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Playlist imposée : Mansfield.TYA

A l'occasion des 10 ans de leur premier album, « June », on a fait passer à Julia Lanoë et Carla Pallone le test de la playlist imposée, de Dominque A. à Kanye West, en passant par Terry Riley.
25.3.15

Photo - Florie Berger.

Selon Edmund Wilson, il y a deux genres de femmes : « celles qui se poussent pour vous faire une place quand vous vous asseyez sur le lit, et celles qui restent où elles sont même s'il ne reste qu'un bord étroit. »

Mansfield.TYA

seraient, elles, plutôt du genre à vous sortir des draps gentiment pour vous péter la cheville avant de vous carresser la joue et de vous sussurrer une blague retorse et cruelle à l'oreille. Le duo formé par Julia Lanoë (plus connue sous le nom de Rebeka Warrior, ingérable chanteuse de Sexy Sushi) et Carla Pallone réussit en effet depuis 10 ans là où tous les autres échouent grâce à un plan simple, fiable et particulièrement redoutable : sortir peu de disques, tous essentiels, puis les démolir intégralement sur scène où chaque morceau est passé à tabac, désarticulé, démembré, et remonté à l'envers, les yeux bandés, tout au long d'une performance aussi féroce et hilare qu'intimiste.

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Une prouesse réitérée mardi dernier, à l'occasion du festival

Les Femmes S'En Mêlent

, où Mansfield.TYA rejouait l'essentiel de son premier album,

June

, sorti en 2005. Un disque que j'ai découvert à l'époque, de manière totalement inexplicable, via un documentaire télé diffusé au beau milieu de la nuit et que le groupe s'est fait un plaisir de démanteler, dans une configuration ultra-minimaliste, au coeur d'une petite chapelle du 8ème arrondissement. On a profité de l'évènement pour revenir sur

June

avec Carla et Julia à travers une playlist imposée, de Dominque A. à Aphex Twin, en passant par Wendy Carlos, Kanye West, Extreme Precautions et Terry Riley.

Noisey : Le premier morceau de June s'appelle « Et Demain Déjà », je vais donc vous demander un disque ou un morceau que vous avez écouté hier.

Carla :

Un morceau du nouveau Dominique A…

Julia : Ah ouais ? Eléonore ou je sais pas quoi, là ?

Carla : Oui, Éléor.

Julia : Ouais, j'étais pas loin.

Carla : C'était sur une vidéo live pour Arte, je crois. J'ai pas encore écouté le disque en entier.

Julia :

Il est sorti ? Faudrait que je l'écoute. J'ai juste entendu un morceau, que j'ai trouvé hyper beau. Moi, pour le coup, ça n'a rien à voir, c'était un mix techno hyper bourrin enregistré pendant la dernière édition du Weather Festival. Et je sais même pas qui mixait.

C'était marrant hier d'ailleurs de passer de la techno entre les groupes, dans cette atmosphère d'église, ultra intimiste…

Carla :

Publicité

Ah non mais je sais pas ce qui leur a pris…

Julia : [Rires] Ça collait tellement pas.

Carla : Ça venait d'où ce truc ? C'était les gens des Femmes S'En Mêlent ?

Julia : Ouais, sans doute. Peut-être qu'ils ont des playlists toutes prêtes qu'ils réutilisent, mais là c'était pas hyper approprié.

OK, deuxième titre,

« Tes Faiblesses », cette fois-ci je vais vous demander un disque ou un morceau que vous aimez, à cause justement de ses faiblesses, de ses défauts.

Carla :

Moi j'adore la chanteuse de Romanteek. C'est une fille qui chante toujours un tout petit peu trop bas. Et c'est hyper beau. Elle chante très, très bien faux. J'ai pas écouté ça depuis longtemps, mais j'aimais bien. En fait, c'est souvent l'inverse, je suis souvent déçue par les albums trop parfaits, trop produits.

Julia :

Martial Canterel. J'adore musicalement, mais je trouve toujours ça hyper mal enregistré. Je suis allé le voir en live l'autre jour en pensant que ce serait différent sur scène et pareil, son de merde.

Oui, j'y étais aussi. C'était assez décevant. Surtout après Schwefelgelb, qui ne sont pas hyper finauds mais qui au moins ont un son nickel.

Julia :

Voilà. Et pourtant j'adore ce qu'il fait.

Photo - Florie Berger.

Selon Edmund Wilson, il y a deux genres de femmes : « celles qui se poussent pour vous faire une place quand vous vous asseyez sur le lit, et celles qui restent où elles sont même s'il ne reste qu'un bord étroit. »

Mansfield.TYA

seraient, elles, plutôt du genre à vous sortir des draps gentiment pour vous péter la cheville avant de vous carresser la joue et de vous sussurrer une blague retorse et cruelle à l'oreille. Le duo formé par Julia Lanoë (plus connue sous le nom de Rebeka Warrior, ingérable chanteuse de Sexy Sushi) et Carla Pallone réussit en effet depuis 10 ans là où tous les autres échouent grâce à un plan simple, fiable et particulièrement redoutable : sortir peu de disques, tous essentiels, puis les démolir intégralement sur scène où chaque morceau est passé à tabac, désarticulé, démembré, et remonté à l'envers, les yeux bandés, tout au long d'une performance aussi féroce et hilare qu'intimiste.



Une prouesse réitérée mardi dernier, à l'occasion du festival

Les Femmes S'En Mêlent

, où Mansfield.TYA rejouait l'essentiel de son premier album,

June

, sorti en 2005. Un disque que j'ai découvert à l'époque, de manière totalement inexplicable, via un documentaire télé diffusé au beau milieu de la nuit et que le groupe s'est fait un plaisir de démanteler, dans une configuration ultra-minimaliste, au coeur d'une petite chapelle du 8ème arrondissement. On a profité de l'évènement pour revenir sur

June

avec Carla et Julia à travers une playlist imposée, de Dominque A. à Aphex Twin, en passant par Wendy Carlos, Kanye West, Extreme Precautions et Terry Riley.




Noisey : Le premier morceau de June s'appelle « Et Demain Déjà », je vais donc vous demander un disque ou un morceau que vous avez écouté hier.
Carla :

Un morceau du nouveau Dominique A...


Julia : Ah ouais ? Eléonore ou je sais pas quoi, là ?
Carla : Oui, Éléor.
Julia : Ouais, j'étais pas loin.
Carla : C'était sur une vidéo live pour Arte, je crois. J'ai pas encore écouté le disque en entier.
Julia :

Il est sorti ? Faudrait que je l'écoute. J'ai juste entendu un morceau, que j'ai trouvé hyper beau. Moi, pour le coup, ça n'a rien à voir, c'était un mix techno hyper bourrin enregistré pendant la dernière édition du Weather Festival. Et je sais même pas qui mixait.





C'était marrant hier d'ailleurs de passer de la techno entre les groupes, dans cette atmosphère d'église, ultra intimiste...
Carla :

Ah non mais je sais pas ce qui leur a pris...


Julia : [Rires] Ça collait tellement pas.
Carla : Ça venait d'où ce truc ? C'était les gens des Femmes S'En Mêlent ?
Julia : Ouais, sans doute. Peut-être qu'ils ont des playlists toutes prêtes qu'ils réutilisent, mais là c'était pas hyper approprié.

OK, deuxième titre, « Tes Faiblesses », cette fois-ci je vais vous demander un disque ou un morceau que vous aimez, à cause justement de ses faiblesses, de ses défauts.
Carla :

Moi j'adore la chanteuse de Romanteek. C'est une fille qui chante toujours un tout petit peu trop bas. Et c'est hyper beau. Elle chante très, très bien faux. J'ai pas écouté ça depuis longtemps, mais j'aimais bien. En fait, c'est souvent l'inverse, je suis souvent déçue par les albums trop parfaits, trop produits.


Julia :

Martial Canterel. J'adore musicalement, mais je trouve toujours ça hyper mal enregistré. Je suis allé le voir en live l'autre jour en pensant que ce serait différent sur scène et pareil, son de merde.



Oui, j'y étais aussi. C'était assez décevant. Surtout après Schwefelgelb, qui ne sont pas hyper finauds mais qui au moins ont un son nickel.
Julia :

Voilà. Et pourtant j'adore ce qu'il fait.





Les concerts de cette tournée, en semi-acoustique, dans des lieux très particuliers, où le public est très proche de vous, c'est justement une façon de tester vos faiblesses, de vous mettre en danger ?
Carla :

Oui, carrément.



J'ai l'impression que c'est un peu ce que vous faites à chaque fois sur scène, cela dit. Je ne vous ai jamais vu jouer deux fois un morceau de la même manière.
Julia :

Il faut que ça reste excitant, qu'il y ait un petit risque, un enjeu. Sinon, on s'ennuie. Si on pouvait, on réenregisterait tous nos disques tout le temps.



Vous n'avez jamais eu envie de sortir d'album live du coup ?
Julia :

On a sorti un cd avec

June

, qui s'appellait

Fuck

, avec des bouts de live, de sessions enregistrées sur France Inter... Mais je suis pas sûre que j'aimerais enregistrer un vrai album live.



Je me demandais justement si ça tiendrait la route avec le son uniquement, sans l'image, le contexte, le cadre.
Julia :

Je ne crois pas.


Carla :

On serait peut être plus crispées si on savait que c'était enregistré. Le truc génial avec le live, c'est qu'on sait qu'on peut se permettre de déraper un peu.


Julia :

Et je crois pas que j'assumerais des trucs comme hier les 2-3 mesures de Haddaway ou 2 Unlimited chantées ici et là... [

Rires

]



Morceau 3 : « One Million Eyes », je vais donc vous demander un titre ou un disque qui vous donne justement l'impression d'avoir un million d'yeux fixés sur vous, qui vous met mal à l'aise.
Carla :

Wendy Carlos. Ça fait vraiment froid dans la dos.


Julia :

Carrément. Tu peux pas faire mieux.





Sur scène vous êtes à la fois très proches de votre public, mais en même temps on vous sent hyper concentrées, complètement dans votre truc.
Julia :

C'est dur de ne pas croiser les regards, et j'aime pas trop ça... Du coup, je regarde Carla. Si je croise des regards, si je vois des gens, je vais me tromper.


Carla :

Moi, même quand je te regarde, je me trompe parfois.


Julia :

OK, t'es en train de dire que c'est moi qui te fait faire des pains.

[Rires]

Bien, bien.



Le morceau suivant, c'est « Tomorrow », je vais donc vous demander de me donner un disque qui corresponde à l'idée que vous vous faites de la musique du futur.
Julia :

C'est un peu nase, mais j'ai envie de dire

Yeezus

de Kanye West. Quand c'est sorti en tout cas, c'est un peu ce que je me suis dit, parce que tout à coup on avait un disque sans pochette, sans début ni fin, qui est enregistré par une superstar, riche à millions, mais qui en même temps sonne comme du Scorpion Violente, avec des choses hyper crades, des trucs limite expérimentaux.





Ça vous a fait quoi de réaliser que June fêtait ses 10 ans ?
Julia :

On ne l'a vraiment réalisé qu'au moment où notre label, Vicious Circle, nous a proposé de le ressortir. Ça nous a fait un choc, un peu.


Carla :

Du coup, on s'est posé la question de savoir s'il fallait vraiment faire ça, et comment...


Julia :

Ressortir un disque, c'est facile. Il fallait qu'on propose quelque chose de plus, pour que ça ait un sens. C'est comme ça qu'est venue l'idée de ces concerts et de rejouer des morceaux qu'on avait, pour la plupart, pas rejoués depuis des années. C'était, comme on disait tout à l'heure, une façon de se mettre en danger, de proposer quelque chose d'intéressant et de nouveau.


Carla :

Cette tournée, c'était vraiment une façon de dire qu'on assume le truc jusqu'au bout.



En fait, je vous ai découvert au moment de la sortie de June, totalement par hasard, via une espèce de reportage diffusé tard le soir sur France 3 ou Arte, je ne sais plus. Vous vous souvenez de ce truc ?
Julia :

Ah oui, mon Dieu, ce truc à Nantes...


Carla :

C'était pile au moment de la sortie de

June

.


Julia :

Et c'était hyper long ! Ça durait bien 40 minutes, le truc.

[Rires]
Carla : Moi je me souviens juste d'un truc, c'est que la fille qui nous interviewait avait demandé à refaire les prises parce que c'était pas son bon profil.
Julia : On pensait qu'elle déconnait, mais en fait non, on a tout refait. [Rires]

Le groupe existait depuis combien de temps quand vous avez tourné ce truc ?
Julia : C'était tout récent. Un an, je pense. Ça coïncidait à la sortie de June. On a juste sorti une démo avant.



En parlant d'image, vous n'avez jamais eu l'opportunité ou l'envie de faire de la musique de film ?
Julia :

Eh bien là, on attend un coup de fil de Lars Von Trier. Qui ne nous appelle pas, bizarrement.

[Rires] Mais oui, c'est un truc qu'on adorerait faire. Là, on vient de faire la musique d'un court métrage d'animation, réalisé par une fille qui s'appelle Vergine Keaton. Elle fait tout à partir de gravures, qu'elle anime. On a fait cette B.O. avec Vale Poher, de Mensch. Le résultat devrait être assez cool, en tout cas c'était une super expérience et j'espère qu'on remettra ça assez vite, clairement.
Clara : C'est un exercice que j'adore. Sur Nyx, c'est un peu ce qu'on a fait, même si c'est en fait l'inverse : on a pensé le disque comme un film et Thomas Rabillon a fait un film à partir du disque.

Bon, on reprend : titre 5, « Mon Amoureuse ». Cette fois, je vais vous demander un titre ou un disque qui est à vos côtés depuis longtemps.
Julia :

Moi, c'est facile, c'est

« Wonderful World » de Black. J'avais le 45 tours et je l'ai écouté en boucle la première fois où je me suis fait larguer. [Rires]
Carla :

La Chaconne de Bach.


Julia :

On navigue un peu dans les mêmes univers toutes les deux, c'est bien.

[Rires]
Carla : Oui tu as vu ? Quand j'étais petite, je me disais : « je ferai du violon, jusqu'à ce que je sache jouer la Chaconne ».
Julia : Et tu sais ?
Carla : Dans l'absolu, oui mais c'est le genre de morceau que tu peux passer une vie à jouer, donc ça va je peux continuer.

Les deux titres suivants, c'est « The Shout Of Rain » et « The Day Goes Pale », donc on va les prendre ensemble pour choisir un disque ou un morceau à écouter quand il fait un peu le même temps qu'aujourd'hui, gris et dégueulasse.
Julia : Je crois que je n'écoute que de la musique pour temps gris et pluie.
Carla : L'album d'Anika.
Julia : Je dirais Extreme Precautions, le nouveau projet de Mondkopf. Tu l'as vu en live ? C'est mortel. Vraiment, j'adore.



Votre entrée de scène sur la tournée Nyx était assez dans ce délire là, justement. C'est un truc sur lequel vous vous prenez beaucoup la tête, la mise en scène de vos concerts ou bien c'est fait de manière spontanée, sur une idée précise.
Julia : Non, on réfléchit pas mal au truc. Moi c'est un truc qui me passionne vraiment.
Carla : En plus, je suis particulièrement maniaque... Je peux passer du temps à trouver l'emplacement parfait, ce genre de choses.
Julia : On ramène des instruments à chaque fois, la configuration évolue. Au départ, c'était juste guitare/violon, maintenant, c'est un peu plus flou.
Carla : A chaque nouveau live, on déconstruit la configuration, on remet tout en cause.

Huitième morceau, « Pour Oublier Je Dors », donc cette fois-ci je vais vous demander un titre ou un disque que vous aimeriez oublier, justement.
Julia : Moi j'en ai un mais je peux pas le dire. Ça fait chier. [Rires] C'était idéal en plus. Faut que j'en trouve un autre du coup. Ah si, Carla Bruni. J'ai écouté le premier album de Carla Bruni. Et j'ai honte. [Rires] Non mais j'étais pas non plus à me toucher sur son disque, mais je trouvais ça sympa, bien foutu. C'était clairement

« moins nul »

que ce qu'on pouvait attendre d'une mannequin-qui-fait-de-la-musique. Et puis après, comme tout le monde, j'ai eu de la peine quoi...

Et dans vos propres morceaux, il y en a que vous aimeriez oublier ?
Carla : Ah ouais, tous. On aimerait tout réenregistrer, tout le temps. Genre là, tout refaire comme le concert d'hier.
Julia : Moi, June, je ne voulais pas le sortir. Je ne le trouvais pas suffisamment bon. Et là, le fait de rejouer les morceaux, ça m'a fait revoir ma position sur ce disque. Cela dit les morceaux sont hyper courts.
Carla : Ça, ça nous a surpris. Genre « quoi, c'est déjà fini ? »
Julia : J'aimerais bien le réenregistrer différemment. A l'époque, on n'avait aucune expérience, on a tout fait en live. Ça m'éclaterait de le refaire avec plein d'arrangements.
Carla : Je sais pas si tu te souviens, il y a un morceau qu'on a pas mis sur l'album. C'était juste un tout petit refrain, mais je l'ai tout le temps dans la tête et je le trouve complètement nul. [Rires] Mais j'arrive pas à m'en défaire.
Julia : Ah c'est ça ? [Elle chante] Ah, c'était tellement CHIANT ! Ce truc est minable ! Si on avait sorti ce truc, on serait peut-être riches à l'heure qu'il est. On peut peut-être le vendre à quelqu'un, non ?



Morceau suivant, « On A Boat », du coup je vais vous demander de me donner un disque ou un titre qui vous donne envie de monter sur un bateau et de partir loin.
Julia :

Le Stabat Mater de Pergolèse, ça ça me déconnecte total.


Carla :

...


Julia :

T'as pas un dossier à sortir là ? Cali ? Tryo ?


Carla :

Non, non.

[Rires] Le troisième album de Portishead. Tu es obligé de t'immerger dedans, totalement. Ce n'est pas un disque que tu écoutes comme ça.

On passe à « For You », donc assez logiquement cette fois un disque ou un titre que vous avez énormément fait écouter ou conseillé à vos amis, vos proches, votre entourage.
Julia :

Moi j'ai emmerdé tout le monde avec Drokk, le projet de Geoff Barrow et Ben Salisbury basé sur Judge Dredd. Le souci c'est qu'ils viennent de sortir un deuxième album là et il est vachement moins bien. Du coup, tout le monde va l'acheter à cause de moi et m'en vouloir à mort.


Carla :

Pour moi ce serait Hildur Gudnadottir, une violoncelliste islandaise. C'est Julia qui me l'a recommandée d'ailleurs, au départ. Et maintenant j'ai pris le relais.





11ème morceau, « Fools ». Je vais donc cette fois vous demander un artiste que vous adorez mais qui a, selon vous, sérieusement déconné à un moment de sa carrière.
Julia :

Dur ça, ils ont tous plus ou moins déconné...

Peut être Aphex Twin. En fait, Syro, je ne me souviens même plus ce qu'il y a dessus. Il y a eu tout un foin autour de ce disque, et finalement il ne m'en reste rien. C'est con parce que j'aime beaucoup ce mec.

Ensuite, on passe à « Doesn't Matter Who You Are » qui est, et ce n'est pas rien, mon morceau préféré de l'album. Je vais donc vous demander le votre.
Julia :

Mon morceau préféré sur

June

?

« Et Demain Déjà ». Parce qu'il y a trois notes à la guitare et que c'est ouf pour moi.

Tu veux dire que c'est plus simple ?
Julia : Ah non, au contraire, je suis à mon max là ! [Rires] J'ai l'impression d'être dans Guitar Hero, t'imagines pas.

Carla : Moi aussi, je dirais « Et Demain Déjà ». Quand on a rebossé les morceaux pour les rejouer sur cette tournée, c'est le seul que je ne voulais pas changer. La partie de violon, je voulais absolument la garder telle quelle.



Et votre morceau préféré tous disques confondus ?
Julia : Sans trop d'hésitation, « Animal ».
Carla : Pareil pour moi, « Animal ».

Et sur le prochain ?
Julia : « Litanie », je crois.
Carla : Sauf qu'il ne s'appelera « Litanie ». C'est bizarre, moi aussi c'est ma préferée. Je pensais pas qu'on aimerait les mêmes morceaux.
Julia : Oui c'est chelou, ça. Tu as soulevé un truc intéressant là. Sur Seules Au Bout de 23 Secondes, c'est quoi ta préferée ? Moi, c'est « Déprogrammée ».
Carla : Ah, perdu, moi c'est « My Lover Is Gone ». Parce que j'ai fait de la viole de gambe dessus. Mais je te rassure, ça ne s'entend pas du tout. [Rires]

Il sort quand ce nouveau disque ?
Julia : On a fini de l'enregistrer, il ne reste plus qu'à faire le mixage. Et dès qu'on a fini cette petite tournée pour June, on commence à bosser sur le prochain live. Normalement, on repartira en tournée en octobre. Ça va aller assez vite.

Chacun de vos disques est différent du précédent. June est plus intimiste, Seules Au Bout De 23 Secondes est plus sec, plus dur, et Nyx beaucoup plus expérimental. Il sera comment celui là ?
Julia : Bah déjà ce sera le meilleur. [Rires]
Carla : Plus dans la lignée de Nyx, je dirais.



Dernier morceau, « Bella Donna », donc assez logiquement un titre ou un disque qui représente pour vous la beauté absolue.
Julia : Sans hésiter, « Doe Deer » de Crystal Castles. Sublime.
Carla : La Violin Phase de Terry Riley. Tous ces trucs rythmiques qui se décalent, y'en a un avec une vidéo de batteur qui se décale un tout petit peu, et qui se recale sans que tu t'en rendes compte. C'est comme des boucles où il y aurait de tous petits changements que tu serais incapable de repérer précisément. Ça, ça m'impressionne beaucoup.

Ça a été dur de vous réapproprier ces morceaux, 10 ans après ?
Julia : Oui et non. Disons que techniquement, pour moi, c'est beaucoup plus agréable aujourd'hui. A l'époque de June, je galérais à mort. Là, ça va mieux, je gère un peu plus, je me suis habituée à la scène.
Carla : En même temps, c'est traître, parce que tu crois justement que ça va être simple, que tu connais les morceaux et donc que ça va rouler. Mais en fait, c'est tout le contraire. C'était vraiment dur de se les réapproprier, de rentrer dedans à nouveau et de les démonter pour en faire quelque chose qui soit à la fois proche et complètement différent. Ce n'est pas ce que j'ai fait de plus facile, franchement.


June est toujours disponible chez Vicious Circle, comme à peu près tous les autres disques de Mansfield.TYA. Le groupe sera en tournée jusqu'en mai. Les dates sont juste en-dessous.

27/03 : METZ / Les Femmes s’en mêlent - Les Trinitaires
04/04 : MORLAIX / Festival Panoramas - lieu secret
12/04 : DIJON (Fixin) / Chai
23/04 : BORDEAUX - carte blanche M.TYA/ I Boat
24/04 : PEYRIERES (47)/ Eglise De Peyrières
25/04 : NANTES - Château des Ducs de Bretagne 17h - COMPLET
25/04 : NANTES - Château des Ducs de Bretagne 21h - COMPLET
13/05 : TOURCOING / Chapelle de l'hospice d'Havré
14/05 : BRUXELLES / Les Nuits Botaniques - Grand Salon De Concert

Lelo Jimmy Batista est le rédacteur en chef de Noisey France. Il est sur Twitter - @lelojbatista


Les concerts de cette tournée, en semi-acoustique, dans des lieux très particuliers, où le public est très proche de vous, c'est justement une façon de tester vos faiblesses, de vous mettre en danger ?

Carla :

Oui, carrément.

J'ai l'impression que c'est un peu ce que vous faites à chaque fois sur scène, cela dit. Je ne vous ai jamais vu jouer deux fois un morceau de la même manière.

Publicité

Julia :

Il faut que ça reste excitant, qu'il y ait un petit risque, un enjeu. Sinon, on s'ennuie. Si on pouvait, on réenregisterait tous nos disques tout le temps.

Vous n'avez jamais eu envie de sortir d'album live du coup ?

Julia :

On a sorti un cd avec

June

, qui s'appellait

Fuck

, avec des bouts de live, de sessions enregistrées sur France Inter… Mais je suis pas sûre que j'aimerais enregistrer un vrai album live.

Je me demandais justement si ça tiendrait la route avec le son uniquement, sans l'image, le contexte, le cadre.

Julia :

Je ne crois pas.

Carla :

On serait peut être plus crispées si on savait que c'était enregistré. Le truc génial avec le live, c'est qu'on sait qu'on peut se permettre de déraper un peu.

Julia :

Et je crois pas que j'assumerais des trucs comme hier les 2-3 mesures de Haddaway ou 2 Unlimited chantées ici et là… [

Rires

]

Morceau 3 : « One Million Eyes », je vais donc vous demander un titre ou un disque qui vous donne justement l'impression d'avoir un million d'yeux fixés sur vous, qui vous met mal à l'aise.

Carla :

Wendy Carlos. Ça fait vraiment froid dans la dos.

Julia :

Carrément. Tu peux pas faire mieux.

Photo - Florie Berger.

Selon Edmund Wilson, il y a deux genres de femmes : « celles qui se poussent pour vous faire une place quand vous vous asseyez sur le lit, et celles qui restent où elles sont même s'il ne reste qu'un bord étroit. »

Mansfield.TYA

seraient, elles, plutôt du genre à vous sortir des draps gentiment pour vous péter la cheville avant de vous carresser la joue et de vous sussurrer une blague retorse et cruelle à l'oreille. Le duo formé par Julia Lanoë (plus connue sous le nom de Rebeka Warrior, ingérable chanteuse de Sexy Sushi) et Carla Pallone réussit en effet depuis 10 ans là où tous les autres échouent grâce à un plan simple, fiable et particulièrement redoutable : sortir peu de disques, tous essentiels, puis les démolir intégralement sur scène où chaque morceau est passé à tabac, désarticulé, démembré, et remonté à l'envers, les yeux bandés, tout au long d'une performance aussi féroce et hilare qu'intimiste.



Une prouesse réitérée mardi dernier, à l'occasion du festival

Les Femmes S'En Mêlent

, où Mansfield.TYA rejouait l'essentiel de son premier album,

June

, sorti en 2005. Un disque que j'ai découvert à l'époque, de manière totalement inexplicable, via un documentaire télé diffusé au beau milieu de la nuit et que le groupe s'est fait un plaisir de démanteler, dans une configuration ultra-minimaliste, au coeur d'une petite chapelle du 8ème arrondissement. On a profité de l'évènement pour revenir sur

June

avec Carla et Julia à travers une playlist imposée, de Dominque A. à Aphex Twin, en passant par Wendy Carlos, Kanye West, Extreme Precautions et Terry Riley.




Noisey : Le premier morceau de June s'appelle « Et Demain Déjà », je vais donc vous demander un disque ou un morceau que vous avez écouté hier.
Carla :

Un morceau du nouveau Dominique A...


Julia : Ah ouais ? Eléonore ou je sais pas quoi, là ?
Carla : Oui, Éléor.
Julia : Ouais, j'étais pas loin.
Carla : C'était sur une vidéo live pour Arte, je crois. J'ai pas encore écouté le disque en entier.
Julia :

Il est sorti ? Faudrait que je l'écoute. J'ai juste entendu un morceau, que j'ai trouvé hyper beau. Moi, pour le coup, ça n'a rien à voir, c'était un mix techno hyper bourrin enregistré pendant la dernière édition du Weather Festival. Et je sais même pas qui mixait.





C'était marrant hier d'ailleurs de passer de la techno entre les groupes, dans cette atmosphère d'église, ultra intimiste...
Carla :

Ah non mais je sais pas ce qui leur a pris...


Julia : [Rires] Ça collait tellement pas.
Carla : Ça venait d'où ce truc ? C'était les gens des Femmes S'En Mêlent ?
Julia : Ouais, sans doute. Peut-être qu'ils ont des playlists toutes prêtes qu'ils réutilisent, mais là c'était pas hyper approprié.

OK, deuxième titre, « Tes Faiblesses », cette fois-ci je vais vous demander un disque ou un morceau que vous aimez, à cause justement de ses faiblesses, de ses défauts.
Carla :

Moi j'adore la chanteuse de Romanteek. C'est une fille qui chante toujours un tout petit peu trop bas. Et c'est hyper beau. Elle chante très, très bien faux. J'ai pas écouté ça depuis longtemps, mais j'aimais bien. En fait, c'est souvent l'inverse, je suis souvent déçue par les albums trop parfaits, trop produits.


Julia :

Martial Canterel. J'adore musicalement, mais je trouve toujours ça hyper mal enregistré. Je suis allé le voir en live l'autre jour en pensant que ce serait différent sur scène et pareil, son de merde.



Oui, j'y étais aussi. C'était assez décevant. Surtout après Schwefelgelb, qui ne sont pas hyper finauds mais qui au moins ont un son nickel.
Julia :

Voilà. Et pourtant j'adore ce qu'il fait.





Les concerts de cette tournée, en semi-acoustique, dans des lieux très particuliers, où le public est très proche de vous, c'est justement une façon de tester vos faiblesses, de vous mettre en danger ?
Carla :

Oui, carrément.



J'ai l'impression que c'est un peu ce que vous faites à chaque fois sur scène, cela dit. Je ne vous ai jamais vu jouer deux fois un morceau de la même manière.
Julia :

Il faut que ça reste excitant, qu'il y ait un petit risque, un enjeu. Sinon, on s'ennuie. Si on pouvait, on réenregisterait tous nos disques tout le temps.



Vous n'avez jamais eu envie de sortir d'album live du coup ?
Julia :

On a sorti un cd avec

June

, qui s'appellait

Fuck

, avec des bouts de live, de sessions enregistrées sur France Inter... Mais je suis pas sûre que j'aimerais enregistrer un vrai album live.



Je me demandais justement si ça tiendrait la route avec le son uniquement, sans l'image, le contexte, le cadre.
Julia :

Je ne crois pas.


Carla :

On serait peut être plus crispées si on savait que c'était enregistré. Le truc génial avec le live, c'est qu'on sait qu'on peut se permettre de déraper un peu.


Julia :

Et je crois pas que j'assumerais des trucs comme hier les 2-3 mesures de Haddaway ou 2 Unlimited chantées ici et là... [

Rires

]



Morceau 3 : « One Million Eyes », je vais donc vous demander un titre ou un disque qui vous donne justement l'impression d'avoir un million d'yeux fixés sur vous, qui vous met mal à l'aise.
Carla :

Wendy Carlos. Ça fait vraiment froid dans la dos.


Julia :

Carrément. Tu peux pas faire mieux.





Sur scène vous êtes à la fois très proches de votre public, mais en même temps on vous sent hyper concentrées, complètement dans votre truc.
Julia :

C'est dur de ne pas croiser les regards, et j'aime pas trop ça... Du coup, je regarde Carla. Si je croise des regards, si je vois des gens, je vais me tromper.


Carla :

Moi, même quand je te regarde, je me trompe parfois.


Julia :

OK, t'es en train de dire que c'est moi qui te fait faire des pains.

[Rires]

Bien, bien.



Le morceau suivant, c'est « Tomorrow », je vais donc vous demander de me donner un disque qui corresponde à l'idée que vous vous faites de la musique du futur.
Julia :

C'est un peu nase, mais j'ai envie de dire

Yeezus

de Kanye West. Quand c'est sorti en tout cas, c'est un peu ce que je me suis dit, parce que tout à coup on avait un disque sans pochette, sans début ni fin, qui est enregistré par une superstar, riche à millions, mais qui en même temps sonne comme du Scorpion Violente, avec des choses hyper crades, des trucs limite expérimentaux.





Ça vous a fait quoi de réaliser que June fêtait ses 10 ans ?
Julia :

On ne l'a vraiment réalisé qu'au moment où notre label, Vicious Circle, nous a proposé de le ressortir. Ça nous a fait un choc, un peu.


Carla :

Du coup, on s'est posé la question de savoir s'il fallait vraiment faire ça, et comment...


Julia :

Ressortir un disque, c'est facile. Il fallait qu'on propose quelque chose de plus, pour que ça ait un sens. C'est comme ça qu'est venue l'idée de ces concerts et de rejouer des morceaux qu'on avait, pour la plupart, pas rejoués depuis des années. C'était, comme on disait tout à l'heure, une façon de se mettre en danger, de proposer quelque chose d'intéressant et de nouveau.


Carla :

Cette tournée, c'était vraiment une façon de dire qu'on assume le truc jusqu'au bout.



En fait, je vous ai découvert au moment de la sortie de June, totalement par hasard, via une espèce de reportage diffusé tard le soir sur France 3 ou Arte, je ne sais plus. Vous vous souvenez de ce truc ?
Julia :

Ah oui, mon Dieu, ce truc à Nantes...


Carla :

C'était pile au moment de la sortie de

June

.


Julia :

Et c'était hyper long ! Ça durait bien 40 minutes, le truc.

[Rires]
Carla : Moi je me souviens juste d'un truc, c'est que la fille qui nous interviewait avait demandé à refaire les prises parce que c'était pas son bon profil.
Julia : On pensait qu'elle déconnait, mais en fait non, on a tout refait. [Rires]

Le groupe existait depuis combien de temps quand vous avez tourné ce truc ?
Julia : C'était tout récent. Un an, je pense. Ça coïncidait à la sortie de June. On a juste sorti une démo avant.



En parlant d'image, vous n'avez jamais eu l'opportunité ou l'envie de faire de la musique de film ?
Julia :

Eh bien là, on attend un coup de fil de Lars Von Trier. Qui ne nous appelle pas, bizarrement.

[Rires] Mais oui, c'est un truc qu'on adorerait faire. Là, on vient de faire la musique d'un court métrage d'animation, réalisé par une fille qui s'appelle Vergine Keaton. Elle fait tout à partir de gravures, qu'elle anime. On a fait cette B.O. avec Vale Poher, de Mensch. Le résultat devrait être assez cool, en tout cas c'était une super expérience et j'espère qu'on remettra ça assez vite, clairement.
Clara : C'est un exercice que j'adore. Sur Nyx, c'est un peu ce qu'on a fait, même si c'est en fait l'inverse : on a pensé le disque comme un film et Thomas Rabillon a fait un film à partir du disque.

Bon, on reprend : titre 5, « Mon Amoureuse ». Cette fois, je vais vous demander un titre ou un disque qui est à vos côtés depuis longtemps.
Julia :

Moi, c'est facile, c'est

« Wonderful World » de Black. J'avais le 45 tours et je l'ai écouté en boucle la première fois où je me suis fait larguer. [Rires]
Carla :

La Chaconne de Bach.


Julia :

On navigue un peu dans les mêmes univers toutes les deux, c'est bien.

[Rires]
Carla : Oui tu as vu ? Quand j'étais petite, je me disais : « je ferai du violon, jusqu'à ce que je sache jouer la Chaconne ».
Julia : Et tu sais ?
Carla : Dans l'absolu, oui mais c'est le genre de morceau que tu peux passer une vie à jouer, donc ça va je peux continuer.

Les deux titres suivants, c'est « The Shout Of Rain » et « The Day Goes Pale », donc on va les prendre ensemble pour choisir un disque ou un morceau à écouter quand il fait un peu le même temps qu'aujourd'hui, gris et dégueulasse.
Julia : Je crois que je n'écoute que de la musique pour temps gris et pluie.
Carla : L'album d'Anika.
Julia : Je dirais Extreme Precautions, le nouveau projet de Mondkopf. Tu l'as vu en live ? C'est mortel. Vraiment, j'adore.



Votre entrée de scène sur la tournée Nyx était assez dans ce délire là, justement. C'est un truc sur lequel vous vous prenez beaucoup la tête, la mise en scène de vos concerts ou bien c'est fait de manière spontanée, sur une idée précise.
Julia : Non, on réfléchit pas mal au truc. Moi c'est un truc qui me passionne vraiment.
Carla : En plus, je suis particulièrement maniaque... Je peux passer du temps à trouver l'emplacement parfait, ce genre de choses.
Julia : On ramène des instruments à chaque fois, la configuration évolue. Au départ, c'était juste guitare/violon, maintenant, c'est un peu plus flou.
Carla : A chaque nouveau live, on déconstruit la configuration, on remet tout en cause.

Huitième morceau, « Pour Oublier Je Dors », donc cette fois-ci je vais vous demander un titre ou un disque que vous aimeriez oublier, justement.
Julia : Moi j'en ai un mais je peux pas le dire. Ça fait chier. [Rires] C'était idéal en plus. Faut que j'en trouve un autre du coup. Ah si, Carla Bruni. J'ai écouté le premier album de Carla Bruni. Et j'ai honte. [Rires] Non mais j'étais pas non plus à me toucher sur son disque, mais je trouvais ça sympa, bien foutu. C'était clairement

« moins nul »

que ce qu'on pouvait attendre d'une mannequin-qui-fait-de-la-musique. Et puis après, comme tout le monde, j'ai eu de la peine quoi...

Et dans vos propres morceaux, il y en a que vous aimeriez oublier ?
Carla : Ah ouais, tous. On aimerait tout réenregistrer, tout le temps. Genre là, tout refaire comme le concert d'hier.
Julia : Moi, June, je ne voulais pas le sortir. Je ne le trouvais pas suffisamment bon. Et là, le fait de rejouer les morceaux, ça m'a fait revoir ma position sur ce disque. Cela dit les morceaux sont hyper courts.
Carla : Ça, ça nous a surpris. Genre « quoi, c'est déjà fini ? »
Julia : J'aimerais bien le réenregistrer différemment. A l'époque, on n'avait aucune expérience, on a tout fait en live. Ça m'éclaterait de le refaire avec plein d'arrangements.
Carla : Je sais pas si tu te souviens, il y a un morceau qu'on a pas mis sur l'album. C'était juste un tout petit refrain, mais je l'ai tout le temps dans la tête et je le trouve complètement nul. [Rires] Mais j'arrive pas à m'en défaire.
Julia : Ah c'est ça ? [Elle chante] Ah, c'était tellement CHIANT ! Ce truc est minable ! Si on avait sorti ce truc, on serait peut-être riches à l'heure qu'il est. On peut peut-être le vendre à quelqu'un, non ?



Morceau suivant, « On A Boat », du coup je vais vous demander de me donner un disque ou un titre qui vous donne envie de monter sur un bateau et de partir loin.
Julia :

Le Stabat Mater de Pergolèse, ça ça me déconnecte total.


Carla :

...


Julia :

T'as pas un dossier à sortir là ? Cali ? Tryo ?


Carla :

Non, non.

[Rires] Le troisième album de Portishead. Tu es obligé de t'immerger dedans, totalement. Ce n'est pas un disque que tu écoutes comme ça.

On passe à « For You », donc assez logiquement cette fois un disque ou un titre que vous avez énormément fait écouter ou conseillé à vos amis, vos proches, votre entourage.
Julia :

Moi j'ai emmerdé tout le monde avec Drokk, le projet de Geoff Barrow et Ben Salisbury basé sur Judge Dredd. Le souci c'est qu'ils viennent de sortir un deuxième album là et il est vachement moins bien. Du coup, tout le monde va l'acheter à cause de moi et m'en vouloir à mort.


Carla :

Pour moi ce serait Hildur Gudnadottir, une violoncelliste islandaise. C'est Julia qui me l'a recommandée d'ailleurs, au départ. Et maintenant j'ai pris le relais.





11ème morceau, « Fools ». Je vais donc cette fois vous demander un artiste que vous adorez mais qui a, selon vous, sérieusement déconné à un moment de sa carrière.
Julia :

Dur ça, ils ont tous plus ou moins déconné...

Peut être Aphex Twin. En fait, Syro, je ne me souviens même plus ce qu'il y a dessus. Il y a eu tout un foin autour de ce disque, et finalement il ne m'en reste rien. C'est con parce que j'aime beaucoup ce mec.

Ensuite, on passe à « Doesn't Matter Who You Are » qui est, et ce n'est pas rien, mon morceau préféré de l'album. Je vais donc vous demander le votre.
Julia :

Mon morceau préféré sur

June

?

« Et Demain Déjà ». Parce qu'il y a trois notes à la guitare et que c'est ouf pour moi.

Tu veux dire que c'est plus simple ?
Julia : Ah non, au contraire, je suis à mon max là ! [Rires] J'ai l'impression d'être dans Guitar Hero, t'imagines pas.

Carla : Moi aussi, je dirais « Et Demain Déjà ». Quand on a rebossé les morceaux pour les rejouer sur cette tournée, c'est le seul que je ne voulais pas changer. La partie de violon, je voulais absolument la garder telle quelle.



Et votre morceau préféré tous disques confondus ?
Julia : Sans trop d'hésitation, « Animal ».
Carla : Pareil pour moi, « Animal ».

Et sur le prochain ?
Julia : « Litanie », je crois.
Carla : Sauf qu'il ne s'appelera « Litanie ». C'est bizarre, moi aussi c'est ma préferée. Je pensais pas qu'on aimerait les mêmes morceaux.
Julia : Oui c'est chelou, ça. Tu as soulevé un truc intéressant là. Sur Seules Au Bout de 23 Secondes, c'est quoi ta préferée ? Moi, c'est « Déprogrammée ».
Carla : Ah, perdu, moi c'est « My Lover Is Gone ». Parce que j'ai fait de la viole de gambe dessus. Mais je te rassure, ça ne s'entend pas du tout. [Rires]

Il sort quand ce nouveau disque ?
Julia : On a fini de l'enregistrer, il ne reste plus qu'à faire le mixage. Et dès qu'on a fini cette petite tournée pour June, on commence à bosser sur le prochain live. Normalement, on repartira en tournée en octobre. Ça va aller assez vite.

Chacun de vos disques est différent du précédent. June est plus intimiste, Seules Au Bout De 23 Secondes est plus sec, plus dur, et Nyx beaucoup plus expérimental. Il sera comment celui là ?
Julia : Bah déjà ce sera le meilleur. [Rires]
Carla : Plus dans la lignée de Nyx, je dirais.



Dernier morceau, « Bella Donna », donc assez logiquement un titre ou un disque qui représente pour vous la beauté absolue.
Julia : Sans hésiter, « Doe Deer » de Crystal Castles. Sublime.
Carla : La Violin Phase de Terry Riley. Tous ces trucs rythmiques qui se décalent, y'en a un avec une vidéo de batteur qui se décale un tout petit peu, et qui se recale sans que tu t'en rendes compte. C'est comme des boucles où il y aurait de tous petits changements que tu serais incapable de repérer précisément. Ça, ça m'impressionne beaucoup.

Ça a été dur de vous réapproprier ces morceaux, 10 ans après ?
Julia : Oui et non. Disons que techniquement, pour moi, c'est beaucoup plus agréable aujourd'hui. A l'époque de June, je galérais à mort. Là, ça va mieux, je gère un peu plus, je me suis habituée à la scène.
Carla : En même temps, c'est traître, parce que tu crois justement que ça va être simple, que tu connais les morceaux et donc que ça va rouler. Mais en fait, c'est tout le contraire. C'était vraiment dur de se les réapproprier, de rentrer dedans à nouveau et de les démonter pour en faire quelque chose qui soit à la fois proche et complètement différent. Ce n'est pas ce que j'ai fait de plus facile, franchement.


June est toujours disponible chez Vicious Circle, comme à peu près tous les autres disques de Mansfield.TYA. Le groupe sera en tournée jusqu'en mai. Les dates sont juste en-dessous.

27/03 : METZ / Les Femmes s’en mêlent - Les Trinitaires
04/04 : MORLAIX / Festival Panoramas - lieu secret
12/04 : DIJON (Fixin) / Chai
23/04 : BORDEAUX - carte blanche M.TYA/ I Boat
24/04 : PEYRIERES (47)/ Eglise De Peyrières
25/04 : NANTES - Château des Ducs de Bretagne 17h - COMPLET
25/04 : NANTES - Château des Ducs de Bretagne 21h - COMPLET
13/05 : TOURCOING / Chapelle de l'hospice d'Havré
14/05 : BRUXELLES / Les Nuits Botaniques - Grand Salon De Concert

Lelo Jimmy Batista est le rédacteur en chef de Noisey France. Il est sur Twitter - @lelojbatista


Sur scène vous êtes à la fois très proches de votre public, mais en même temps on vous sent hyper concentrées, complètement dans votre truc.

Julia :

C'est dur de ne pas croiser les regards, et j'aime pas trop ça… Du coup, je regarde Carla. Si je croise des regards, si je vois des gens, je vais me tromper.

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Carla :

Moi, même quand je te regarde, je me trompe parfois.

Julia :

OK, t'es en train de dire que c'est moi qui te fait faire des pains.

[

Rires

]

Bien, bien.

Le morceau suivant, c'est « Tomorrow », je vais donc vous demander de me donner un disque qui corresponde à l'idée que vous vous faites de la musique du futur.

Julia :

C'est un peu nase, mais j'ai envie de dire

Yeezus

de Kanye West. Quand c'est sorti en tout cas, c'est un peu ce que je me suis dit, parce que tout à coup on avait un disque sans pochette, sans début ni fin, qui est enregistré par une superstar, riche à millions, mais qui en même temps sonne comme du Scorpion Violente, avec des choses hyper crades, des trucs limite expérimentaux.

Ça vous a fait quoi de réaliser que June fêtait ses 10 ans ?

Julia :

On ne l'a vraiment réalisé qu'au moment où notre label, Vicious Circle, nous a proposé de le ressortir. Ça nous a fait un choc, un peu.

Carla :

Du coup, on s'est posé la question de savoir s'il fallait vraiment faire ça, et comment…

Julia :

Ressortir un disque, c'est facile. Il fallait qu'on propose quelque chose de plus, pour que ça ait un sens. C'est comme ça qu'est venue l'idée de ces concerts et de rejouer des morceaux qu'on avait, pour la plupart, pas rejoués depuis des années. C'était, comme on disait tout à l'heure, une façon de se mettre en danger, de proposer quelque chose d'intéressant et de nouveau.

Carla :

Cette tournée, c'était vraiment une façon de dire qu'on assume le truc jusqu'au bout.

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En fait, je vous ai découvert au moment de la sortie de June, totalement par hasard, via une espèce de reportage diffusé tard le soir sur France 3 ou Arte, je ne sais plus. Vous vous souvenez de ce truc ?

Julia :

Ah oui, mon Dieu, ce truc à Nantes…

Carla :

C'était pile au moment de la sortie de

June

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Julia :

Et c'était hyper long ! Ça durait bien 40 minutes, le truc.

[

Rires

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Carla : Moi je me souviens juste d'un truc, c'est que la fille qui nous interviewait avait demandé à refaire les prises parce que c'était pas son bon profil.

Julia : On pensait qu'elle déconnait, mais en fait non, on a tout refait.

[

Rires

]

Le groupe existait depuis combien de temps quand vous avez tourné ce truc ?

Julia : C'était tout récent. Un an, je pense. Ça coïncidait à la sortie de June. On a juste sorti une démo avant.

En parlant d'image, vous n'avez jamais eu l'opportunité ou l'envie de faire de la musique de film ?

Julia :

Eh bien là, on attend un coup de fil de Lars Von Trier. Qui ne nous appelle pas, bizarrement.

[

Rires

] Mais oui, c'est un truc qu'on adorerait faire. Là, on vient de faire la musique d'un court métrage d'animation, réalisé par une fille qui s'appelle Vergine Keaton. Elle fait tout à partir de gravures, qu'elle anime. On a fait cette B.O. avec Vale Poher, de Mensch. Le résultat devrait être assez cool, en tout cas c'était une super expérience et j'espère qu'on remettra ça assez vite, clairement.

Clara : C'est un exercice que j'adore. Sur Nyx, c'est un peu ce qu'on a fait, même si c'est en fait l'inverse : on a pensé le disque comme un film et Thomas Rabillon a fait un film à partir du disque.

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Bon, on reprend : titre 5, « Mon Amoureuse ». Cette fois, je vais vous demander un titre ou un disque qui est à vos côtés depuis longtemps.

Julia :

Moi, c'est facile, c'est

« Wonderful World » de Black. J'avais le 45 tours et je l'ai écouté en boucle la première fois où je me suis fait larguer. [

Rires

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Carla :

La Chaconne de Bach.

Julia :

On navigue un peu dans les mêmes univers toutes les deux, c'est bien.

[

Rires

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Carla : Oui tu as vu ? Quand j'étais petite, je me disais : « je ferai du violon, jusqu'à ce que je sache jouer la Chaconne ».

Julia : Et tu sais ?

Carla : Dans l'absolu, oui mais c'est le genre de morceau que tu peux passer une vie à jouer, donc ça va je peux continuer.

Les deux titres suivants, c'est « The Shout Of Rain » et « The Day Goes Pale », donc on va les prendre ensemble pour choisir un disque ou un morceau à écouter quand il fait un peu le même temps qu'aujourd'hui, gris et dégueulasse.

Julia : Je crois que je n'écoute que de la musique pour temps gris et pluie.

Carla : L'album d'Anika.

Julia : Je dirais Extreme Precautions, le nouveau projet de Mondkopf. Tu l'as vu en live ? C'est mortel. Vraiment, j'adore.

Votre entrée de scène sur la tournée Nyx était assez dans ce délire là, justement. C'est un truc sur lequel vous vous prenez beaucoup la tête, la mise en scène de vos concerts ou bien c'est fait de manière spontanée, sur une idée précise.

Julia : Non, on réfléchit pas mal au truc. Moi c'est un truc qui me passionne vraiment.

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Carla : En plus, je suis particulièrement maniaque… Je peux passer du temps à trouver l'emplacement parfait, ce genre de choses.

Julia : On ramène des instruments à chaque fois, la configuration évolue. Au départ, c'était juste guitare/violon, maintenant, c'est un peu plus flou.

Carla : A chaque nouveau live, on déconstruit la configuration, on remet tout en cause.

Huitième morceau,

« Pour Oublier Je Dors », donc cette fois-ci je vais vous demander un titre ou un disque que vous aimeriez oublier, justement.

Julia : Moi j'en ai un mais je peux pas le dire. Ça fait chier. [

Rires

] C'était idéal en plus. Faut que j'en trouve un autre du coup. Ah si, Carla Bruni. J'ai écouté le premier album de Carla Bruni. Et j'ai honte. [

Rires

] Non mais j'étais pas non plus à me toucher sur son disque, mais je trouvais ça sympa, bien foutu. C'était clairement

« moins nul »

que ce qu'on pouvait attendre d'une mannequin-qui-fait-de-la-musique. Et puis après, comme tout le monde, j'ai eu de la peine quoi…

Et dans vos propres morceaux, il y en a que vous aimeriez oublier ?

Carla : Ah ouais, tous. On aimerait tout réenregistrer, tout le temps. Genre là, tout refaire comme le concert d'hier.

Julia : Moi, June, je ne voulais pas le sortir. Je ne le trouvais pas suffisamment bon. Et là, le fait de rejouer les morceaux, ça m'a fait revoir ma position sur ce disque. Cela dit les morceaux sont hyper courts.

Carla : Ça, ça nous a surpris. Genre « quoi, c'est déjà fini ? »

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Julia : J'aimerais bien le réenregistrer différemment. A l'époque, on n'avait aucune expérience, on a tout fait en live. Ça m'éclaterait de le refaire avec plein d'arrangements.

Carla : Je sais pas si tu te souviens, il y a un morceau qu'on a pas mis sur l'album. C'était juste un tout petit refrain, mais je l'ai tout le temps dans la tête et je le trouve complètement nul. [

Rires

] Mais j'arrive pas à m'en défaire.

Julia : Ah c'est ça ? [Elle chante] Ah, c'était tellement CHIANT ! Ce truc est minable ! Si on avait sorti ce truc, on serait peut-être riches à l'heure qu'il est. On peut peut-être le vendre à quelqu'un, non ?

Morceau suivant,

« On A Boat », du coup je vais vous demander de me donner un disque ou un titre qui vous donne envie de monter sur un bateau et de partir loin.

Julia :

Le Stabat Mater de Pergolèse, ça ça me déconnecte total.

Carla :

Julia :

T'as pas un dossier à sortir là ? Cali ? Tryo ?

Carla :

Non, non.

[

Rires

] Le troisième album de Portishead. Tu es obligé de t'immerger dedans, totalement. Ce n'est pas un disque que tu écoutes comme ça.

On passe à

« For You », donc assez logiquement cette fois un disque ou un titre que vous avez énormément fait écouter ou conseillé à vos amis, vos proches, votre entourage.

Julia :

Moi j'ai emmerdé tout le monde avec Drokk, le projet de Geoff Barrow et Ben Salisbury basé sur Judge Dredd. Le souci c'est qu'ils viennent de sortir un deuxième album là et il est vachement moins bien. Du coup, tout le monde va l'acheter à cause de moi et m'en vouloir à mort.

Publicité

Carla :

Pour moi ce serait Hildur Gudnadottir, une violoncelliste islandaise. C'est Julia qui me l'a recommandée d'ailleurs, au départ. Et maintenant j'ai pris le relais.

11ème morceau, « Fools ». Je vais donc cette fois vous demander un artiste que vous adorez mais qui a, selon vous, sérieusement déconné à un moment de sa carrière.

Julia :

Dur ça, ils ont tous plus ou moins déconné…

Peut être Aphex Twin. En fait, Syro, je ne me souviens même plus ce qu'il y a dessus. Il y a eu tout un foin autour de ce disque, et finalement il ne m'en reste rien. C'est con parce que j'aime beaucoup ce mec.

Ensuite, on passe à

« Doesn't Matter Who You Are » qui est, et ce n'est pas rien, mon morceau préféré de l'album. Je vais donc vous demander le votre.

Julia :

Mon morceau préféré sur

June

?

« Et Demain Déjà ». Parce qu'il y a trois notes à la guitare et que c'est ouf pour moi.

Tu veux dire que c'est plus simple ?
Julia : Ah non, au contraire, je suis à mon max là ! [Rires] J'ai l'impression d'être dans Guitar Hero, t'imagines pas.