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Drogue

Un évêque colombien a « exorcisé » les gangs en les aspergeant d'eau bénite depuis un hélicoptère

Encore une idée d’une Église qui va mal.

par Alex Norcia; traduit par Sandra Proutry-Skrzypek
17 Juillet 2019, 7:24am

Image de gauche : JOAQUIN SARMIENTO/AFP/Getty Images. Image de droite : GUILLERMO MUNOZ/AFP/Getty Images.

Les prévisions météo de Buenaventura, en Colombie, annoncait des orages ce dimanche 14 juillet. Or il s’est avéré difficile de faire la différence entre les précipitations et l'eau bénite tombant du ciel en ce jour du Seigneur : Monseigneur Rubén Dario Jaramillo Montoya, un évêque catholique, est monté dans un hélicoptère et a inondé d’eau bénite ce qu'il décrit comme des rues gangrenées par le crime. Ce rituel est généralement pratiqué dans le cadre d’une fête religieuse célébrant le saint patron de Buenaventura. Mais le véritable souhait de Montoya, a-t-il dit à une station de radio locale, était « d'exorciser tous ces démons qui détruisent notre port ».

En plus d'être l'une des principales plaques tournantes pour le commerce en Amérique du Sud, Buenaventura est surtout définie, dans l'imaginaire populaire, par la violence de ses gangs. Elle a été déclarée ville la plus meurtrière de Colombie, même si les taux d'homicides fluctuent, et il y aurait déjà eu 51 meurtres cette année, bien que le nombre de « disparitions », comme le rapporte le Guardian, rende le bilan assez difficile à prévoir.

La stratégie de Montoya, cependant, n'était pas particulièrement nouvelle : en mai, le Vatican a tenu son 14e congrès annuel sur l’exorcisme, même si c'était la première fois qu'il permettait aux laïcs et aux personnes d'autres religions de participer à la défense contre le démon. Et il y a déjà eu des exorcismes par hélicoptère dans le passé. Encore une fois, cela témoigne de la situation actuelle désastreuse de l'Église catholique.

L'Église a été particulièrement critiquée ces dernières années, car elle ne parvient toujours pas à s'attaquer correctement à sa crise des abus sexuels. Le Vatican s'est également révélé avoir peu d'idées sur la manière d'attirer les jeunes et souffre d'une pénurie généralisée de prêtres, en particulier dans la région amazonienne, encore dominée par les catholiques.

Bien sûr, ce n'est pas vraiment un scoop que de savoir que le Saint-Siège évolue à un rythme beaucoup plus lent que le monde qui l'entoure – le célibat sacerdotal est encore en vigueur, par exemple, et les femmes ne peuvent toujours pas endosser la soutane. À part faire les gros titres, ce nouveau coup d'éclat semble avoir échoué à convaincre les laïcs que l'Église prend au sérieux les problèmes systémiques et permanents. Transformer une ville en parc aquatique religieux le temps d’une journée n'est pas de nature à diminuer l'influence des gangs. L’évêque et les autres ecclésiastiques de haut rang comme lui feraient mieux de (littéralement) sortir la tête des nuages.

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