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Music by VICE

Arrêtez de vous prendre la tête et laissez-vous aller : les deux commandements de PC Music

Le très controversé collectif dance britannique s'est frotté pour la première fois au public américain à l'occasion du festival SXSW.

par Kyle Kramer
25 Mars 2015, 12:30pm


GFOTY / Photos by Brittany Sowacke

Le SXSW est l’occasion pour des milliers de personnes de descendre sur Austin pour gueuler les uns sur les autres et se donner en spectacle. Il y a plusieurs types de hurlements, il y a ceux des passants qui se baladent de showcase en showcase, et ceux des artistes qui cherchent à se faire remarquer dans la marée de micro-divertissements qu'à enfantée la Société-Internet. Et aujourd'hui, tous les artistes sont contraints à hurler pour qu'on s'intéresse à eux, y compris ceux de la scène électronique. Généralement, un live électro, se résume en grande partie à regarder un type derrière un laptop appuyer sur des touches, le regard rivé à son écran. On s'investira ensuite plus ou moins dans le show, en fonction de la personne qui se trouve derrière les machines. Si Skrillex joue, par exemple, il y aura des malaises, des larmes et des cris de jeunes adolescentes. Parce qu'il y a des lasers et tout un tas de trucs sur scène, mais aussi parce que Skrillex est une putain de star et que ça influencera considérablement les réactions du public. Si vous collez un inconnu sur scène pour jouer exactement le même set que Skrilex, l’ambiance sera totalement différente. Parce que c’est, justement, un inconnu.


Lil Data

Malgré ses nombreuses évolutions, le schéma pop est resté le même: un homme ou une femme monte sur scène pour chanter et sa prestation scénique prend le pas sur sa performance musicale. Pendant un show de Beyoncé, on ne voit qu’elle. Aucune place n’est consacrée à la musique à proprement parler. Parce que c’est elle que les gens sont venus voir et qu'elle est le point central du show. On est aujourd’hui arrivés au stade où les pop stars ne sont que de simples avatars qui incarnent et reflètent une image. Au Japon par exemple, Hatsune Miku est une immense pop star qui déplace les foules et remplit les salles dans tout le pays. Mais Hatsune Miku n’existe pas. C’est un hologramme et sa voix, un programme. Elle incarne une musique et un état d’esprit qui est plus important que l’artiste en lui-même. Et c'est sur cette idée que s'est formé le collectif dance britannique PC Music, qui a particulièrement retenu mon attention lors de leur passage à SXSW.



Le cas PC Music divise. En France comme au Royaume-Uni. Autant dire qu'il allait être particulièrement intéressant de voir comment le public américain allait réagir face à un tel phénomène. Aux USA, la dance music anglaise, sous toutes ses formes — garage, drum’n’bass, 2 step — a toujours été un phénomène underground, auquel le public a souvent préféré la house allemande ou l’électro US. Aujourd’hui seul les mecs vraiment curieux de la scène US, comme Shamir et Ryan Hemsworth, s’intéressent à PC Music.


A.G. Cook

Les USA n’ont pas le même passif que l’Europe en termes de rave, ce qui leur permet d’apprécier la bizarrerie de PC Music avec innocence. Toutes leurs sonorités criardes — des gros crashs et des lignes de basses discordantes mixés avec des alertes Skype et des voix féminines — fonctionnent sans problèmes devant un public non-averti. En 2015, faire une rave pour tous ces gens, se résume à danser sur des trucs comme le dernier remix de « How To Dress Well » de A.G. Cook. Une chose est certaine : en live, PC Music procure un plaisir aussi intense qu'immédiat.


GFOTY

J’ai vraiment adoré GFOTY (Girlfriend of the Year), c’est d'ailleurs le meilleur truc que j’ai vu de tout le week-end. Leur musique, qui consiste en gros en une rafale de grosses basses sur lesquelles venaient se poser des voix insignifiantes et innocentes, m’a totalement grillé le cerveau. Sur scène, une fille avec un pull rose accompagnée de deux danseurs, se trémousse comme le ferait une teenager dans sa chambre. Tout est orchestré comme dans un concert pop : débauche d'énergie sur scène, mais aucun musicien : tout sort d'un ordinateur. A vrai dire, je n'ai pas noté de grandes différences entre ce concert et celui de Miley Cyrus auquel j’ai assisté quelques jours plus tôt.


GFOTY

Hannah Diamond et QT, les deux « stars » de PC Music, jouent un personnage. Hannah Diamond a passé la première partie de son set à balancer sa queue de cheval en headbangant, et la seconde partie à faire des grimaces au public, les yeux écarquillés, ponctuant son set de phrases pleine d’enthousiasme style « Je suis tellement heureuse d’être là ». QT ne s’est, elle, pas pris la tête : elle a fait tout son set avec le morceau « Hey QT.» Elle a commencé son show en simulant un appel - « Je suis en rendez-vous d’affaire-là, je peux te rappeler d’ici 20 minutes ? » - avant de se lancer dans une chorégraphie faite de grimaces et de mouvements de bras proches de ceux de la teckonik. QT est l’effigie d’une marque de boisson énergisante, alors quand les mots « Drink QT » ont résonné, elle a fait un clin d’œil à peine exagéré à la foule. Ensuite, en tant que bonne représentante de la marque, elle a terminé son concert en distribuant des canettes au public.


Hannah Diamond

Il n'est pas difficile de comprendre pourquoi autant de gens détestent PC Music : sur scène, rien de ce que fait le collectif n’a l’air vrai et sincère. On a l’impression d’assister à une série de sketches. Et je dois avouer que c’est assez plaisant (et fascinant) de se laisser prendre au truc. On sait aujourd'hui que le marketing n’a plus de limites. Quand on repense à Milli Vanilli, ce duo néerlandais dont les membres avaient fini par reconnaître qu'ils ne chantaient pas sur leurs disques, on se rend bien compte que le rôle des pop star est avant tout d'incarner une image. Rob Pilatus et Fab Morvan (les deux membres de Milli Vanilli) avaient été choisi pour leur physique, pas pour leurs performances vocales. PC Music joue sur cette logique, en mettant de côté tout message, toute authenticité, pour jouer uniquement sur nos émotions et notre excitation. Et ça marche. À un moment pendant le show d’A.G. Cook, un logo Beats Music est apparu sur les écrans de la salle, et personne n’a été choqué car tout au long de la semaine, on a vu des sponsors à chaque concert. Les gens s’amusaient tellement qu’ils n’ont pas pris le temps de polémiquer là-dessus.


Hannah Diamond

Ce qui m' a le plus frappé, c’est que PC Music réussit à faire danser en tournant tout en dérision.Comme me l'a dit Nick Lachey [présentateur de VH1 et ex-membre du boys band 98 Degrees] pendant la soirée, être cool c’est « penser différemment, faire les choses différemment, mais sans forcer. » Et c’est pour ça qu’à mes yeux, PC Music incarne le cool plus que qui que ce soit, à cet instant très précis.


A.G. Cook


Hannah Diamond


GFOTY


GFOTY


QT


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