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John Garcia est plus libre que jamais

L'ancien leader de Kyuss nous a parlé de son premier album solo, de ses déboires avec Josh Homme et de son boulot de vétérinaire.
18.7.14

« J'aime l'argent autant que n'importe quel fils de pute, mais si j'étais dans l'industrie musicale uniquement pour ça, y'a longtemps que j'aurais lâché l'affaire. » Tel est le gospel de John Garcia, ex-chanteur des maîtres du desert rock, Kyuss, qui ont sorti quatre albums définitifs avant de tirer leur révérence en 1996. Un split qui n'avait pas ému grand monde à l'époque. Mais le temps a fait sa lourde besogne, et aujourd'hui Kyuss est considéré comme une référence absolue et un maillon crucial dans la longue chaîne du stoner rock.

Pendant que Josh Homme, le guitariste de Kyuss, montait Queens Of The Stone Age avec qui il allait connaître un succès planétaire, John Garcia, lui, enquillait des performances plus ou moins remarqués dans des groupes tels que Slo Burn, Unida (qui ont terminé leur très courte carrière après avoir signé sur American, le label de Rick Rubin), Hermano et plus récemment, Vista Chino, un groupe qui consistait en fait en une reformation de Kyuss sans Josh Homme, mais avec un nouveau nom, à cause -justement- d'une action en justice de Josh Homme. Mais toute ça fait désormais partie du passé. Depuis quelques mois, John Garcia est un artiste solo. Son premier album, très intelligemment intitulé

John Garcia

, sort sur Napalm Records et on a été le trouver pour lui poser quelques questions sur ce nouveau disque.

Noisey : Ça faisait combien de temps que tu avais cette idée d'album solo en tête ?

John Garcia

: Depuis que j'ai 18 ans en fait. Je traînais ces morceaux derrière moi depuis des lustres dans une grande boîte en carton, au fil de tous mes déménagements. Et puis ma via a changé, et j'en ai eu marre de voir cette boîte. J'avais 44 chansons qui dormaient à l'intérieur, et je me sentais mal pour elles. J'ai dit oui à bien d'autres projets, tu sais ? Vista Chino voulait que je fasse un autre disque et j'ai répondu non. Hermano voulait que je fasse un nouveau disque, et j'ai répondu non. Pareil pour Unida. J'ia préféré dire oui à ces chansons qui dormaient depuis trop longtemps. Je n'ai pas envie que ça ait l'air égoïste, mais ces compos étaient vraiment particulières pour moi. Ce n'étaient pas des faces B ou des chutes d'album. J'ai donc fait une sélection avec mes producteurs pour choisir celles qu'on allait enregistrer pour l'album. C'était vraiment un grand moment pour moi, que tout ça sorte du carton et voit enfin la lumière du jour.

Certaines de ces chansons remontent donc à ton adolescence ?

Ouais, il y a la première chanson que j'ai écrite à Palm Springs avec Nick Oliveri, « Her Bullets Energy », quand j'avais 19 ans. Et si quelqu'un m'avait dit que je ne la sortirais pas avant d'en avoir 43 et qu'en plus Robby Krieger des Doors jouerait dessus, je l'aurais sûrement pris pour un taré. Tu parles d'un voyage, mec.

Comment l'as-tu rencontré, d'ailleurs ?

Quand on passait les morceaux en revue, mon producteur Harper Hug m'a dit : « Je vois bien de la guitare classique sur cette piste. » Je lui ai répondu : « Bonne idée. Tu connais quelqu'un qui en joue ? ». Et c'est là qu'il m'a dit qu'il connaissait Robby Krieger. J'ai failli tomber de ma chaise. Il l'a appelé et lui a envoyé le morceau. Robby a aimé, et quelques semaines plus tard, on était assis au studio à enregistrer tous les deux. C'est une légende vivante et un mec vraiment sympa.

Il connaissait ton boulot avant que Harper le contacte ?

Non. Tout du moins, je l'ignore, et je ne lui ai pas demandé non plus. Mais c'était vraiment super, mec. Robby s'est ramené avec une guitare dans une main, un burrito dans l'autre. Il a posé le burrito et s'est mis à jouer. En fait, on a surtout parlé de golf plus que de n'importe quoi d'autre. Je ne suis pas golfeur, mais là où je vis, à Palm Springs, il y a une grosse communauté de retraités et des tas de terrains de golf. Robby est un golfeur passionné, il vient de temps en temps ici pour jouer.

C'est toi qui as écrit la musique de ces morceaux ?

Je joue de la guitare instinctivement, c'est pas vraiment mon truc. La plupart des morceaux sont nés d'un riff très basique que j'ai ensuite filé à des guitaristes avec qui j'ai joué par le passé. Comme Dave Angstrom du groupe Hermano par exemple. Je lui donné un riff et il en tiré « My Mind », qui est la première piste de l'album. Donc en général, le noyau vient de moi, mais la finition a été assurée par plusieurs guitaristes, comme Eric Belt, qui a écrit « Saddleback ». Cette chanson a 8 ans, mais je l'ai gardé dans mon carton et je l'ai retravaillée. Il y a aussi « 5000 Miles » que mon ami Danko Jones a écrit pour moi il y a une dizaine d'années.

C'est un peu ton « Mama, I'm Coming Home ».

C'est ça. Danko et moi avons fait une tournée il y a 10 ou 11 ans, au moment de la naissance de ma fille. Je lui parlais toujours de ma famille qui me manquait et de trucs comme ça. Quelques mois après la tournée, il m'a envoyé un enregistrement de lui qui jouait « 5000 Miles » sur son balcon. Il m'a dit qu'il l'avait spécialement écrite pour moi et pour mon album solo, dont je parlais à cette époque.

John Garcia

Il y a aussi une reprise sur le disque…
Ouais. Rolling Stoned » est à la base un morceau de Black Mastiff, un groupe d'Edmonton au Canada. Je vais rarement voir de groupes en concert, la plupart du temps je vois nos premières parties quand on est en tournée. J'ai croisé Black Mastiff quand j'étais à Edmonton et j'avais vraiment accroché sur ce titre. Je leur ai dit que je voulais l'avoir sur mon album solo. Que ça soit clair, si je pouvais chanter comme Philip Bailey de Earth, Wind & Fire, je reprendrai probablement une chanson de Earth, Wind & Fire. Mais le falsetto c'est pas mon truc. Je suis simplement un fan de musique, et pour moi il n'y a aucune règle à respecter quand t'es chanteur. Si c'était le cas, j'aurais abandonné dès le départ. Quand j'entends un truc que j'aime, rien ne peut m'empêcher de le chanter.

À part Robby, qui d'autre a participé à l'album ?

Tom Brayton, qui a fait quelques percussions sur l'album de Vista Chino, s'est occupé de la batterie et des percussions. Il n'y a que lui et moi qui sommes présents sur tous les morceaux de l'album. Ensuite, mes producteurs Harper Hug, Trevor Whatever et moi, avons sélectionné des guitaristes et des bassistes pour chaque titre. On a embauché à la basse, Nick Oliveri, Damon Garrison de Slo Burn, Dandy Brown de Hermano, et pour les guitares, Marc Diamond des Dwarves, Danko Jones, Dave Angtrom et Aaron Groban, qui joue maintenant en live avec moi. Ça fait pas mal de monde et il nous a fallu environ un an pour organiser tout ça.

Tu es père de famille maintenant, j'imagine que tu vis les tournées différemment aujourd'hui, par rapport à l'époque de Kyuss.

Oui, je suis un père et un mari avant tout, et je tente de garder le cap. Tout le reste – être capable de jouer en live, sortir des disques, créer – c'est secondaire. Sans tomber dans le sentimental, je tiens à dire que c'est

grâce

à ma famille que je peux faire tout ça. J'ai vraiment de la chance de pouvoir faire les deux choses que j'aime le plus au monde : faire de la musique et travailler avec des animaux. C'est là que j'ai rencontré ma femme d'ailleurs, dans la clinique vétérinaire où je travaille. Je fais ce type de job depuis des années, je le faisais déjà quand j'étais dans Kyuss, et je vais sûrement y revenir un jour. Maintenant, je m'occupe des diagnostics, et ça me passionne également. Mais je jouis d'une liberté sans pareil en tant qu'artiste solo. Ça fait vraiment du bien après toutes ces années d'énergie gaspillée. J'aurais dû le faire depuis longtemps, je ne sais pas pourquoi ce n'est pas arrivé plus tôt.

Tu as dit plus haut que Vista Chino voulait faire un nouvel album. Où en est le groupe actuellement ?

Eh bien en fait, Vista Chino c'était un accident. Je ne pensais pas tomber à nouveau amoureux du jeu de batterie de Brant Bjork [

le batteur d'origine de Kyuss

], mais c'est arrivé et on est parti en tournée [

sous le nom Kyuss Lives

], après quoi on a décidé d'enregistrer un album ensemble. À ce stade, on avait déjà rencontré quelques obstacles, mais on finissait toujours par s'en sortir, ce qui nous a permis de nous lancer dans la conception d'un disque. Un deuxième album est effectivement en prévision, mais aujourd'hui, Vista Chino est rangé au garage, pour une durée indéterminée. Hermano aussi d'ailleurs. Alors que la voiture dans laquelle je suis actuellement est pleine d'essence et trace comme jamais, et je vais compte bien m'amuser avec pendant un petit moment. Je ne me vois pas vraiment redémarrer Vista Chino dans un futur proche, mais il ne jamais dire jamais, pas vrai ?

S'il y a truc à retenir au sujet de ma carrière, c'est que je n'aime pas rester au même endroit trop longtemps. Kyuss a été ma plus longue aventure. Après ça—Slo Burn, Unida, Hermano, Danko Jones, Mad City Rockers, Arsenal, the Crystal Method— toutes ces expériences ont duré peu de temps. Il y a des chanteurs qui restent dans un groupe et un groupe seulement, mais moi j'adore explorer. Je vais simplement là où mon instinct me dit d'aller. Appelez ça « se prostituer » si vous voulez, ce n'est pas comme ça que je vois les choses. Appelez ça « diluer sa carrière » si ça vous chante, mais je ne crois pas que ce soit mon cas. Comme je l'ai dit avant, il n'y a pas aucune putain de règle. Si je veux faire un disque de polka sous l'eau, je le ferai. Point barre.

Après le split de Kyuss au milieu des années 90, tu es resté impliqué dans trois groupes principaux,

Slo Burn, Unida et Hermano, qui ont tous ont plus ou moins réussi. Et puis à chaque fois, ça a implosé en plein vol. C'est arrivé une nouvelle fois avec l'affaire Kyuss Lives qui t'a poussé à changer votre nom en Vista Chino. T'as déjà pensé qu'on t'avait jeté un sort ? Cet album solo c'est un peu une façon de le conjurer ?

Ouais, tu as raison. Mais plus que maudit, je me sens surtout épuisé. Slo Burn n'aurait jamais dû naître, pour être honnête avec toi. Je me suis lancé là-dedans juste après avoir quitté Kyuss, et j'aurais dû réfléchir à deux fois et prendre une meilleure décision. Je ne regrette pas ce groupe mais j'aurais dû faire les choses différemment. Je parle toujours aux anciens membres, hein – deux d'entre eux ont joué sur mon album. Puis Unida est arrivé, et on était en pleine possession de nos moyens. J'ai vraiment tout donné dans ce groupe. On a enregistré ce disque pour le label American, en dépensant 350 000 $ dessus. On l'a enregistré au studio Sound City et c'est George Drakoulias qui l'a produit. Il était sur le point de sortir quand le business a repris le dessus : American/Sony/Columbia ont divorcé et American a été récupéré par Island/Def Jam. Mais Island/Def Jam ne voulait pas de tous les groupes du roster American de l'époque, et on faisait partie de la liste noire. Ça a vraiment été un gros, gros revers dans ma carrière. Peu de temps après, mon ami John Howard, un grand vétérinaire, m'a appelé pour me demander si je pouvais l'aider à gérer sa nouvelle clinique. J'ai foncé, j'ai adoré ça et je suis resté bien plus longtemps que prévu. Pendant que je travaillais là-bas, j'avais encore mon fix musical avec Hermano, qui était surtout un groupe pour le fun. Je prenais deux semaines de vacances par ci par là pour qu'on puisse partir en tournée en Europe et ensuite je rentrais filer un coup de main au docteur Howard. La plus grosse déception de ma carrière a été cet album raté d'Unida.

Un album qui tuait en plus, au passage. J'imagine que tu le sais, un bootleg du disque circule depuis. C'est vraiment dommage qu'il ne soit jamais sorti officiellement.

Merci, j'apprécie. Tu sais, je suis un mec sensible et toute cette industrie musicale me mettait vraiment un coup au moral. Récemment, j'ai appris à me détacher émotionnellement de ce genre de choses parce que j'en ai beaucoup chié par le passé… Mais ça a été une expérience. Tu ne peux pas laisser ces choses te consumer. Ma vie de famille me consume dans un autre sens, mais là c'est normal, c'est comme ça que ça doit se passer. En tous cas, j'aimerais vraiment sortir ce disque d'Unida un jour. Crois le ou non, je travaille dessus. Mais bon, ça va demander plusieurs échanges, surtout entre moi et Scott Reeder, évidemment.

Tu as résolu tes histoires avec

Scott Reeder et Josh Homme depuis qu'ils ont poursuivi Kyuss Lives pour que vous changiez de nom ?

Je ne veux pas raconter de saloperies, ni sur Josh Homme ni sur Scott Reeder. Ce serait trop facile d'être assis là et de balancer « Que ces mecs aillent se faire enculer ! ». Il y a une époque où moi et Brant on se battait contre eux et on n'avait pas vraiment le bon tempérament, je laissais souvent les émotions prendre le pas. Mais j'ai changé d'état d'esprit. J'ai laissé filer. Je leur ai pardonné et j'espère qu'eux aussi. C'est tout. Je veux la paix, mec. J'aimerais vraiment redevenir pote avec ces mecs. Scott Reeder et moi étions très proches, plus que n'importe qui d'autre dans Kyuss. J'espère qu'un jour on pourra se croiser dans la rue et se serrer la main. Au sujet de Josh, on n'a jamais été très proches en revanche, même avant le procès. Mais encore une fois, si on se croise, je n'ai pas envie qu'il y ait de tension. Je veux passer à autre chose. Il y a des choses plus importantes auxquelles penser, et je souhaite tout le bonheur possible à ces types.

J. Bennett écoutait Kyuss avant tout le monde. Eh ouais.

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