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Music by VICE

Kool Keith vole toujours avec les aigles. Dans l'espace. Avec quelques vidéos porno en HD sous la main.

« Je suis le futur. Je suis le futur-passé, je suis le futur-futur. Je suis aussi le passé et j'incarne ce qu'il y a après le futur. Je suis loin. »

par Zach Sokol
13 Avril 2015, 12:00pm


Toutes les photos sont de l'auteur

Pour notre rencontre, Kool Keith m'a donné rendez-vous chez Tick Tock Dinner, un restaurant de New-York qui lui correspond totalement. Ça ne vaut pas tout à fait Jack Rabbit Slim, mais niveau déco on est quand même dans le haut du panier. D'habitude on y retrouve des tas de touriste mais aujourd’hui le restaurant est quasiment vide. Il était déjà ouvert en 1997 quand Kool Keith a sorti son premier album solo, Sex Style.

« Je n'appartiens à aucune époque, » me dit Keith en se versant un verre de vin sous la table. « Je suis le futur. Je suis le futur-passé, je suis le futur-futur. Je suis aussi le passé et j'incarne ce qu'il y a après le futur. Je suis loin. »



Kool Keith, Keith Thorton de son vrai nom, a toujours été obsédé par l’espace, le temps, et tout ce qui touche à la science-fiction. Depuis la sortie en 1996 de Dr. Octogonecologyst - le classique de son alter-ego Dr. Octagon, le rappeur aux mille visages est unanimement considéré comme un excentrique de génie.

Mais aujourd'hui, à part pour quelques brèves ici et là, plus personne ne parle de Kool Keith. Ce n'est pourtant pas faute d'avoir été occupé : ces 7 dernières années, le mentor de Prince Metropolis a sorti au minimum une mixtape ou un album tous les 10 mois. Il a également fait une tournée, réalisé un porno, crée une ligne de lingerie pour strip-teaseuses et a même lancé une web série totalement pétée pour Funny or Die. Après avoir habité quelques temps à L.A, il s'est installé dans le Bronx et va régulièrement casser la croûte au Tick Tock Diner. Et aujourd'hui, il m'a gracieusement invité à le rejoindre dans son box pour parler de science-fiction, de stéroïdes et de Ketchup.

Noisey : Qu’est-ce que tu as écouté ces derniers temps?
Kool Keith : J'ai écouté des trucs des petits nouveaux de la scène et des trucs un peu plus bizarres, tu vois ce que je veux dire? On a accès à tout aujourd'hui.

Il y a des mecs que tu apprécies plus que d'autres?
Ce que disent et font les rappeurs d’aujourd’hui ne m’impressionne pas du tout. J’ai l’impression de toujours entendre la même chose. J’adore les trucs qui sortent de l'ordinaire. Je suis un vrai fan de nouveautés, de vraies nouveautés.

Tu as 51 ans maintenant c’est ça?
Moi ? Non, j’ai 21 ans. Enfin, musicalement.

Pourquoi tu te sens si jeune ? Quelle est la différence entre le Kool Keith d’aujourd’hui et celui du début ?
Aujourd’hui je fais des choses différentes. Tu remarqueras que les morceaux que je sors aujourd'hui n'ont rien à voir avec mes vieux titres. J’écris beaucoup, et je m’entraine énormément. Tous les nouveaux rappeurs écrivent sur leur portable maintenant… Ça me fou en l’air, car j’adore le papier, c’est plus naturel. Sur le papier, je peux immédiatement voir la longueur de mon couplet et connaitre la longueur de mon morceau.

Tu écris sur quoi en ce moment ? Parles-moi des morceaux que tu as fait recemment.
J'ai ecris un morceau intitulé « Frank Sinatra ». Je donne des noms de personnes connues à mes titres, en ce moment. Et j'ai des sons plus directs, plus explicites. Je parle de ce que je vois depuis que je suis revenu vivre à New-York. Je parle de culture, des rues, des gens, etc.

Octagon, c'était un concept. Et je ne veux pas me limiter à un seul concept. J'ai créé tous ces personnages pour ne pas être réduit à un son, une identité. J'ai écrit tellement de morceaux mec... Ce que je veux c'est pouvoir écrire librement sur le sujet que je veux.

Dans ta web-série tu joues différents personnages. Tu t’inspires de quoi/qui pour les créer ?
J’étais à L.A. il y a quelques jours en train de filmer des trucs. J’adore filmer à L.A pour faire des courts métrages ou des petites vidéos dans la rue en impro totale. Je ne me prends pas au sérieux, c’est juste histoire de se marrer un peu. Mais j’aimerais bien les diffuser à la télé.

C’est cool d’avoir un show improvisé, car aujourd’hui tout est écrit. J’adore rigoler et embêter les gens. Tu te rappelles de Benny Hill ? Eh bien c’est dans le même esprit.

Entre ta web-série, ta musique, ta marque de lingerie et les figurines de Dr.Octogon, comment tu fais pour gérer tous ces projets en même temps ?
Je suis très patient. Et quand je fais quelque chose, je le fais à fond.

Et tu as aussi un pied dans le porno.
Oui, j’ai réalisé quelques vidéos de masturbation. Pas des vidéos de moi, je précise. Ça s’appelle Masturbations Sessions, je t’en filerai une copie. Elles sont en HD en plus. Ça me fait une vitrine pour mes fringues, c’est une manière pour moi de les présenter. Les vêtements de strip-teaseuses ne m’ont jamais rendu dingue, donc j’ai essayé de mettre ma pierre à l’édifice en introduisant un nouveau style de lingerie. Je fais les esquisses, les patrons, je fais vraiment tout. Je travaille beaucoup avec du lycra. Tout ça me permet de rester créatif et de garder l'esprit vif.

Parle nous de ta passion pour l’espace.
J’ai grandi dans l’espace. J’ai toujours eu la tête dans les étoiles. Chez moi, je regardais tout le temps Star Trek, Speed Racer, Gigantor et Lost in Space — qui était l’une de mes séries favorites. Quand Mr. Spock nous a quittés, il y a quelques semaines, j’ai été très affecté car Leonard Nimoy faisait partie de ma vie. Depuis tout petit je la voyais à la télé. Il m’a beaucoup inspiré.

Dans la culture pop aujourd’hui il y a des choses qui t’inspirent ?
Non. Enfin peut-être Buck Rogers et Dr.Who. Mais Star Trek était le seul vrai show pour moi.

Il n’y a vraiment rien qui t’influence aujourd'hui ?
Je suis ma propre source d’information et d’inspiration. Aujourd’hui, les séries de science-fiction ne sont pas intéressantes. J'en regarde beaucoup, mais ce n'est pas ce que je recherche. Ça n'a rien à voir avec l'espace.

J’écris sous stéroïdes. Je parle de choses fantastiques, car ma vie est fantastique. Je ne parle que de ce qui touche à l'imaginaire, au fanstame, le reste je m’en fous. Je peux rapper sur n’importe quel thème, car j’ai beaucoup voyagé. Je peux parler de tout. J’ai l’impression d’être boosté aux stéroïdes. Je prend des « stéroïdes pour l’esprit » et ensuite je ponds ces lyrics fous.

Ma musique et mes prods sont tellement loins de mes lyrics que quand tu assembles le tout, tu obtiens des morceaux vraiment hors du temps. Même si je parle d’un truc basique, mes lyrics auront un coté futuriste. Je peux faire un son sur le Kecthup et le rendre futuriste. Je vous facilite les choses, en fait. Je vous donne de la musique du futur et la vérité en même temps, et en plus le morceau est drôle. Je suis un artiste complet.

Qu’est-ce que tu veux transmettre aux jeunes qui écoutent ce que tu fais aujourd’hui sans forcément connaitre ce que tu as fait avant ?
Je veux qu’ils se disent « putain ce mec traverse les époques !» Je veux être un mec qui ne correspond à aucun code, qu'on ne peut mettre dans aucune case. Je veux vraiment qu’ils me perçoivent comme un mec qui ne ressemble à aucun autre. Je le redis : je suis le futur, le futur antérieur, le futur-futur. Je suis après le futur.

Tu pensais que tu allais devenir plus célèbre ?
J’ai voyagé partout dans le monde, et maintenant j’ai l’impression que je peux mettre les pieds où je veux. J’ai appris que la notoriété peut-être un danger parfois. Tu ne peux pas voyager comme tu le veux, tu as toujours des gens avec toi même pour te protéger des trente ou quarante personnes qui t’ont reconnu et qui souhaitent t’approcher. Tu ne peux même pas aller au resto ou aller boire un verre avec un pote tranquille. C’est super chiant et aujourd’hui je me sens bien, car j’ai toujours voulu faire des trucs normaux.

Tu te sens heureux aujourd’hui ?
Oui. J’ai réalisé mes rêves. Mon rêve c’était de voir L.A. avec une âme de gosse. Et j’ai habité 10 ans à L.A. Je n’ai jamais eu les mêmes objetcifs que les rappeurs d'aujourd'hui.

De quoi tu es le plus heureux aujourd’hui ?
Je peux aller en studio et enregistrer un morceau ce soir, si j'en ai envie. Si je veux, je peux faire un morceau sur cette bouteille de Ketchup. On pourrait même monter un groupe, les Ketchup Boys, et on pourrait écrire sur tout ce qu’on veut. La liberté ! C’est ça ma plus grande joie.

Qu'est-ce que tu veux que les gens retiennent de toi dans 200 ans ou même dans 3 000 ans ?
Je veux qu’ils se souviennent de moi comme d’un mec qui n’a pas eu peur d'oser certaines choses et qui n’avait pas peur d’être original. Je veux qu’on se souvienne de moi comme d’un mec qui a su saisir sa chance tout en se foutant des codes du monde de la musique. J’aimerais qu’on se rappelle de Kool Keith comme d’un mec qui pouvait faire un truc bien avec n’importe quoi.


Kool Keith et Zach sont sur Twitter. Kool Keith est également sur Instagram.

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