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« Passeurs de disques » raconte 50 ans de DJing, des radios aux raves

Laurent Garnier, Sidney, Dimitri From Paris, Dee Nasty, Pedro Winter, Albert De Paname, Bernard Lenoir, Guy Cuevas et même Philippe Corti : ils sont tous dedans.
13.4.16

Pour Ersin Leibowitch aussi, le diamant est éternel

Journaliste à France Info et collaborateur pour Jazz Mag et Muziq, Ersin Leibowitch, également auteur de bouquins sur les Beatles et Gainsbourg, est sorti un peu des sentiers battus avec son dernier livre-somme, Passeurs de disques. C'est d'ailleurs via une autre radio (Hotel Paris), que j'ai découvert l'existence de cet annuaire des DJ's (jadis appelés disquaires voiremême discothécaires), aux allures de manuel austère de droit et visiblement édité à peu d'exemplaires. Durant 350 pages, Leibowitch passe en revue 50 ans de transmission de sons, de Salut Les Copains aux soirées Kill The DJ. Le casting improbable au premier abord, on y retrouve des gens aussi éloignés que Rémy Kolpa Kopoul, Manu Le Malin, Philippe Corti et Frédéric Lodéon, est finalement assez intelligent et chronologique. Des grandes heures de la radio au clubbing numérique, chaque intervenant, qu'il soit tête de gondole (Laurent Garnier), légende de l'underground (entretien émouvant avec Guy Cuevas) ou contemporain (Agoria) a toujours un truc différent et intéressant à ajouter. On vous présente ici quelques extraits du livre qu'on a demandé à Ersin de commenter.

Noisey : Bonjour Ersin, que faisiez vous avant d'être journaliste à France Info ?
Ersin Leibowitch : J'ai toujours été passionné de musique. Mes idoles de jeunesse ont été dans l'ordre, les Beatles, Gainsbourg, Prince et Zappa. J'ai grandi sur les îles (La Réunion, Tahiti) et même si ce n'était pas évident de se procurer des disques (je me suis rattrapé plus tard durant des séjours en Angleterre), j'ai quand même pu joué dans un groupe qui s'appelait les Flash Gordons, c'était une sorte de funk/rap/rock façon Red Hot Chili Peppers, toutes proportions gardées. Je n'ai jamais eu vraiment de limites en musique, j'ai toujours considéré ça comme un moyen de raconter des histoires, de transmettre des choses, d'où mon attrait pour la radio et le journalisme, voies que j'ai poursuivies en parallèle, en essayant de les combiner lorsque c'était possible. C'est un peu ce que je fais en écrivant mes bouquins.

Sur le site topjournaliste.com, vous êtes noté 2,53 sur 5. C'est juste la moyenne !
Je ne connais pas ce site… Mais si on veut me donner des notes, pas de problème. Tant que ça ne compte pas dans la moyenne !

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Vous connaissiez beaucoup des intervenants avant d'entreprendre l'écriture de ce livre ?
Non. J'en connaissais plusieurs par leur musique, d'autres de noms, et j'ai aussi découvert beaucoup de passeurs au fil de mes recherches et de mes entretiens. Car eux se connaissent tous, pour le coup, et chacun m'a renvoyé vers plusieurs autres personnes.

Depuis quand cette idée vous trotte ? Il y avait un manque en la matière ?
L'idée est venue il y a plusieurs années, en lisant un article sur la techno de Détroit que je ne maîtrisais pas vraiment. Ayant grandi à l'écart de l'explosion électronique des années 90 (je sortais peu, et je ne prenais pas de drogues non plus !), je me suis aperçu que cette musique que j'avais toujours considérée blanche et anglaise était en fait la dernière révolution culturelle afro-américaine. De là, j'ai creusé sur tout ce qui avait été fait avant et après. Il existait déjà un ouvrage américain de ce type, mais en France rien n'avait été fait. Donc en effet, c'était un manque. Et puis je voyais que de plus en plus de gens allaient voir des mecs qui passaient des disques en concert, et plus des groupes traditionnels, je voulais comprendre comment on en était arrivés là. Le livre a mis un an à sortir, soit le temps qu'il m'a fallu pour l'écrire. Tous les passeurs que j'ai contactés ont accepté de me répondre, car ce n'est pas un livre sur les DJ's, mais c'est un peu plus que ça, ce qui explique le casting très large. J'ai même recueilli plus de témoignages que je ne pouvais en publier en une fois, d'où le volume 2 à venir.

Guy Cuevas, génie du Palace

Vous n'avez pas peur de la redite en vous lançant dans un second volume ?
Je ne crains pas du tout la redite, car chaque histoire est totalement singulière, à l'image des personnalités que je choisis d'interviewer. Dès le volume 1, j'ai fait le pari que ces histoires se complèteraient, à travers les époques, les genres, et les différentes manières d'être un Passeur de disques. Je crois que c'est réussi, c'est ce qu'on me dit en tout cas. À la fin du livre, on peut voir déjà les interviews réalisées en vue du volume 2 [Joachim Garraud, Antoine De Caunes, Cut Killer !] mais je ne suis pas pressé de le sortir, je prends mon temps, le vol.1 circule encore et a l'air de plaire donc je suis content. [Le livre a même atteri jusque dans les locaux de Direct 8, c'est dire.]

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Suite à votre entretien avec Guy Cuevas, il vous a envoyé une lettre dans laquelle il vous remercie que vous avez choisi de publier. Il vit désormais seul, en banlieue, aveugle… son destin est très dur. On dirait que ceux qui ont tout donné pour la nuit sont rarement remerciés. Vous êtes toujours en contact avec lui ?
Oui je suis en contact avec Guy, on s'appelle de temps en temps, c'est quelqu'un que j'aime beaucoup et qui a été très sincère et très généreux. Mais tout le monde n'a pas cette trajectoire, certains ont mieux préparé leurs arrières, pensé à la retraite, etc. Guy ne l'a pas fait, mais son époque a été tellement particulière que ça peut se comprendre. L'équipe du Palace ne vivait que pour le Palace et par le Palace. La journée consistait à préparer la nuit à venir… Le lendemain n'existait pas. Il n'y avait pas de chômage, pas de sida, pas de problèmes. Alors la retraite, ils s'en fichaient un peu !

Daniel Fillipachi flambe à Europe 1

  • « Ma première vraie résidence, c'est quand j'ai fait des boums sous les arcades de la rue de Rivoli. L'endroit appartenait à la famille d'un pote, fils à papa, avec Jaguar, etc. (…) Le truc génial c'est que l'électricité était branchée sur une minuterie qui s'éteignait toutes les cinq minutes. Alors un mec restait posté là, et ils se remplaçaient à tour de rôle. Parfois, le mec partait fumer une clope, et ça s'éteignait. Et les types adoraient ça ! Les filles criaient comme des folles, c'était les mains dans les culottes, et tout ça. Et moi j'étais là, avec mes Teppaz, encore. » Albert de Paname

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Vous avez connu l'époque des Teppaz ? À quel âge avez-vous commencé à sortir ?
Non, je n'ai pas du tout connu ça, je suis né en 1971 ! J'avais juste un mange-disques quand j'étais gosse… En revanche, je suis un enfant du vinyle, puis de la K7 audio, puis du CD, puis du numérique… Et maintenant c'est tout en même temps ! Les sorties, j'ai eu ma période comme tout le monde, mais vraiment rien de fou et très loin de Paris – donc ça ne compte pas.

  • « À l'époque, l'accès à la musique étant très limité, on avait un vrai rôle de passeur. J'ai des tonnes d'exemples : le premier album des Dire Straits a été programmé dix-huit mois sur France Inter avant qu'une maison de disques française ne se décide à le sortir ! Pendant deux ans, j'étais le seul à le passer et ils n'en vendaient pas. (…) Il y en a plein comme ça, on a du mal à le croire aujourd'hui. » Bernard Lenoir

  • « Il faut savoir que les maisons de disques en France étaient sous la pression des Américains, qui sortaient des choses en leur disant : "Démerdez-vous pour faire vendre ce disque !" Et les Français répondaient : "On ne peut pas, Lenoir a dit non, Hebey a dit non aussi, c'est fini…" Vous imaginez la tête des Américains ? "Quoi ? Il y a deux mecs qui décident de tout ?" Eh bien oui, il y a deux mecs qui décidaient de tout, ce qui est absolument fou. Aujourd'hui on a des programmateurs qui ne travaillent qu'en fonction du marché. Les maisons de disques ont pris le pouvoir. Les radios l'ont perdu parce qu'elles n'ont pas compris qu'elles l'avaient. Quand je suis arrivé à Europe 1, les artistes rêvaient de pouvoir déjeuner avec Lucien Morrisse, le directeur des programmes. Quand je suis parti d'RTL, la directrice des programmes rêvait de déjeuner avec les vedettes ! Voilà, c'est fini… » Jean-Bernard Hébey

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Selon vous, quand et comment cette scission a opéré entre la radio d'avant et celle de maintenant ? Qui écoute encore la radio pour découvrir de la musique aujourd'hui ?
Alors, je bosse depuis une quinzaine d'années à la radio, mais essentiellement à l'info, donc je ne pourrais pas vraiment vous répondre. La scission dont vous parlez est en partie racontée dans le bouquin par JB Hébey. C'est vrai qu'il y a un rétrécissement du choix, des playlists, etc.Personnellement, il y a toujours des choses que j'apprécie, j'aime beaucoup ce que fait David Blot fait sur Nova, j'écoute FIP, des radios jazz, mais c'est vrai que je passe aussi beaucoup par Internet, que ce soit sur Soundcloud, ou par échanges avec des potes et puis j'écoute aussi mes disques chez moi !

  • « J'ai toujours eu une vie assez organisée, une vie de famille. Il fallait gagner sa croute après le Queen, au début des années 90, je n'ai pas eu d'autres opportunités à Paris, et j'ai dû faire mes gigs en province. Il m'a fallu faire des concessions pour continuer à bosser. C'était le début de la dance italienne un peu "beauf", et je savais pertinemment que si j'arrivais avec ma house de Chicago, ça ne marcherait pas. Ca m'a coûté une perte de crédibilité dans le milieu parisien : j'ai été exclu de la scène électronique du milieu des années 1990, pile au moment où la French Touch a vraiment décollé. (…) On m'a dit ensuite que je m'étais exclu moi-même, parce que j'étais passé du côté du "diable" et de la musique commerciale... » Robert Levy Provencal dit « Le scratcheur fou »

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Vous en avez rencontré beaucoup de DJ's maudits comme Robert ?
En ce qui concerne RLP, j'imagine que d'autres sont vraiment restés au bord de la route, mais lui n'a jamais arrêté de bosser, jusqu'à aujourd'hui. Même si effectivement il n'a pas pu « monter » à bord de la fusée French Touch, mais son importance est tout de même reconnue, pour ce qu'il a fait avant, à savoir ouvrir les portes de Radio 7 à plein d'autres DJs.

  • « Quand ils sont dans un bar, ils pensent qu'ils sont en discothèque. Ils sont habitués aux DJs sur numérique, qui font du disque à la demande. Un truc, où, finalement, le DJ est un peu méprisé. Moi, ceux qui ne me connaissent pas me parlent comme à une merde. Ils se demandent : "Qui c'est ce vieux ?" Ca les fait chier, ils ne savent pas… Les gens supportent de moins en moins d'écouter des trucs qu'ils ne connaissent pas. Pour faire simple : ils viennent écouter fort ce qu'ils ne peuvent pas écouter fort chez eux. » Dee Nasty

Ce passage m'a fait sourire, c'est très vrai finalement. Le « passeur » a moins de prestige maintenant que tous le monde l'est via Internet et les réseaux sociaux, non ?
Je ne suis pas sûr que le concept de passeur soit mort. Il n'y a pas de raison qu'il n'y en ait pas de nouveaux aujourd'hui. Il y aura d'ailleurs un entretien avec Victor Kisswell dans le prochain volume de Passeurs de disques, un digger reconnu dans le milieu, qui prouve que la pratique, avec l'énorme profusion qu'a permis Internet, est plus que jamais d'actualité.

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  • « A cette époque, j'avais une idole qui s'appelait Dee Nasty… Dee Nasty, c'était mon dieu ! Je pouvais passer six heures devant lui, debout, sans bouger, à le regarder jouer pour essayer de comprendre ce qu'il faisait avec ses platines. » David Guetta

Les deux monolithes qui reviennent quasiment à chaque interview sont Dee Nasty et Laurent Garnier. Est-ce que l'éthique et la longévité sont les critères qui paient à la fin ?
Il semblerait que ce vous appelez l'éthique – je dirais plutôt l'intégrité, ou a minima l'honnêteté - paie, en effet à long terme. La longévité, en revanche, on peut tout faire pour, mais ça ne se décide pas.

  • « Les boîtes de nuit c'était comme au VIP Room ou chez Castel aujourd'hui : champagne, paillettes, et la musique on n'en a rien à foutre. Il y avait quelques rares passionnés, comme ce DJ allemand, Bernie Berntaler, qui jouait dans une boîte qui s'appelait l'Apocalypse. » Dimitri From Paris

Ca a toujours été pareil finalement ! Dans l'entretien, vous évoquez également le « bon disco », c'était quoi le bon disco ?
Ce qu'il appelle le « bon disco », c'est globalement ce qui précède Boney M, les Bee Gees et Donna Summer… C'est le Philly Sound, les mixes de Tom Moulton, etc. La transition entre soul et disco. Ensuite, il y a la transition entre disco et house.

  • « Le grand bouleversement est arrivé pour moi en 1989. J'avais 14 ans et mon père habitait au Canada à l'époque. Au cours d'un voyage là-bas, je tombe sur le vidéoclip du morceau de Run DMC et Aerosmith, Walk This Way. Je vois des rappeurs avec des rockers heavy-metal et je comprends qu'on peut croiser tout ça. (…) Ensuite un album hyper important est arrivé, une BO qui résume à merveille ces deux genres, rap et metal, c'est la bande originale du film Judgement Night avec des duos de Slayer et Ice-T, Del The Funky Homosapiens et Dinosaur Jr, que des croisements comme ça… Le film est nul, je crois, mais la BO est magique. Pour moi, elle représente tout le début des années 1990. » Pedro Winter

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Comment vous vivez le bouleversement culturel des années 90 où tout fusionne et où le concept de « scènes » s'estompe ?
Côté disques, il me semble que les barrières existaient quand même, bien qu'il y ait eu du « crossover » - personnellement, j'adorais le rock, et ce que j'ai découvert de plus rock à l'époque, c'était le gangsta rap de Dre et Snoop, en 92-93. En revanche, la britpop ne m'a jamais touchée, ni les courants house et techno à l'époque. Vu que, comme je l'ai dit, je ne vivais pas en Europe, j'ai pris consicence de ce mouvement qu'une fois arrivé en Angleterre, en 1994. Je partageais un appartement avec des gens qui étaient fans de reggae, et du jour au lendemain, ils ont complètement plongé dans la techno. Ce qui d'un point de vue décibels, a légèrement modifié mon quotidien à l'époque !

  • « (…) l'autre raison de ce retard, je crois, c'est qu'il y avait deux blocs en France : les rock, et les funk. Le seul point commun entre les deux, c'est qu'ils détestaient la disco. Et la house c'est de la disco, à la base. Ils n'aimaient pas trop la new-wave non plus, et la techno c'est de la new-wave (rires). En France, tout le monde était persuadé que c'était un phénomène de mode, on se prenait systématiquement dans la gueule : "Votre truc, ça ne va pas durer" Ou alors : "Vous avez besoin de drogues pour écouter ça". Moi qui en prenais très peu, ça me faisait rire. Il y avait une espèce de terrorisme intellectuel. » David Blot

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Vous le ressentiez ce terrorisme intellectuel quand la house et la techno ont débarqué ? On dit toujours que la France n'a jamais été un pays musical, comparé à l'Angleterre, par exemple.
Je n'ai pas vécu tout ça mais je peux juste dire que la France n'a pas admis la pop et le rock comme partie intégrante de sa culture dans les années 60, et c'est normal, car ça ne l'était pas ! C'était la musique des Anglais, c'est leur patrimoine, pas le nôtre. Du coup, on a vécu moins d'ouvertures musicales au fil des années, jusqu'à la French Touch, comme le raconte Blot.La French Touch, ça a été une victoire de la techno sur le rock ?

Je crois que oui, mais d'une part la French Touch n'englobe pas toute la musique électronique, c'était un courant particulier, même si on a mis beaucoup de choses dedans ensuite. Et d'autre part, le fait que la techno soit partout, c'est aussi et surtout une victoire pour ses ambassadeurs (cf. David Guetta)

  • « Les Daft Punk ont eu raison sur tout, notre génération a réussi sur tous les tableaux, sauf un (…) la notion d'anonymat qui va avec la culture électronique. » David Blot

Du coup, on se demande si le film Eden aurait du sortir ! Pourquoi le cinéma ne s'est jamais aventuré sur les terres techno quand on compte le nombre de films réalisés sur le rock ?
J'ai bien aimé Eden – malgré de sérieuses réserves sur l'acteur principal du film. Et s'il n'y a pas plus de « films techno », c'est que c'est trop récent. Le rock a 60 ans. Patience !

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  • « J'aurais pu faire comme mon copain Gilles Verlant ui avait un appartement rempli jusqu'à la gueule, débordant de vinyles. Son but, c'était d'avoir tout. J'en ai connu des comme ça. Gilles Pétard, qui veut avoir tous les disques de musique noire. Vincent Palmer, qui a tous les EP et 45-tours de la période yéyé en France. C'est bien de savoir qu'il y a des gens comme ça, qui sont un peu sérieux. » Philippe Manoeuvre

Vous en avez rencontré beaucoup d'obsessionnels de la sorte ? Vous-même, vous collectionnez ?
Oui je collectionne pas mal, mais c'est la musique qui m'intéresse, pas les pièces rares, et je n'ai pas envie de TOUT connaitre ni de TOUT avoir. J'ai néanmoins quelques milliers de disques que je dois me trimballer à chaque déménagement – et ça s'alourdit à chaque fois ! Quoi qu'il en soit, aujourd'hui, il y a tant de collectionneurs avides, que je me désintéresse un peu de ce créneau. J'en profite pour acheter des CDs qui désormais valent tous 5 euros, pendant que les vinyles ont grimpé à 35 (pour des pressages qui sont parfois très mauvais, en plus…).

Sidney, Barry et Ersin

  • « On n'est pas un groupe de musique. Il ne faut pas se comparer aux Rolling Stones, on n'est pas là pour faire un tour de chant. Les gens viennent pour qu'on leur donne quelque chose, et ça se travaille. Ils ne viennent pas écouter notre son. Certains le disent mais je trouve ça tellement prétentieux… surtout venant de mecs qui font tous leurs mixes chez eux, et sur scène se contentent de jouer avec des effets, comme David Guetta ou Bob Sinclar. Je vous le dis, c'est le siècle de l'imposture. » Philippe Corti

À l'heure où « tout le monde il est DJ », une question se pose, un DJ est-il un aspirant musicien flemmard, ou pire, un musicien raté ?
Même pas. Pour certains, c'est juste un loisir, ou un ptit job, comme un agent d'ambiance, ou un vigile de supermarché, ou un truc comme ça. Il ne faut pas avoir un chien, mais des clés usb, c'est moins coûteux. Pour d'autres en revanche, c'est toujours une vraie passion, et c'est très bien.

À la fin du livre, Agoria, qui ne voulait pas que sa musique soit « récupérée par un soda a l'hormone de taureau », dit que les combats de la techno ont changé depuis le début des années 1990, mais en a t-elle encore à mener ?
Je n'ai pas la réponse à cette question. Mais c'est effectivement une bonne question.

  • « L'époque est très, très paradoxale. Il n'est pas normal que moi, à 44 ans, je comprenne toute la musique qui est faite aujourd'hui. Rien ne me choque, rien ne me dérange, et j'apprécie même beaucoup de choses. » David Blot

Quel a été le dernier artiste qui vous ait « choqué » ? David dit plus loin qu'il a l'impression que nous vivons la fin de la pop culture occidentale. Plutôt bon signe de tout remettre à zéro, non ? Reste l'interrogation finale : qu'est ce qui vient après la technologie ?
Ce n'est pas mon opinion – c'est celle de Blot – mais je la partage un peu, c'est vrai. D'ailleurs je ne me souviens pas qu'un artiste m'ait choqué plus ou moins récemment. Philippe Manœuvre répond aussi en partie à la question de la remise à zéro : « on a produit beaucoup de choses, alors on réécoute tout et on passe au tamis, etc. » Ce qui viendra après la technologie ? Je n'en sais rien du tout ! Comme dit Blot, peut-être que ce sont des machines qui trouveront la réponse.

Passeurs de disques est disponible aux éditions Mareuil. Rod Glacial passe des mp3 dans FRANCE80. Il est sur Twitter.