. En gros, la loi ordonne que le gouvernement ait un bon argument pour empiéter sur votre liberté religieuse, » explique Shabazz. « Désormais, quand vous arrêtez quelqu'un pour possession de drogue, il peut dire qu'il est rastafari et que d'avoir de l'herbe sur lui fait partie de ses croyances religieuses. »

« Je ne cherche pas à commenter la loi, juste à montrer que vous ne pouvez pas déclarer la liberté religieuse seulement dans votre intérêt ou celui de votre peuple, les autres peuvent en tirer un avantage aussi, » a dit Shabazz. « Ça soulève beaucoup de questions et de problèmes, que je ne suis pas certain que nos amis du Capitole le comprennent. »

Les conséquences inattendues de la loi peuvent être surprenantes pour Pence et les autres législateurs, qui ne s'attendaient pas à un tel retour de flammes de la part des entreprises et du public américain. 

« Je ne peux pas expliquer l'hostilité qui a été dirigée contre notre État, » a confié Pence au journal l'Indianapolis Star. « J'ai été pris de court par les interprétations erronées de notre loi qui ont été faites en dehors de l'État d'Indiana. »

Le Président du Sénat de l'Indiana, David Long, et le porte-parole de la chambre, Brian Bosma, ont tenu une conférence de presse dès lundi matin pour dire qu'ils « encourageaient leurs collègues à adopter une mesure de clarification pour enlever toute idée fausse au sujet de la loi. »

En plus des vides juridiques créés par la loi, comme la légalisation de la consommation de marijuana, les législateurs ont été confrontés à des nombreuses conséquences économiques. Des chefs d'entreprises prestigieuses ont condamné la loi, à l'instar du patron de Salesforce, Marc Benioff, qui a annoncé que son entreprise arrêtait les voyages d'affaires dans l'Indiana. Le site de publication de critiques de consommateurs, Angie's List, dont le siège est à Indianapolis, a immédiatement cessé son projet de construction de nouveaux bureaux dans la ville.

« On met le 'Ford Building Project' en attente jusqu'à ce que l'on soit en mesure de comprendre quelles seront les implications de la loi sur nos employés présents et à venir, » a dit le patron d'Angie's List, Bill Oesterle, dans un communiqué.

Des associations sportives dont la NCAA et la NFL sont appelées à se retirer d'Indiana après l'adoption de la loi. La NCAA, dont le siège est à Indianapolis, et qui organise la finale du tournoi de basket des universités ce week-end s'est dit préoccupée par cette loi. Plus de 59 000 fans ont signé une pétition demandant à la NCAA de quitter l'État, et d'anciens joueurs professionnels, dont Jason Collins et Charles Barkley ont déclaré que la ligue devrait y réfléchir à deux fois avant d'organiser un événement dans un État qui pratiquait une discrimination légale. 

Un texte similaire a déjà été voté dans 19 États américains, et la loi est sur le point d'être promulguée en Arkansas, où les législateurs ne semblent pas être aussi sensibles à la polémique nationale. 

Photo via Flickr