FYI.

This story is over 5 years old.

Comment Venom, Slayer et Exodus ont mis les USA à feu et à sang en 85

Le leader de Venom revient sur la tournée au cours de laquelle il a joué au Studio 54, a perdu une somme d'argent monumentale et s'est fait pisser dessus par Tom Araya.
21.11.14

1985. Il y a trois ans, Venom a posé les bases d'un nouveau genre avec son album Black Metal. Aujourd'hui, le groupe se prépare à envahir les États-Unis avec ses saignées sataniques, dans le cadre de la promotion de son nouveau disque, Possessed, le dernier sur lequel jouera —avant un bon moment, en tout cas—le line up historique du groupe, composé de Conrad « Cronos » Lant (chant/basse), Jeffrey « Mantas » Dunn (guitare) et Anthony « Abaddon » Bray (batterie). Venom est venu aux USA pour la première fois en 1984, pour quelques dates sur les côtes Est et Ouest avec Metallica en première partie. Mais cette fois-ci, ils revenaient pour une vraie tournée Nord-Américaine, avec, en support, deux jeunes groupes issus de la nouvelle scène thrash californienne : Slayer et Exodus. « Cette tournée était d'un genre spécial, explique Cronos. Le genre où tu mets tout en jeu. Le genre où, la dernière date arrivée, tu sais que tu vas devenir énorme ou que tu vas splitter. Les gens ne réalisent pas forcément à quel point tout ça était important. Le metal était alors en plein développement. Les choses avançaient très lentement. Cette tournée a vraiment ouvert les yeux à plein de gens. Le public était hystérique, incrédule. Ça a vraiment été un moment-charnière, parce qu'après ça, la scène a explosé. Des groupes ont commencé à se former un peu partout. »

Publicité

Les ennuis ont commencé pour Venom avant même que leur avion ne quitte les côtes anglaises. Quelques jours avant leur départ, Mantas a annoncé au groupe qu'il avait atrappé la varicelle et qu'il ne pouvait donc pas prendre part à la tournée. Cronos et Abaddon ne se sont pas démontés pour autant et ont rapidement trouvé non pas un, mais deux guitaristes de remplacement —un pour chaque moitié de leur set—et Venom a pu décoller comme prévu. Les embrouilles, les manifestations de groupes religieux et les annulations se sont ensuite enchaînées tout au long de la sanglante campagne du groupe à travers les USA et le Canada. La point culminant de la tournée à sans doute été le fameux concert donné au Studio 54 à New York, qui a été filmé pour la VHS The Ultimate Revenge. Un titre on ne peut plus approprié : voir trois des groupes metal les plus extrêmes de l'époque envahir le temple du disco tenait en effet de la vengenace la plus sévère. « Tout le monde parlait de John Travolta et de Saturday Night Fever, mais nous on s'en foutait. On était plutôt du genre 'John qui ?' », rigole Cronos. « La boule à facettes était toujours accrochée au plafond, du coup l'idée de cette vidéo, c'était un peu 'Mort au Disco'. C'était juste pour déconner. »

Noisey : La première visite de Venom aux USA s'est limitée à une poignée de concerts. Vous aviez une revanche à prendre avec cette tournée ?
Cronos : On avait seulement fait la côte Est et la côte Ouest, avec Metallica en première partie. C'était en 84. Après une date dans le New Jersey, on a fait une séance de dédicaces et on s'est rendu compte que les gens étaient venus des quatre coins des USA —le Texas, le Colorado—ils avaient fait des tas de kilomètres pour venir nous voir ! Nous, on ne savait pas quelle était notre popularité aux États-Unis, parce qu'à l'époque, tout ça était assez nouveau. Les groupes anglais qui tournaient aux USA, comme Bad Company ou Deep Purple—ces mecs jouaient partout, jusque dans le moindre trou à rats. C'est comme ça que j'ai appris l'existence du terme « arrêt essence ». En gros, tous les 5 ou 6 concerts, les groupes calaient une date plus cheap, dans un rade paumé, le temps de se ravitailler en essence. Et ça c'était clairement pas pour nous. On a d'emblée refusé de faire des « arrêt essence ». On s'est donc concentrés sur les côtes Est et Ouest. Mais cette fois-ci, on voulait jouer dans des endroits moins gros, moins accessibles. Alors on a fait cette tournée, le Possessed Tour.

Publicité

Vous aviez l'impression d'être plus gros en 85 ? D'avoir franchi un cap par rapport à l'année précédente ?
Aujorud'hui, quand on repense à cette époque, on a l'impression que le metal et le thrash étaient partout, mais en réalité, les gens ne savaient vraiment pas quoi penser de ces musiques. C'est pour ça qu'on choisissait nous-mêmes nos premières parties, parce qu'il était difficile de trouver des groupes dont on se sentait proches. On savait que les gens qui allaient venir aux concerts étaient des maniaques tout droit sorti du caniveau. Et c'est exactement ce qu'on voulait. On s'adressait aux gens qui avaient survécu au punk et qui se demandaient 'Ok, c'est quoi la suite ?'. La musique des 70's ne signifiait plus rien dans les années 80. Aux USA, les gens se moquaient de Deep Purple en disant qu'ils n'étaient même plus foutus de se faire arrêter ! [Rires] On voulait remettre le punk, la rage, la crasse, dans le heavy metal. Faire de cette musique ce qu'elle devrait toujours être : quelque chose de fort, d'assourdissant et de surnaturel.

Comment avez-vous découvert Slayer ?
En fait, c'est James Hetfield qui m'a fait découvrir Slayer. Après nos dates aux USA avec Metallica, on les a invités en Angleterre pour le Seven Dates Of Hell Tour. On leur a demandé ce qu'il se passait de nouveau aux États-Unis, parce que, chez nous, en Europe, on commençait à voir débarquer pas mal de groupes, comme Hellhammer ou Mercyful Fate. Et James nous a parlé de Slayer. Il m'a dit : 'ils sont bien plus vicieux que nous'. Il ne faut pas oublier que, déjà à l'époque, Metallica voulait être un gros groupe. Ils ne voulaient pas avoir l'air trop flippants ou qu'on croie qu'ils étaient satanistes. Ça, c'était un truc entendu entre eux dès le départ. Leur premier album—j'ai toujours le T-shirt—devait s'appeller Metal Up Your Ass. Sur la pochette, ils avaient prévu de mettre le dessin d'une main qui sortait d'un chiotte avec une guitare, ce qui aurait été cool. Mais bon, est-ce que ça aurait parlé à l'américain moyen ? [Rires] Du coup, ils ont transformé ça en Kill ’Em All, et c'était génial aussi. Ils ont bien fait. Slayer, par contre, avait un tout autre objectif. Ils voulaient aller le plus loin possible, mais dans l'autre sens, vers l'enfer.

Et Exodus ?
On les surnommait 'Exo-dugga-dugga-dugga-dus' parce que tous leurs morceaux sonnaient comme ça. [Rires] Quel groupe génial. On a tourné avec eux en Europe après ça. On voulait juste connecter avec toutes les différentes scènes metal, tous les nouveaux groupes qui apparaissaient. Il y avait Death en Floride avec Chuck Schuldiner et Testament dans la Bay Area. Et puis toute la nouvelle vague de groupes européens. C'était incroyable.

Publicité

Vous avez pensé quoi des mecs de Slayer et Exodus quand vous les avez rencontrés ?
Oh, qu'ils étaient cools, parce qu'on s'est sentis tout de suite proches, tu vois ? Au tout début de la tournée, on a fait une date à Buffalo, dans une ancienne gare. Et l'organisateur, ce crétin, voulait faire jouer les groupes sur le toit des guichets où tu achètes les billets de train. Il y avait des échelles de chaque côté pour que les groupes puissent grimper dessus, c'était pathétique. Alors notre staff nous fait : 'Écoutez les gars, tout le matos va s'écrouler. Ce n'est pas une scène, c'est juste un putain de toit. Tout va se casser la gueule et des gens vont être blessés.' Du coup, on a annulé le concert. Mais Slayer étaient payés avec les entrées des concerts, du coup ils n'avaient aucun revenu pour la journée et rien pour se payer une chambre d'hôtel, alors qu'ils voyagaient dans un putain de van en ruines et que, pour ne rien arranger, il neigeait dehors. Kerry King avait emmené ses putain de serpents, qu'il avait installé sur le siège avant. Nous, on avait des chambres d'hôtel et un tour-bus, du coup, on s'est arrangés et Slayer ont dormi dans le tour-bus.

Les membres de Slayer étaient de gros fans de Venom, il me semble.
Kerry l'est toujours. J'étais de passage à Los Angeles il y a quelques temps et je lui ai passé un coup de fil pour qu'on se voie, mais il était sur le point de partir pour une tournée en Europe. Sa femme m'a rappelé et m'a apporté tous ses vinyles de Venom. Elle m'a dit : 'Si vous pouvez tous les signer, ce serait adorable. Comme ça, je les remettrai dans sa colelction et il se fera pipi dessus.' [Rires] C'était trop cool.

Publicité

Kerry m'a dit une fois que Tom Araya s'est mis une race un soir sur cette tournée, qu'il t'a pissé dessus pendant que tu dormais, et qu'en te réveillant, tu lui a collé un pain.
Ouais, c'est le genre de trucs qui arrive en tournée. Tom et moi sommes bons amis. Il était bourré—on était tous bourrés pour être honnête—et je lui ai juste fait comprendre que ce genre de comportement n'était pas acceptable. [Rires] Là d'où je viens, on ne pisse pas sur les gens, tu sais ? [Rires] Mais on s'est immédiatement réconcilés, tout était ok. On mesure la valeur d'un Homme au fait qu'il soit capable de s'excuser quand il a merdé. Quand ce truc est arrivé, tout le monde pensait que Slayer allaient se faire virer de la tournée. Mais non, pas moyen. Il a déconné, ok. Mais il a reconnu sa faute et s'est excusé.

L'ambiance a quand même dû être un poil tendue pendant quelques jours, non ?
Oh non. Il s'est excusé le lendemain, après avoir déssaoulé. Les autres membres de Slayer étaient furieux contre lui : 'Tom, mec—t'es qu'un trouduc !' Ils ont immédiatement pris notre défense. Mais à partir du moment où il s'est excusé, c'était oublié. Je veux dire, on a tous étés bourrés. J'ai fait des conneries moi aussi. Je suis un être humain.

Il y avait pas mal de manifestations devant les concerts metal à l'époque, principalement initiée par des groupes religieux. J'imagine qu'une tournée Venom/Slayer ne pouvait que les attirer.
Ouais, on a toujours eu droit à ce genre de trucs. On allait les voir et on leur sortait des trucs genre 'On est des tarés maléfiques ! Boouuhh !' Ils ne savaient rien sur nous, en fait. Ils voyaient un flyer avec un pentagramme ou un zombie dessus et hop, ils se pointaient au concert. Ils n'avaient rien d'autre à faire—ce sont des gens qui s'ennuient, tu sais ? On a essayé d'interviewer l'un d'entre eux pour la vidéo, mais il a refusé. On lui a demandé 'Vas-y, dis-nous en quoi ce groupe est dangereux ? Qu'ont-ils fait de mal ? Je suis sûr que ça passera sur CNN !' [Rires] Ils ne pouvaient même pas nous dire pourquoi ils protestaient.

Publicité

À l'inverse, est-ce que vous avez eu affaire avec des super-fans de Venom ? Des gens un peu trop envahissants ?
Pas tellement. On est généralement plus flippants que nos fans. [Rires] On n'a pas de fans comme ceux de Lady Gaga, qui peuvent te mettre un coup de couteau ou t'attaquer avec un tesson de bouteille. Les ennuis viennent généralement des ex-membres du groupe. [Rires] Rencontrer tes fans te rend plus humble. Ça te permet de réaliser que tu as le métier le plus génial du monde, mais aussi que tu as énormément de responsabilités envers les gens qui viennent te voir. C'est toi qui les fait hurler ou pleurer. C'est toi qui les rend heureux ou mécontents. Je sais ce que c'est. J'ai dormi dehors pour pouvoir être sûr d'avoir des billets pour Van Halen ou Status Quo. Alors oui, parfois c'est dur. Tu ne sais pas comment réagir. Mais ce n'est pas un jeu. Il n'y a rien de plus triste que ces mecs qui squattent le bar du club après le concert et profitent de leur position pour draguer ou se faire payer des verres. T'es personne, mec. T'es pas chirurgien. T'es pas physicien. Personne a besoin de toi. Ouvre les yeux.

Mantas a raté cette tournée parce qu'il avait la varicelle. Tu penses que c'était vrai et pas juste une excuse bidon ?
Honnêtement, j'en sais rien. C'est ce qu'il a dit. Mais mec, moi j'en aurais rien eu à battre. J'aurais fais cette tournée avec la varicelle, avec la Malaria. [Rires] J'aurais partagé mes microbes. J'aurais fait de cette tournée une véritable expérience communautaire. Franchement, il faudrait que je me fasse au moins amputer les deux jambes pour rater une tournée. Du coup, j'ai trouvé ça bizarre, ouais. D'autant plus qu'il a quitté le groupe juste après, donc c'était sans doute juste qu'il n'avait plus envie de jouer avec nous.

Tu l'as finalement remplacé par non pas un mais deux guitaristes…
Oui, deux mecs de Newcastle—le guitariste de Fist, Davey Irwin, et un type qui s'appelait Les Cheetham qui jouait dans quelques groupes locaux, notamment Avenger. Comme Mantas nous a laissés tomber quelques jours avant le départ, on ne pouvait décemment pas trouver de guitariste capable d'apprendre l'intégralité de notre set, qui était quand même très long, entre 1h30 et 2h. Du coup on a eu l'idée de couper la poire en deux : un guitariste allait parrendre la première moitié du set, l'autre la deuxième moitié. Mantas s'est pointé pour les 2 ou 3 dernières dates, mais personne ne lui a a dressé la parole. On lui en voulait à mort. On se défonçait le cul chaque soir et lui se comportait comme s'il était en croisière. Du coup, quand on est rentrés, on lui a demandé de se barrer. [Rires]

Tu penses quoi de la VHS Ultimate Revenge dans laquelle on vous voit jouer au Studio 54 ?
En fait, tout le live de Venom que tu vois sur cette vidéo a été tourné en Angleterre. Les seules images de Venom qui proviennent du concert au Studio 54, c'est l'interview et l'explosion pyrothechnique en intro. Les types qui sont venus filmer au Studio 54 devaient payer notre manager pour l'utilisation des images et des morceaux, vu que c'étaient eux qui sortaient la VHS, pas nous. Et ils ont essayé de nous la faire à l'envers. 'On vous payera après le concert.' [Rires] Ça va, les gars, on est Anglais. Nous la faites pas. Les derniers mecs qui one essayé de nous embrouiller comme ça, on les a envoyés en Australie—sur un bateau. Ils ont quand même essayé de filmer malgré tout et on a du prendre une hache qui était accrochée près d'un extincteur pour sectionner leurs cables. Du coup, ils ont filmé Exodus et Slayer, mais tout ce qu'ils ont eu de Venom, c'est l'explosion du début. Et ils ont fini par récupérer des images d'un concert anglais via Neat Records. [Rires] On n'arnaque pas Venom. Je ne sais pas si Exodus et Slayer ont été payés. Mais j'en doute. C'est dommage en tout cas. On ne leur demandait pas grand chose pourtant. Ils se sont probablement fait 10 fois la somme demandée avec les ventes. Mais bon, voilà ce qu'il se passe quand tu as affaire à des rats.

Comment s'est passée la tournée, financièrement ?
Venom a perdu énormément d'argent. On a même du annuler les deux derniers concerts. On a perdu de l'argent parce qu'on avait voulu prendre deux groupes avec nous, plus tout notre matos. Même si on avait fait complet partout, on aurait perdu de l'argent. Mais c'était une tournée importante. Il fallait qu'on la fasse. Venom existait depuis six ans. On se défonçait depuis 1979, c'était le moment de tout mettre sur la table, tu comprends ? L'objectif était d'aller aux États-Unis et au Canada et de tout détruires ur notre passage. Au final, on a pris l'avion à L.A. sans nos guitares ni notre batterie, parce qu'on devait de l'argent au tourneur. Et une fois rentrés, on a du tout reprendre à zéro. Mais ça valait le coup. Je ne regretter rien. Cette tournée était géniale.

J. Bennett aurait aimé voir cette tournée. Mais il avait neuf ans. Dommage.