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Le jour où votre groupe punk préféré a signé sur une major

De Green Day à Against Me! en passant par Jawbox, AFI, Less Than Jake et Blink-182, ils ont tous connu ce moment fatidique.
9.4.15

Même si ça peut sembler relativement puéril avec le recul, il fut un temps où savoir si les mecs d'un groupe punk étaient ou non des « vendus » était d'une importance cruciale. Et la façon la plus simple et rapide d'être considéré comme une bande de vendus était de signer sur une major. On ne rigolait pas avec ça. Aux USA, des clubs comme le légendaire 924 Gilman de Berkeley refusaient tout groupe présent sur une major. Des tonnes d'articles et de colonnes ont été écrites sur le sujet dans tous les fanzines du Monde Libre. Des tas de morceaux, aussi. Reel Big Fish en ont -et vous noterez l'ironie de la situation- même fait un de leurs plus gros tubes.

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Signer sur une major quand on était un groupe punk, qui avait fait ses armes dans le DIY et le circuit indépendant, n'était pas une décision à prendre à la légère. Que le disque en question soit un chef d'oeuvre ou un gros tas de merde, qu'il soit porté au pinacle ou descendu en flammes par les critiques ne changeait rien au problème : quoiqu'il arrive, la majeure partie de vos fans allait, par principe, vous envoyer chier.

Et puis, Internet est arrivé et plus rien de tout ça n'a eu d'importance vu que tout est devenu accessible et que plus personne ne pouvait faire de l'argent avec sa musique. Mais avant que l'industrie musicale ne se fasse piétiner, avaler et digérer par la Société-Internet, elle a pu mettre ses pattes velues et graisseuses sur une poignée de groupes qui ont, tous, à un moment ou un autre, connu ce jour fatidique où leur groupe s'est fait conspuer par une horde de fans en colère pour avoir signé sur une major.

Drive Like Jehu - Yank Crime, Interscope (1994)
Niveau de trahison : 4/10
La légende veut qu'au moment où Rocket From The Crypt a signé sur Interscope, leur leader John Reis a demandé à ce que son projet post-hardcore Drive Like Jehu fasse partie du deal, ce qui explique la sortie du deuxième album du groupe, sur le label. J'imagine que la pochette de Yank Crime n'est pas encadrée dans les bureaux d'Interscope, aux côtés des disques d'or d'Eminem et Maroon 5, mais elle devrait y être. Yank Crime est tout simplement un des disques les plus sauvages, radicaux et précurseurs jamais sortis sur une major. Victime de la malédiction classique post-signature sur major, Drive Like Jehu a splitté moins d'un an plus tard, mais en 2015, des tas de groupes continuent à essayer de percer leur secret.


Green Day – Dookie, Reprise (1994)
Niveau de trahison : 7.5/10
Dookie est la tête de turc des punks à travers le monde depuis 21 ans et il n'est pas vraiment difficile de comprendre pourquoi. Les mecs en ont vendu 20 millions d'exemplaires. 20 MILLIONS. C'est une des meilleurs ventes de tous les temps, juste derrière Purple Rain de Prince et le Off The Wall de Michael Jackson. Je ne sais pas si vous saisissez l'étendue du malaise ? Un album baptisé « caca » s'est vendu à peine moins que Purple Rain !

Mais le VRAI problème n'est pas là. Le vrai, vrai, souci, c'est que Dookie a rendu le pop-punk bankable. Ce qui a provoqué, quelques années plus tard, le succès de Blink-182 et New Found Glory. Ce qui a poussé les majors à signer des groupes comme Jawbreaker, qu'elles ont fini par tuer en les faisant tourner comme des dingues. Ce qui a fait passer l'idée que le péquin moyen se faisait d'un groupe punk d'une bande de gamins dépenaillés à une bande de mecs de 40 balais habillés en noir et en violet.

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Ceci étant dit, écoutez l'intro de batterie de ce putain de disque et osez me dire que vous ne captez pas, dès la première note, que vous êtes en présence d'un disque de qualité supérieure. Il faut bien leur reconnaître ça : Green Day ont réussi avec Dookie a dresser un pont entre le punk californien et le rock alternatif des années 90 et ils en ont fait rien de moins qu'un classique incontournable. A partir de là, la discographie du groupe ira évidemment en déclinant, du passable Insomniac au brûlot-politique-pour-les-nuls American Idiot, jusqu'à l'embarrassant concept-album en 3 parties qui a suivi. Et pendant tout ce temps, Dillinger Four se resservaient des moules…


Bad Religion – Stranger than Fiction, Atlantic (1994)
Niveau de trahison : 9/10
Histoire vraie : un soir, dans un club New-Yorkais miteux, à la fin des années 90, j'ai vu un gamin avec un patch Bad Religion sur sa veste. Au-dessus du logo du groupe, le type avait ajouté au marqueur « OLD ». Ouais. Les fans de Bad Religion détestaient tellement leur période en major qu'ils en étaient arrivés là. À bien préciser qu'ils n'écoutaient que les vieux Bad Religion. Et de tous leurs disques sortis en major, Stranger Than Fiction était, de loin, le plus détesté. Parce que c'est celui qui a marqué le départ du groupe d'Epitaph pour Atlantic (qui a quand même dû leur proposer un deal de bâtard pour que le groupe en vienne à quitter le label que son propre leader avait fondé). Parce que c'est celui qui contient les deux morceaux les plus connus du groupe (« Infected » et « Stranger Than Fiction »). Et parce que c'est aussi et surtout un des disques les plus solides et efficaces du groupe, qui ne change ici en rien sa recette habituelle et se contente de bastonner tranquillement 15 tubes de premier ordre.


Jawbox – For Your Own Special Sweetheart, Atlantic (1994)
Niveau de trahison : 6,5/10
Jawbox ne sont que seconds, derrière Jawbreaker, dans la catégorie « groupes de vendus dont le nom commence par Jawb ». Mais ça ne rend pas leur transition indé-major moins blasphématoire pour autant, d'autant plus qu'ils sont arrivés sur Atlantic après avoir quitté Dischord, la mecque du DIY de Ian MacKaye. Jawbox est un des deux seuls groupes, avec Shudder To Think, a avoir osé commettre un tel sacrilège. Et même si l'album était un poil plus accessible que leurs trucs précédents, ça n'a pas pour autant accroché avec le grand public. Résultat : le groupe s'est fait virer par Atlantic et a fini par splitter. J'imagine qu'on appelle ça une leçon.


ALL – Pummel, Interscope (1995)
Niveau de trahison : 3,5/10
On ne peut pas en vouloir à All. Aux yeux des punks, ces types étaient de grosses ramasses dont le seul et unique crime était de ne pas être les Descendents. Et même si Pummel n'était pas franchement un disque mémorable, il était loin d'être honteux (il y a même trois super morceaux dessus : « Million Bucks », « Long Distance » et « Breakin' Up »). En plus, ils ont utilisé l'argent récolté grâce à ce disque pour construire un studio dans le Colorado, The Blasting Room, dans lequel le batteur Bill Stevenson a produit un tas de disques géniaux. Notamment le Everything Sucks des Descendents. Eh ouais.


Jawbreaker – Dear You, Geffen (1995)
Niveau de trahison : 9/10
Après le méga-carton de Green Day avec Dookie, les majors sont allées chez Copy Top et ont photocopié des contrats par centaines, qu'elles sont allées distribuer sur toute la côte Ouest des États-Unis, à la sortie des concerts. Pile au même moment, Jawbreaker partaient sur la route avec Nirvana et pas mal de leurs fans s'inquiétaient que cette tournée n'attire un peu trop l'attention des majors. Et devinez ce qu'il s'est passé ? Cette tournée a attiré l'attention des majors.

Du coup, au lieu de splitter (ce qu'ils étaient sur le point de faire), Jawbreaker ont signé un contrat de plusieurs millions de dollars avec Geffen, ils ont sorti Dear You et les fans ont trouvé l'album « trop lisse » (en langage punk, « trop lisse » signifie « va te faire foutre, toi, le groupe que j'aimais jadis »). En fait, c'en est même arrivé à un point où, pendant leurs concerts, les fans s'asseyaient par terre, le dos tourné au groupe à chaque fois qu'ils jouaient un morceau de Dear You.

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Maintenant que le temps est passé et qu'on peut écouter Dear You comme des êtres sensés, sans avoir à se plaindre du fait qu'il ne sonne pas comme s'il avait été enregistré avec un téléphone enterré sous une tonne de merde dans une poubelle en fer blanc, force est de reconnaître qu'il s'agit très clairement de l'album le plus solide et abouti de Jawbreaker. Les paroles de Blake sont plus justes et cruelles que jamais et des morceaux « Accident Prone » et « Jet Black » ont préparé le terrain aux futurs poids-lourds emo Sunny Day Real Estate et Texas Is the Reason. « Million » parle sans fard aucun de leur relation avec Geffen. Et « Sluttering (May 4th) » est le meilleur morceau jamais enregistré sur la date du 4 mai. Haut la main.

Mais aussi excellent soit-il, Dear You n'était pas Dookie. Vous vous souvenez du nombre de fois où vous avez vu le clip de « Basket Case » sur MTV ? Non. Vous vous souvenez du nombre de fois où vous avez vu le clip de « Fireman » sur MTV ? Non plus. Mais pas pour les mêmes raisons. Il n'y avait pas moyen de bastonner un truc pareil à longueur de journée sur MTV. Dear You ne s'est vendu qu'à 40 000 exemplaires soit nettement moins que l'album de Green Day. Le groupe s'est séparé peu de temps après et leurs T-shirts valent aujourd'hui une fortune sur eBay.


Less Than Jake – Losing Streak, Capitol (1996)
Niveau de trahison : 5/10
Au milieu des années 90, l'Amérique s'est subitement prise de passion pour le ska-punk, faisant le bonheur de Less Than Jake, qui s'est immédiatement retrouvé propulsé en haut de l'affiche, aux côtés des Mighty Mighty Bosstones et de, euh… du morceau de Reel Big Fish dontje vous parlais dans l'introduction de l'article. Le groupe de Floride quittera donc les vénérés Asian Man et No Idea pour sortir son troisième album, Losing Streak, sur Capitol. Et devinez quoi, les nerds ska-punk ? Même si le disque était vendu un poil plus cher que les précédents, c'était une putain de grosse tuerie.


The Offspring – Ixnay on the Hombre, Columbia (1997)
Niveau de trahison : 3/10
Smash, le troisième album d'Offspring, s'est vendu par semi-remorques entiers. 11 putain de millions d'exemplaires. La meilleure vente de tous les temps sur un label indépendant. Ce disque a rapporté tellement d'argent à Epitaph qu'il a, à lui seul, assuré la sécurité financière du label pendant les 10 années qui ont suivi. Accessoirement, il a aussi failli avoir raison de Brett Gurewitz, le boss d'Epitaph, qui a du quitter Bad Religion pour s'occuper exclusivement du label, récoltant au passage un divorce et une sévère addiction au crack et à l'héroïne.

Trois ans plus tard, Offspring décide de partir sur Columbia pour son nouvel album, Ixnay On The Hombre. Un choix qui a profondément vexé Gurewitz à l'époque - il l'a ouvertement admis à plusieurs reprises. Vu que le groupe était déjà riche à millions (suffisamment en tout cas pour se payer des assistants capables d'approuver le fait qu'ils se soient fait des tresses), on ne parlera pas vraiment ici de trahison, mais plutôt de stratégie commerciale.

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Ixnay s'est bien vendu—3 millions d'exemplaires—ce qui est toutefois peu comparé aux 11 millions de Smash. 11 millions dont 10 moisissent aujourd'hui dans les bacs d'occasion du Monde Libre.


Blink-182 – Enema of the State, MCA (1999)
Niveau de trahison : 10/10
S'il y a bien un groupe qui a eu tout le monde sur le râble au moment de passer en major, c'est bien Blink-182. La vindicte s'est faite entendre dès la sortie de leur deuxième album Dude Ranch (qui était techniquement une co-production entre un label indépendant -Cargo Records- et une major -MCA), des fans de la première heure qui les traitaient de vendus, au public de Maximum Rock'n'Roll qui ne savait plus quoi faire de cette excroissance clownesque et embarrassante du punk.

Mais le débat a vraiment pris des proportions absurdes avec la sortie d' Enema Of The State. Même Johnny Rotten a été sommé de donner son avis sur ces mecs - ce à quoi il a répondu : « C'est gamins débiles, là ? C'est une parodie de sketch comique. Ils sont tellement nuls qu'on devrait leur offrir un emploi à vie au Saturday Night Live, et venant de moi, ce n'est pas un compliment. » Dur. Surtout de la part d'un type qui est représentant en beurre fermier.

Là encore, tout ça s'est passé il y a plus de 15 ans. Considérons donc ce disque dont les deux sujets centraux sont la diarrhée et les lavements comme des adultes responsables, s'il vous plaît. D'autant plus qu' Enema Of The State paraît aujourd'hui bien sage, si on le compare aux odieux crimes contre le punk qui ont suivi, tels que Sum 41 ou Avril Lavigne. Et puis, le Blink de 1999 paraît tellement simple, frais et innocent à côté de celui de 2015, qui ne se résume plus qu'à une suite de procès, de coups en douce et de remplacements insensés. Non, il faut bien l'admettre, Enema Of The State n'est pas si nul que ça, pour peu qu'on mette de côté les deux ou trois vannes légèrement misogynes du disque (« I need a girl that I can train »).


H2O Go, MCA (2001)
Niveau de trahison : 2/10
H2O ont sorti le même album trois fois de suite. Ils l'ont ressorti une quatrième fois, mais cette fois-ci sur une major. Personne ne l'a remarqué. Et personne n'en a eu quoi que ce soit à foutre.


Rancid – Indestructible, Warner Bros. Records (2003)
Niveau de trahison : 8/10
Rancid est une anomalie dans l'Histoire du punk rock. Instinctivement, tout le monde situera la période où ils sont partis en brioche au milieu des années 90, quand MTV passait les clips de « Salvation » et « Ruby Soho » en boucle et qu'ils se pointaient un peu partout, de Nulle Part Ailleurs à Saturday Night Live, pour jouer « Roots Radical » en semi play-back. Mais les mecs sont restés fidèles à Epitaph tout au long des années 90, malgré de nombreuses propositions. Les majors étaient tellement prêtes à tout pour les avoir qu'ils ont même convaincu un directeur artistique de chez Epic de se raser la tête et de se faire une crête bleue et ont accepté un deal avec Maverick à condition que le label leur fournisse des photos de Madonna nue. Requête plutôt classique, les photos de Madonna nue étant une devise largement utilisée durant les années 90.

Après 5 disques chez Epitaph, Rancid a finalement fait ce qu'ils avaient promis qu'ils ne feraient jamais, jamais, jamais : ils ont signé sur une major—Warner Bros. Records. Enfin, ils ont signé un contrat de distribution avec Warner, ou un truc du genre. Parce que personne n'a jamais su clairement en quoi consistait leur deal avec le label - leur logo n'apparaît d'ailleurs pas sur la pochette d' Indestructible.

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Toujours est-il que les fans n'ont pas eu grand chose à faire de cet album. On imagine que les apparitions de Kelly Osbourne et du mec de Good Charlotte dans le clip de « Fall Back Down » ne les ont pas vraiment convaincus. Nombre d'entre eux ont d'ailleurs dénigré le disque à cause de son côté pop, évidemment dû à leur deal avec Warner. Désolé de vous décevoir, les fans, mais un contrat de distribution avec une major n'influe pas sur le son d'un groupe. Rancid se sont foirés sur ce disque, c'est tout.

Aujourd'hui, les fans de Rancid ont tous 45 ans ou plus, et se foutent donc totalement du label sur lequel le groupe est signé. Si toutefois ça vous intéresse, sachez que le groupe est revenu sur Epitaph pour ses disques suivants et que leur leader Tim Armstrong s'est tatoué la tête et essaye désespérément de plaquer un accord sur sa guitare, qu'il porte toujours en-dessous des chevilles.


The Distillers – Coral Fang, Sire (2003)
Niveau de trahison : 6/10
L'amour vous fait faire des trucs débiles. Prenez Tim Armstrong de Rancid, par exemple. Le mec a évité les majors comme la peste toute sa vie. Et en 2003, sa femme Brody Dalle demande le divorce et se barre avec son groupe, The Distillers, sur Sire Records. La même année, Rancid signe chez Warner et sort un disque dont les morceaux parlent exclusivement de rupture. Peut-être que tout ça était lié. Peut-être que la rivalité entre les deux ex a joué. Peut-être que nous n'étions que des pions dans la partie d'échecs machiavélique jouée par Tim et Brody. On ne le saura jamais. Mais une chose est sûre : un D.A., quelque part, a fait un mémo au directeur marketing de Sire en lui demandant de vendre les Distillers comme un « Rancid pour filles ».


The Ataris – So Long, Astoria, Columbia (2003)
Niveau de trahison : 0/10
Hey, les Ataris ont sorti un disque sur une major eux aussi. Cool pour eux.


Saves the Day – In Reverie, Dreamworks (2003)
Niveau de trahison : 7/10
La relation entre Saves the Day et ses fans était déjà extrêmement tendue au moment où In Reverie est sorti. Après s'être mis le public hardcore et pop punk dans la poche avec deux premiers disques sortis sur Equal Vision, le groupe a enchaîné avec Stay What You Are, troisième album riche en sucre qui leur a valu d'être invités au Late Late Show et chez ce diable de Conan O'Brien. Suite à quoi, ils ont tracé chez Dreamworks pour sortir un gros album de pop dans lequel ne subsiste plus aucune trace de leur passé. Un disque fade et sans intérêt dont même Dreamworks n'a pas eu l'air d'avoir grand chose à foutre, vu qu'ils ont revendu le contrat du groupe à Interscope quelques semaines après sa sortie. Interscope ont, eux, étés nettement plus clair en virant sans ménagement Saves The Day à la première opportunité. Et aujourd'hui, ils sont de nouveau sur Equal Vision. Oui, le pop-punk est un genre qui tourne en rond. Littéralement.


Cave In – Antenna, RCA (2003)
Niveau de trahison : 3.5/10
S'il y a bien un truc que Cave In a prouvé tout au long de son parcours, c'est qu'ils n'en avaient clairement rien à foutre de rien. Les mecs étaient capables de péter un des disques de hardcore-metal les plus punitifs qui soit ( Until Your Heart Stops, dont les dix premières minutes font partie des trucs les plus brutaux et expéditifs jamais enregistrés par la main de l'Homme) et de sortir, deux ans plus tard, Jupiter, un album de space-rock halluciné sans aucun rapport avec leurs trucs précédents. Du coup, j'imagine que quand RCA a signé le groupe en 2003, il ont un minimum sécurisé le truc. Ce qui explique sans doute pourquoi Antenna sonne comme le disque d'un ex-groupe de hardcore tentant vaguement de passer à la radio. Ne sachant clairement pas quoi faire de ces génies chelous, RCA a fini par rendre son contrat à Cave In, qui est retourné chez Hydra Head pour Perfect Pitch Black et White Silence, deux disques ultra-violents et hyper-techniques passés totalement inaperçus. Tout est bien qui finit bien.


AFI Sing the Sorrow, Dreamworks (2003)
Niveau de trahison : 7/10
En 20 ans, AFI est passé très progressivement, étape par étape, d'un groupe de hardcore ultra-générique à une bande d'über-goths sans foi ni loi. La transformation a toutefois pris un tournant notable à la fin des années 90 avec l'album Black Sails in the Sunset, sur lequel le groupe a tenté, tel le joueur de flûte de Hamelin, d'entraîner la jeunesse punk dans les profondeurs de la darkness. Et il a réussi, prenant de fait la place laissée vacante par les Misfits quelques années plus tôt. Mais AFI a commis un faux-pas regrettable en 2003 en sortant Sing the Sorrow sur Dreamworks, le disque qui leur a permis de toucher le grand public et a sorti de leur torpeur hypnotique les milliers de punks hypnotisés par le chant langoureux de Davey Havok, qui ont subitement réalisé qu'ils portaient du vernis à ongles et de l'eyeliner.


Thursday – War All the Time, Island (2003)
Niveau de trahison : 7/10
Comme tous les groupes qui ont un jour signé chez Victory Records, Thursday a fait tout ce qu'il pouvait pour se barrer de chez Victory Records. Le groupe a donc saisi la première opportunité qui s'est présentée à lui : en l'occurrence, Island, chez qui il sortira deux albums, dont un qui se vendra à rien de moins que 45 000 exemplaires la semaine de sa sortie. Ce qui est plutôt pas mal pour un disque d'emocore chanté faux, mais visiblement pas assez pour un label comme Island. Problème : Thursday avait signé pour cinq albums. Du coup, le groupe a tout simplement demandé une rupture de contrat à l'amiable. Et le boss d'Island leur a accordé. Comme ça. En une poignée de mains. Pépouze. Les milliers de dollars perdus par le label avec cette connerie ? Pas grave, tout le monde s'en fout. A part, peut-être les comptables d'Island. Mais ça, c'est une autre histoire.


Rise Against – Siren Song of the Counter-Culture, Dreamworks (2004)
Niveau de trahison : 3/10
Rise Against sonne exactement comme l'idée que se fait un directeur artistique de major d'un groupe punk, ce qui n'est pas exactement un compliment. Rien d'étonnant donc à ce que Dreamworks les ait ramassé sur le bord de route pour sortir Métaphore à la con sur la révolution ou un truc du genre en 2004.


Anti-Flag For Blood and Empire, RCA (2006)
Niveau de trahison : 3.5/10
C'est toujours amusant de voir un disque de punk rock ultra-politisé sortir sur une major. C'est un peu comme si des mecs te disaient : « Hey, on veut changer le monde et tout mais on aimerait bien aussi ne plus vivre en coloc' à 40 ans ! » C'est d'autant plus triste quand c'est Anti-Flag, ce groupe dont tout le monde se fout des disques qui n'ont pas Die for the Government pour titre.


Against Me! – New Wave, Sire (2007)
Niveau de trahison : 12/10
Against Me! ont joué avec les nerfs de leurs fans tout au long de leur carrière. Après avoir sorti une poignée de EPs sur des labels ultra-DIY tels que Crasshole, Plan-It-X et Sabot, le groupe a sorti son premier album, Reinventing Axl Rose, sur No Idea, label punk ultra-respecté, juste un poil plus gros. Jusque là, tout va bien.

Le groupe signe ensuite sur Fat Wreck Chords, le label de Fat Mike de NoFX, ce qui, en soi, n'a rien de particulièrement choquant, sauf que là pour le coup ça a mis une merde pas possible. A tel point que pendant la tournée qui a suivi, les fans se sont amusés à balancer de l'eau de javel sur les piles de T-shirts de leur stand de merch. Foutu pour foutu, Against Me! a signé ensuite avec Sire Records. Les fans ont crié au scandale, méprisant ce groupe qui n'avait, de toute évidence, plus rien en commun avec celui qu'ils avaient aimé et connu quand il jouait dans des caves de Floride devant 25 personnes. Et puis Thomas James Gabel (le chanteur du groupe) est devenu Laura Jane Grace, le groupe a sorti Transgender Dysphoria Blues et tout le monde a fermé sa gueule. The rest is History, comme on dit.

Dan Ozzi est un vendu. Il est sur Twitter - @danozzi