Si nous recevons un jour un message extraterrestre, ignorons-le
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Si nous recevons un jour un message extraterrestre, ignorons-le

Selon deux chercheurs, dans l’éventualité où l’humanité recevrait un message venu de l’espace, elle ferait mieux de prendre ses précautions pour ne pas être infectée par un cheval de Troie cosmique.
23.2.18

Un jour peut-être, une Jodie Foster du futur, casque Beats sans fil vissé sur ses oreilles pendant une de ses n-ièmes insomnies au milieu du champ d’antennes de l’Allen Telescope Array, sera le premier être humain à détecter et capter un message venu d’une civilisation extraterrestre avancée. N’essayons pas trop d’imaginer la forme que le message prendra, Carl Sagan s’en est déjà chargé pour nous dans son bouquin Contact, paru en 1985, duquel est tiré le film éponyme de 1997 : probablement un signal radio, qui contiendra des séquences de nombres chiffrant le contenu d'un message. Bref, une jolie petite carte postale, facile à faire voyager sur de longues distances et pas trop compliquée à lire pour nos pauvres cerveaux primitifs.

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Dans Contact, lorsque Jodie Foster et son équipe de chercheurs du SETI captent les premières ondes radio en provenance de Vega – bon, depuis, par acquis de conscience, le télescope Kepler a vérifié, y’a pas grand-chose d’habitable dans le voisinage –, leur première réaction est d’essayer de les enregistrer avant de les disséquer comme des forcenés pour en extraire le message. Une réaction louable et parfaitement logique de la part de scientifiques – des gens consumés par le désir de dompter l’inconnu – à l’aune de la plus grande découverte de l’histoire de l’humanité.

C'est également une prise de risque insensée qui pourrait bien écourter l’espérance de vie de notre civilisation, selon Michael Hippke, de l’observatoire allemand de Sonneberg, et le physicien Jon Learned de l’université d’Hawaii, dans un article posté sur ArXiv et repérée par Cosmos. L'article met en garde contre les dangers de l’information potentiellement contenue dans un message d’origine extraterrestre, et recommande à l’humanité de ne jamais ouvrir cette fameuse carte postale venue d’ailleurs.

Homo sapiens, une vraie commère

Pourquoi passer délibérément passer à côté d’une telle information ? Premièrement, expliquent les chercheurs, pour des raisons sociétales. Exemple historique à l’appui, Hippke et Learned expliquent que l’impact de la publication d’un tel message, peu importe sa teneur, causerait probablement une vague de panique, voire l’émergence d’un culte planétaire. Dans le cas inespéré où une seule équipe de chercheurs aurait capté le message (ou la sonde contenant le message), le reste de l’humanité en aurait vent un jour ou l'autre : l’Académie internationale d’Astronautique, dans sa « Déclaration des principes concernant les activités postérieures à la détection d’une intelligence extraterrestre » recommande en effet que « ces enregistrements soient mis à disposition des institutions internationales (…) et des membres de la communauté scientifique pour interprétation et analyse ». À l’heure où plus personne n’est foutu de garder une information pour soi sans la balancer sur tel ou tel réseau social, on imagine bien que le potin ferait le tour de la planète dans tous les cas.

Bon, très bien : toute l’humanité est au courant que nous avons été contactés. Et ensuite ? Ensuite, deux cas de figure, écrivent les chercheurs : soit le message, une fois décodé, est relativement court et trivial, soit il est long et complexe. Dans les deux cas, la procédure de déchiffrement comporte d’énormes risques. Si le message est court et suffisamment trivial pour être décodé à l’aide d’un papier et d’un crayon (ce qui, avouons-le, serait un tantinet décevant), il pourrait très bien être « nous allons transformer votre soleil en supernova » – ce qui serait plus que suffisant pour « provoquer un vent de panique mondial », selon les chercheurs. Dans le cas infiniment plus probable d’un message long et complexe, nous aurions fatalement besoin d’un ordinateur pour accélérer le décodage… ce qui ferait courir un très grand risque à notre espèce. Le message décodé en texte basique n’aurait probablement aucune signification en lui-même, et nous devrions très certainement suivre des instructions pour « décompresser » le message. Comment, dans ce cas, garantir que celui-ci ne contiendrait pas un virus capable de foutre en l’air tous les systèmes informatiques terrestres, comme une bonne vieille pièce jointe vérolée envoyée par inadvertance par votre collègue Bernard de la compta avec la mention « Clique, tu vas voir LOL » ? Pour Hippke et Learned, en l’état actuel de nos connaissances, il est impossible de garantir une « décontamination » efficace du message.

Serions-nous bienveillants ? Probablement pas

Et puisqu’on n’est jamais mieux servi que par ses propres vices, faisons preuve d'un peu d’anthropocentrisme : comment avons-nous traditionnellement réagi, nous Occidentaux, lors de notre première rencontre avec une autre civilisation ? En bon vieux monstres génocidaires. Même si les deux scientifiques reconnaissent qu’il y a peu de chances que cette race alien nous veuille du mal au premier contact, détruire notre espèce avec un virus informatique (ou biologique) mondial envoyé dans une simple sonde serait infiniment plus commode que de mobiliser une flotte spatiale pour venir nous botter le cul, à des années-lumière de son monde d’origine.

Dans leur étude, Hippke et Learned échafaudent donc un scénario de quarantaine complètement paranoïaque : l’ordinateur utilisé pour décoder le message devrait être placé sur la Lune, entouré de bombes atomiques prêtes à être détonnées au moindre soupçon. Et pourtant, même dans ce cas-là, une IA alien décompressée pourrait parvenir à sortir de sa prison à coups d’ingénierie sociale – par exemple, en promettant à ses geôliers de leur révéler les secrets de l’Univers, le secret du voyage dans le temps, ou tout simplement le remède contre le cancer. Dès lors que des humains sont impliqués, aucun système n’est sûr, tous les hackers vous le diront. Une fois cette super-IA alien libérée et débarquée sur Terre, notre extinction deviendrait plus que probables. Autrement dit, E.T. nous aurait bien pwned.

Pour parachever leur hypothèse, Hippke et Learned, qui ne sont pas les premiers à se pencher sur la question des procédures de quarantaine à suivre en cas de speed dating avec une race alien, nous offrent une formidable illustration de la versatilité de l’esprit humain : ils commencent par admettre que « le risque pour l’humanité est peut-être mince, mais pas nul » et que « le risque de rencontrer une intelligence extraterrestre malveillante est très bas » avant de faire volte-face, dans les dernières lignes du document, en rappelant que « les bénéfices tirés de l’intégration à un réseau galactique pourraient être considérables. »

Conclusion des chercheurs : « le risque est très faible (mais pas nul), mais le bénéfice potentiel très important, donc nous encourageons vivement à lire le message » extraterrestre. L’irrationalité (et donc, la vulnérabilité) humaine dans toute sa splendeur. Lorsque viendra l’email venu d’ailleurs, la curiosité nous poussera à cliquer sur la pièce jointe vérolée, comme des bleus.