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Music by VICE

Range Tes Disques : Christophe

À la veille de la sortie de son nouvel album « Les Vestiges du Chaos », on a demandé au samouraï de la chanson française de classer ses disques du moins bon au meilleur.

par Albert Potiron
07 Avril 2016, 9:00am

Range Tes Disques est une rubrique dans laquelle nous demandons à un groupe ou un artiste de classer ses disques par ordre de préférence. Après Korn, Slipknot, Lagwagon, Hot Chip, Manic Street Preachers, Primus, Burning Heads, le label Fat Wreck Chords, New Order, Ride, Jean Michel Jarre, Blur, Mogwai, Ugly Kid Joe, Anthrax et Onyx, c'est au tour de Christophe de se prêter à cet exercice périlleux.

11. Clichés d'amour (1983)

Noisey : Je l'aurais vu un peu mieux classé celui-là. Pourquoi lui en dernier ?

Christophe : C'est le seul disque qui ne me ressemble pas. Je l'avais fait pour faire plaisir à mon producteur. J'ai rien foutu là-dessus, à part chanter. Mais ça reste un bon souvenir. Je ne me suis jamais forcé. Il y avait même Karl-Heinz Schäfer qui s'occupait des cordes et des cuivres. Un génie. On ne trouvait que des reprises sur ce disque. Un peu à la manière de ce que fait Eddy Mitchell aujourd'hui dans son spectacle. C'était aussi mon dernier album chez Motors.

10. Aline (1965)

Mes débuts. Je cherche ma voie, je m'amuse. Je profitais énormément de la vie, de cette route que je me suis donnée et que j'ai choisie. Ça ne s'entendait pas encore trop, mais je suivais à mort l'actualité anglo-saxonne. Je suis tombé dedans à la naissance. Après Wagner, je suis directement tombé à l'anglo-saxonnerie mais ça s'entend pas ici. Aline, c'est le disque qui me colle à la peau pour la partie du public qui m'assimile à un chanteur pour midinettes. C'est ce que je faisais à cette période là.

9. Paradis retrouvé (2013)

Étonnant de mettre un album si récent aussi bas dans le classement.

Ce disque est surtout constitué de fonds de tiroirs, de vestiges du chaos. Des résidus d'idées, et le besoin de chercher pendant un long moment pour obtenir un peu de matière qui mélange présent et passé. Je me dis toujours que tout ce qui n'est pas jeté servira un jour. Voilà un album de trucs qui traînaient. Pas vraiment un album en fait. Un objet constitué de miettes, de poussières de sons.

8. Samouraï (1976)

Ok, rien à voir avec celui-là donc.
Mon album expérimental. Il est dans une recherche assez bizarre. On m'en parle rarement, il est assez méconnu dans ma discographie, et pourtant très intéressant sur le plan de l'investissement humain. Là-dessus, tu trouvais le guitariste Patrice Tison, Didier Batart à la basse, et Dominique Perrier. Un titre faisait 14 minutes, c'était « Pour que demain ta vie soit moins moche ». C'est un disque différent, avec des textes de Boris Bergman. Mais bon, je place toujours la musique au-dessus des textes, donc je parle toujours d'elle en premier parce que les textes, c'est provisoire.

Musicalement, c'est un disque très au-dessus de la moyenne. Un peu comme le Gainsbourg des 70's.
C'est barré de chez barré. Presque mal barré par moment d'ailleurs. C'est pour ça que je le classe aussi bas, et puis pour être cash, je l'ai plus complètement en tête. C'est vrai que L'Homme à la tête de chou de Gainsbourg comptait beaucoup à cette période. C'était mon préféré. Melody Nelson, c'est encore autre chose. En fait, je l'ai complètement en tête ce disque, comme tous les autres. Je les ai créés.

7. Pas vu pas pris (1980)

J'aime beaucoup les paroles de ce disque mais musicalement c'est assez raté. Ça a été fait avec des ricains champions du monde de la démonstration, ce qui enlevait le côté faillible de mon style. Ça reste un disque beau sur les mots quand même.

La pochette est incroyable avec ce look super 80's : mocassins blancs, pantalon jaune.
Une pochette de Mondino. Ça avait duré des heures et des heures, c'était vraiment long.

Vos pochettes sont souvent étranges. Vous les aimez toujours avec le recul ?
Pas du tout. La pochette du Samouraï craint vraiment ! Celle des Mots bleus, c'est pas une œuvre d'art non plus. J'ai jamais contrôlé tout ça. La musique a toujours été ma priorité. Celle d'un album à peine terminée, je repartais sur de nouvelles musiques. Les à-côtés, je m'en moquais. Pendant longtemps, j'ai laissé les Disques Dreyfus gérer tout ça. Parfois, j'avais une idée, par exemple pour le 45 tours Succès fou, où je pose avec une guitare sur une photo noir et blanc. Mais sinon, je m'en foutais.

6. Comme si la Terre penchait (2001)

Là, on arrive dans le lourd. L'accueil avait été bon. C'est dur de le classer devant ou derrière Les Mots bleus ou Les Paradis perdus. C'est pas du tout le même travail. J'avais créé ces albums avec un groupe, donc avec beaucoup d'analogique et moins de synthés. Ce disque, c'est essentiellement des synthés. Passons au suivant.

5. Les Mots bleus (1974)

Là, je crée avec Jean-Michel Jarre. On avait déjà commencé à bosser ensemble sur le titre « Les Paradis perdus ». À cette époque, on avait une vraie collaboration. Pour mon nouvel album, Les Vestiges du chaos, on a à nouveau travaillé un peu ensemble mais sous forme de jeu. Lui sur un titre de mon disque, et moi sur un morceau de son prochain album, le volume 2 d'Electronica : Time machine. « Les Mots bleus », c'est devenu la chanson dominante de mon répertoire. Avec « Aline ». En tous cas pour les gens de ma génération qui aiment me mettre dans la variété.

4. Les Paradis perdus (1973)

Je le place devant Les Mots bleus parce qu'il a un côté plus magique. Il correspond à mes débuts avec les machines. Voilà un disque qui compte pour moi. J'élargis ma palette sonore pour pouvoir trouver petit à petit ma différence. Ma rencontre avec les machines vient d'une réflexion sur mon avenir, mes créations. La technologie offre tout, des plug-ins, ou cette machine là par exemple [Il montre un ARP Odyssey posé sur un autre synthé]. On peut passer à côté ou rentrer dedans. Mais si tu rentres dedans, c'est pour ne plus jamais en sortir. Jusqu'au cou. Voire jusqu'aux couilles.

Il sort juste après votre première bande originale, La route de Salina.
En 68, je ne supportais plus le showbiz, je voulais tout arrêter. J'en avais marre de ce que je vivais. Pendant un an, j'ai vécu en Italie, ça m'a pas mal aidé. Je chantais dans des thés dansants à Rome, à Milan. Ca me plaisait. Quand je suis revenu en France, j'ai fait un 45 tours chez Barclay. Je m'amusais à calculer les gens du showbiz, à les regarder faire. J'avais signé avec Barclay parce que j'aimais l'homme. Le reste je m'en tapais. Le 45 qu'on avait sorti ensemble était nul d'ailleurs.

3. Aimer ce que nous sommes (2008)

Là, ça devient très dur... Un disque à la limite de l'abstraction. J'aurais pu le classer en deuxième parce que j'ai travaillé avec des gens que j'adore dessus. Isabelle Adjani, ou Carmine Appice, un batteur que j'écoutais en 66-67 quand j'étais en pleine période Velvet Underground ; un mec qui a fait partie de Vanilla Fudge et Beck. Eumir Deodato avait travaillé sur les cordes, le gars qui avait bossé avec Sinatra et sur Homogenic de Björk.

2. Le Beau bizarre (1978)

Pour les paroles, j'avais bossé de façon très rapprochée avec Bob Decout. Decout, c'était un mec de passage, un mec bien, un timbré. C'était une belle synthèse. Ce disque est un de mes meilleurs moments de musique, c'est pour ça que je le classe si haut. Un album acoustique avec mes musiciens, Joe Hammer, un batteur américain, Jean-Louis Bucchi. C'est un album un peu maudit, qui n'avait pas beaucoup marché.

C'est vous, « le beau bizarre » ?
Non. Ni Rimbaud. C'est Baudelaire. Bob Decout lisait beaucoup Baudelaire. Il déclamait tout le temps ses trucs. Et le Beau Bizarre, c'était une sorte de simili entre Baudelaire et moi. La pochette de ce disque est une de mes préférées. J'étais avec ma fille.

1. Bevilacqua (1996)

Le number one sans hésiter. Très expérimental. J'avais tout écrit en quelques nuits. À ce moment là, j'avais une chambre dans le studio d'enregistrement. C'est le seul album que j'ai réalisé entièrement. Paroles et musiques.

Pourquoi le classer en numéro un ?
J'adore la matière d'écriture qu'il contient. Number one. C'est comme ça, le hasard, l'envie d'écrire. Pour les paroles, tout venait vite. J'avais une richesse intérieure qui déclamait, alors qu'aujourd'hui, c'est la matière sonore qui prime. Pour ma musique, c'était aussi une grosse évolution, comme toujours liée à la technologie.

Dernière question : les singles ont toujours été importants dans votre parcours. Sur Les vestiges du chaos, il y a ce duo avec Alan Vega, « Tangerine ». Elle va sortir en single, cette bombe dancefloor ?
Ce qui reste à venir reste à venir. La maison de disques décidera. Elle a choisi « Dangereuse » comme premier single, un titre assez original et souple, et je crois que c'est une bonne idée. J'ai rencontré Alan Vega en 78, mais on a commencé à travailler ensemble en 95. On a fait beaucoup de concerts avec Suicide. Parallèlement à ma carrière, j'ai fait pas mal de choses, mais les gens ne sont pas toujours au courant.

N'ont pas été pris en compte dans ce classement : Sur la route de Salina (Bande originale du film du même nom signé Georges Lautner) ; les albums live ; La Dolce Vita (parce que Christophe ne se souvenait que du single du même nom) ; Christophe (parce qu'on l'a oublié dans la pénombre de son appartement) ; et évidemment Les Vestiges du Chaos sorti l'année dernière chez Universal.

Il sera présent au festival les 3 éléphants à Laval du 19 au 21 mai et on vous fait gagner des invitations pour les 3 jours :


Albert Potiron est sur Twitter.

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