Le supporter qui a fait 800 km en scooter pour voir un match de Saint-Etienne
Kopland

Le supporter qui a fait 800 km en scooter pour voir un match de Saint-Etienne

Il y a trois ans, Jean-Louis Brandt a pris son deux roues, sa femme à l'arrière, pour aller voir un match dans le Chaudron stéphanois. Mais ça ne s'est pas passé comme prévu.
31.10.16

« Dans sa vie, un homme peut changer de femme, de parti politique ou de religion, mais il ne change pas de club de football ». En une phrase, le journaliste uruguayen Eduardo Hughes Galeano a bien résumé l'amour qu'un supporter peut porter au ballon rond et à son équipe de cœur. Mais s'il avait rencontré Jean-Louis Brandt, il aurait pu ajouter qu'il ne changerait pas de moyen de locomotion pour se rendre au stade.

Publicité

C'était il y a trois ans, le 29 août 2013. Un article dans Le Progrès raconte l'histoire folle d'un supporter qui a avalé les 800 kilomètres séparant sa ville, Denain, à Geoffroy-Guichard, le Chaudron de Saint-Etienne. Juste pour aller voir le match entre les Verts et les Danois d'Esjberg, en tour préliminaire de l'Europa League. Jolie preuve d'amour. Mais en plus de ça, le bonhomme l'a fait en scooter. Avec sa femme à l'arrière. L'anecdote veut même que le couple se soit mis en route après son mariage, pour une lune de miel aussi singulière que bizarre. Au final, il s'est passé une quinzaine de jours entre la bague au doigt et les mains posées sur la poignée du scooter noir et rouge.

« On a mis un peu plus de 28 heures pour rouler jusqu'à Saint-Etienne », me raconte Jean-Louis Brandt. Fan des verts depuis l'enfance, le Nordiste avait scruté les prix des trains sur Internet. Plus de 200 euros. Hors de question de dépenser un tel montant pour un trajet en train. Ni une, ni deux, il enfourche son 50cc, sillonne la France en diagonale via les routes nationales et départementales et s'en sort pour 40 euros d'essence. Et quelques crampes en plus. « On est parti le mercredi à 11 heures du matin. On a roulé jusqu'à 23 heures en s'arrêtant souvent parce que madame avait un peu mal aux fesses, raconte Jean-Louis Brandt. Avec la nuit qui se fait sentir, le couple s'arrête dans un petit hôtel à Châtillon-sur-Seine, en Bourgogne. « On a repris la route le lendemain et on n'est arrivé qu'à 23 heures ».

23 heures, soit deux heures de retard sur le match. Oui, Jean-Louis Brandt a raté la défaite de son équipe de cœur. La faute à un mauvais itinéraire de sa part. Et un peu aux Lyonnais, aussi. Six d'entre eux lui ont donné de mauvais renseignements une fois qu'il se trouvait dans la capitale des Gaules. Quand on affiche fièrement la veste couleur jade et un tatouage de panthère sur le mollet, difficile d'espérer autre chose.

Déçu mais pas abattu, Jean-Louis Brandt et sa moitié restent dans le l'hôtel Formule 1 du coin et profitent de l'emballement médiatique autour de leur périple pour obtenir des places pour le match suivant, prévu le dimanche contre Bordeaux. Non seulement la victoire est au rendez-vous mais, en prime, le fan visite l'Etrat, le centre d'entraînement de Sainté, et s'offre des photos avec les membres du club : l'entraîneur Christophe Galtier, l'ange vert Dominique Rocheteau, les joueurs, tous ou presque y passe.

Publicité

« Rater le match s'est avéré être un mal pour un bien, se félicite presque le supporter. J'ai fait une photo avec Kurt Zouma [ancien défenseur de Saint-Etienne désormais à Chelsea, ndlr]. Il était soufflé. Il m'a dit : "Vous avez fait 800 kilomètres avec un scooter ? Moi quand je dois rentrer et prendre la voiture pour en faire 30, j'ai déjà un peu de mal. Alors 800…" ».

Ce que ne dit pas l'histoire jusqu'ici, c'est que ce n'était pas son premier coup. Ça fait maintenant cinq fois que Jean-Louis Brandt se pointe dans le Forez sur son deux-roues. Il effectue le trajet pour la première fois en 2000 mais c'est lors de son deuxième voyage, en 2001, qu'il se fait remarquer. Le Nordiste rassemble vite ses souvenirs. « J'avais vu un match en Coupe de la Ligue contre le FC Nantes. Il y avait un reportage à la télé où l'on voyait le café des supporters de l'ASSE à Feurs [une commune de 8000 habitants, située à 40 kilomètres de Saint-Etienne, ndlr]. Il s'appelait à l'époque le Green Angel. Je me suis promis de trouver le fameux café le jour où je redescendrai à Sainté ».

Et sur le trajet qui l'emmène au Chaudron, bim ! il passe devant le Green Angel. « La propriétaire du café est devant et me voit me garer avec mes plaques d'immatriculation du Nord », raconte-t-il. La tenancière lui demande s'il vient de Lens, puis ce qu'il vient faire là, quand il répond par l'affirmative : « Je lui ai dit que j'étais là tout simplement parce que je suis supporter de Saint-Etienne. Ça n'a pas manqué, elle m'a demandé d'attendre une demi-heure, le temps qu'un photographe de l'ASSE vienne prendre des photos ».

Jean-Louis, entouré de Romain Hamouma et Renaud Cohade.

Les autres escapades, en 2009 et 2011, n'ont pas eu la même résonance. Mais ça ne gêne pas ce fan inconditionnel, qui suit les matches des Verts depuis 1976 et la plus célèbre épopée européenne du club. « J'avais 12 ans à l'époque. Je suis tombé dedans et je n'en suis jamais ressorti », témoigne-t-il. Les matches épiques contre le Dynamo de Kiev d'Oleg Blokhine où Revelli, Larqué et Rocheteau renversent les deux buts d'avance des Soviétiques. La finale contre le Bayern et ces maudits poteaux carrés. Ils continuent à creuser dans ses souvenirs de gosse : « Les matches contre Hambourg où on gagne 5-0 à l'aller, 5-0 au retour. La rencontre face à l'Hajduk Split où on l'emporte 5-1 à la maison après avoir perdu 4-1. Que des matches à rebondissements quoi ».

Les idoles ne sont pas en reste. Jean-Louis Brandt se souvient encore d'Oswaldo Piazza, son défenseur préféré, avec ses cheveux longs et sa carrure imposante. « Mais il y avait Dominique Rocheteau, le gardien Ivan Curkovic… Bon, lui c'était plutôt mon frère qui était fan, car il était dans les cages aussi. J'en avais un autre qui adorait Dominique Bathenay ». Chez les Brandt, le cœur ne bat pas sang et or mais bien vert. Pourtant, Jean-Louis a travaillé pour le Racing Club de Lens. « Pendant presque quinze ans ! Je plaçais les gens en tribune et je contrôlais les billets », explique-t-il. Il exerce désormais la profession de cariste et se tape 90 kilomètres pour aller travailler, d'où le scooter.

Il a d'ailleurs dû en racheter un après s'être fait voler son fidèle compagnon de route en 2014. Mais il ne l'enfourchera pas pour son prochain coup. Celui-ci, il veut carrément le faire à vélo ! Mais ce n'est pas que pour les Verts, cette fois. Avec cette action, Jean-Louis Brandt espère amener des fonds pour une association caritative et un enfant handicapé de la Loire. « Les gens me disent que je suis un malade, conclut-il. Mais personnellement, je ne connais pas beaucoup de supporters qui feraient tout ça… ».