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808 Mafia vient certifier la trap

Pesh & Tilla de LiveMixtapes nous parlent du volume 5 de Certified Trap mixé par 808 Mafia
06 novembre 2013, 4:00pm

Depuis deux ans, Pesh et Tilla du site LiveMixtapes s'occupent d'une rubrique intitulée ClubTapes. Le projet le plus ambitieux du site, Certified Trap, est une série qui a pour but de témoigner de la popularité grandissante de la trap music et de son impact sur la musique électronique. Pour le volume 5 de Certified Trap, Pesh et Tilla ont demandé à 808 Mafia de réaliser une mixtape qui ferait le pont entre trap et dance de façon totalement inédite. Plutôt reticent au départ, Southside, le fondateur de 808 Mafia, a fini par accepter, voyant dans ce projet l’opportunité de montrer enfin aux producteurs de dance music comment on fait de la vraie trap.

Southside m'a parlé au téléphone de ses doutes sur Certified Trap Volume 5 et de la raison pour laquelle ses morceaux devaient, quoiqu'il arrive, toujours être considérés comme de la musique électronique. J'ai aussi demandé à Pesh et Tilla quel était l'objectif de cette mixtape, et savoir comment ils comptaient s’y prendre pour unir les mondes de la trap et de la dance.

Noisey : Comment 808 Mafia s'est retrouvé embarqué dans le projet à Certified Trap Volume 5 ?
Southside : Je peux te parler franchement ? Lex Luger et moi avons fait entrer la trap music dans une nouvelle ère. Alors, quand je vois que les gens de la dance se mettent à appeller leur musique trap, je le prend vraiment comme une insulte. Je suis sérieux. Il n'y a aucune reconnaissance chez ces mecs. J'en ai donc parlé à Pesh, et il m'a dit « Ok, il faut que je te mette au parfum. Ces mecs aiment vraiment ce que vous faites, il n'y a pas de raison d'avoir la haine contre eux. » Donc je me suis dit, ok cool, je vais faire une mixtape et la balancer à tout le monde au lieu de m'énerver. C'est comme ça que la collaboration a débuté.

Comment as-tu produit et choisi les morceaux ?
J'ai rencontré un type nommé Mayhem quand j'étais au studio avec Pesh. Mayhem jouait quelques mixes et morceaux dance. A un moment, il me fait écouter un truc et je me dis « Putain, mais c'est taré ce truc – ça défonce tout. » Et j'ai réalisé qu’on pouvait faire sonner tout ça différemment, comme un vrai mélange de dance et de trap. On est parti de cette idée.

Les producteurs de rap utilisent les mêmes machines et les mêmes techniques que dans la musique électronique, pourtant le rap n'est pas considéré comme une musique électronique. C'est étonnant non ?
Tu sais ce qui est bizarre ? Je suis content que tu en parles, parce que ça l'est vraiment. Puis-je te poser une question ?

Vas-y.
Pourquoi tu appelles ça « trap music » ?

Eh bien, pour moi, la trap c’est juste une forme de rap. Et je trouve donc les tentatives des producteurs de dance d'incorporer la trap dans leur son aussi surprenantes que toi. Mais si le résultat est cool, c'est OK pour moi.
C'est mon sentiment aussi. Tu sais comment je vois le truc, mec ? Je peux être honnête avec toi ?

Carrément.
On l'appelle trap music parce que ceux qui la font viennent du néant, tu vois ce que je veux dire ? On appelle « trap » les spots où tu peux acheter de la dope. Et donc, la musique que font Gucci Mane, Young Jeezy, que Waka Flocka faisait, tout ça c'est de la trap. Même T.I. s'y est mis. C'est de la drogue-musique parce que le trap est l'endroit où tu te poses et où tu récoltes l'argent toute la journée. Tu peux t'y faire entuber, t'y faire tuer, on peut t'y attraper et te foutre en taule. La façon dont je vois les choses, c’est qu’ils ont pris ce qu'on avait créé, qu’ils y ont ajouté leur touche et ont appelé ça trap music, et que maintenant ça se répand partout. Et ça me rend fou parce qu'ils ne nous citent jamais nulle part. C'est pour ça qu'on a fait ClubTapes et réuni ces deux univers. Ils devraient classifier ma musique dans la catégorie électronique parce que tout ce que j'utilise est électronique. Je ne sais même pas jouer du clavier, je clique juste sur une souris toute la journée.

Pesh et Tilla, qu’avez-vous à dire au sujet de ce mélange entre trap et dance music qu’on trouve sur Certified Trap Volume 5 ?
Pesh : Certified Trap a commencé il y a environ un an et demi, et depuis le Volume 1 on a mis en place un pont entre le monde du hip-hop et celui de la dance music. Cette rencontre passé également par des vidéos, comme celle que l’on a réalisé en studio et où on voit Waka et Southside en train d’écouter « Original Don » de Major Lazer pour la première fois. On voit Waka agiter la tête et Southside qui lui dit « Mais comment on fait ces beats ? On peut se mettre en contact avec ces types ? »
Tilla : C'est notre projet depuis le début, réunir les créateurs du son trap music avec les nouveaux producteurs de trap-dance, afin d'en sortir quelque chose. Beaucoup de gens de la dance sont fans des producteurs de trap mais il y a une sorte de barrière entre les deux communautés. Le but du Volume 1 était de convier les deux parties dans une même pièce et de les laisser échanger et créer ensemble. Maintenant, on voit comment le projet s'est développé et a progressé.

C'est intéressant parce qu'au début des années 2000, je me demandais pourquoi aucun producteur rap ne samplait ou rappait sur du Boards of Canada par exemple. Il y a un fossé entre Boards of Canada, Baauer et Skrillex, mais c'est toujours bien de voir différents mondes s'entrechoquer.
Pesh : C'est exactement notre approche – réunir tous ces gens.
Tilla : Une autre question qu'on se pose c'est pourquoi les producteurs de rap ne collaborent pas directement avec ceux de la musique électronique ? Tu imagines un mec qui rapperait sur du Skrillex ? Je viens d'un environnement de producteurs, donc pour moi, une alliance à la production est tout aussi importante. Dans le monde du rap, les producteurs ne collaborent pas entre eux.
Pesh : Ils ne le faisaient pas, mais maintenant ils s'y mettent.
Tilla : Ouais c'est vrai. On aimerait aussi éduquer le monde du hip-hop au sujet de ces producteurs de dance qui travaillent ensemble pour concevoir des morceaux, qui font les clubs et les festivals, qui jouent la musique des autres; et comment tout ça créé un réseau d'entraide. On aimerait que les producteurs de rap s'enrichissent de ces expériences, deviennent plus forts. Qu'ils tirent les meilleures leçons du monde de la musique électronique, en voyant par exemple comment ces mecs se font des millions de dollars en tournant partout dans le monde, chose que le hip-hop n'a jamais réellement fait.

Est-ce qu'il y a une résistance à l'union de ces deux mondes ?
Pesh : Oui, il y a des gens qui ne sont pas du tout intéressés. Ils ne captent pas le truc, et ils s'en foutent. Et après, il y a des types comme 808 Mafia qui sont là, «Yo, c'est cool. Je comprends pas tout à fait dans quoi on s'engage mais on tente le coup et on essaie d'en faire un bon morceau.»

Il y a des titres issus de la mixtape qui selon toi symbolisent ce lien entre trap et dance ?
Pesha : «Certified Trap» de DJ Warrior & J Classic. C'est un parfait exemple de la façon dont deux mecs issus de la production rap peuvent interpréter la musique électronique et la faire sonner différemment.
Tilla : DJ Warrior est une légende de la mixtape. Ce n'est pas un mec très branché musique électronique, il vient du hip hop underground, de l’autre extrémité du spectre. Ce qui m'amène à mon morceau préféré de la compile, «Put 'Em Up» de KE On The Track & TK Kayembe. Ces deux mecs viennent de deux horizons différents, ils ne se seraient jamais croisés dans un studio en temps normal. Mais ils ont créé ce truc totalement nouveau qui représente exactement ce qu'on voulait faire avec Certified Trap.

DJ Pangburn est sur Twitter - @djpangburn