FILMS - 8 1/2 OU LA NAISSANCE DU CINÉMA CHIANT

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FILMS - 8 1/2 OU LA NAISSANCE DU CINÉMA CHIANT

18.1.10

Traitez-moi d' « inculte », de « newbie » ou même de « petite merde », mais jusqu'à dimanche dernier, je n'avais jamais vu un seul film de Federico Fellini. Plein de fois j'avais eu envie de franchir le pas, de m'y mettre pour de vrai, de m'initier à ce grand réalisateur Italien si important pour l'histoire du cinéma. Mais je ne sais pas pourquoi, à chaque fois, au dernier moment, une petite voix diabolique me chuchotait à l'oreille « Tu vas te faire chier pendant deux heures, pense à toutes les vidéos Youtube que tu pourrais regarder, ne gâche pas ces deux putain d'heures pour un dandy à la con qui vient du même pays que Mussolini et le groupe Crookers ». Étrange pressentiment. C'est donc avec une appréhension certaine que j'ai téléchargé son chef d'oeuvre absolu, 8 1/2.

Et quelle ne fut pas ma surprise quand, à la fin du film, je me suis rendu compte que je venais de mater un caprice de gros bébé pédant pédé. Putain c'est quoi cette merde ? Pourquoi tant de connards payés pour dire du mal des films ne se sont pas mis d'accord pour dire que cette fresque alambiquée et pompeuse à propos du writer's block n'était qu'une fable autobiographique trop chiante sur les dilemmes d'un homme de 40 ans ? C'est quoi votre problème ?

J'ai eu beau poser le problème sous tous les angles, dans toutes les situations possibles, essayé de mentalement expliquer pourquoi je n'arrivais pas à apprécier ce classique d'entre les classiques, que dalle. Toujours la même conclusion : à chier. J'ai donc préféré analyser les causes de cette aversion et me concentrer sur la recherche des trucs qui me sont venus à l'esprit en regardant le film. J'ai dressé une liste scrupuleusement exhaustive des thèmes que j'ai retenu de Otto é Mezzo - même le nom est nul, zeubi. Après avoir viré les cases « Robert Guédiguian : imbroglio et méli-mélo en Avignon » et « Christophe Honoré, épopée d'un démocrate en démocratie » à cause de leur manque de pertinence, j'ai retenu l'essence d'un travail qui a grandement influencé les cinéastes les plus chiants du siècle dernier. L'histoire a toujours raison, rien n'arrive jamais par hasard, tout est connecté. J'ai donc mis en place un plan de ce type là :

INTRODUCTION

- Description détaillée de la scène phare du film, le périple nocturne dans la grande tour d'acier

- Résumé des grandes lignes du film

- Présentation de la problématique "Otto é Mezzo : une gerbe de maïs au pays des orchidées". Résumé du plan et des sous-parties.

I / L'INFLUENCE SUR TERRY GILLAM - FÉÉRIE D'HORREUR POUR GENTILS HIPPIES

1. Visages monstrueux et imagerie cauchemardesque pour 8-12 ans

2. Paranoïa destinée aux mecs qui ont peur de tout

3. Effets drogués trop nuls, visions apocalyptiques et crépusculaires imaginées par un adolescent en 4ème

II / VERS JEAN-LUC GODARD - INTRUSION AU PAYS DE LA MATURITÉ

1. Réflexion pétée sur le fait d'avoir réussi sa vie

2. Réflexion bas du front à propos de la difficulté de l'amour conjugal et de la culpabilité due au libertinage

3. Réflexion cul-cul sur la condition bourgeoise, la compromission et le dilemme entre l'art et l'argent

III / L'ORIGINE DE L'UNIVERS JACQUES TATI - LE PROBLÈME DE LA FABLE

1. Variations sur la joliesse du temps qui passe

2. Image poétique de la routine, de la nécessité de travailler et de la beauté de composer

3. Mise en scène hystérique ponctuée de passages musicaux relou, de chorales et de dialogues en chanson infernaux

CONCLUSION

- Bref résumé de la présentation et récapitulation des arguments

- Réponse positive à la problématique "Otto é Mezzo : une gerbe de maïs au pays des orchidées"

- Essayez de démontrer un lien de filiation entre Fellini et Tim Burton

Je n'ai pas eu encore le temps de terminer (ni même de commencer) l'argumentation définitive, mais elle sera sans doute appuyée par des exemples très probants, des schémas pertinents avec plein de flèches tracées au marqueur fluorescent et légendée par des photos élégantes en noir et blanc des metteurs en scènes chiants influencés par Fellini.

En toute honnêteté, je m'attends à des commentaires insultants, après lesquels je me sentirai probablement offensé avant d'oublier dix minutes plus tard, mais putain, réfléchissez deux secondes. Est-ce que vous avez vraiment vu 8 1/2 ? Êtes-vous certains de ne pas l'avoir « entrevu » au cours d'une soirée avec des potes, avec vos parents pendant les vacances de Noël (auquel cas, votre jugement aurait été biaisé par l'ennui que vous ressentiez à ce moment là, il se peut même que vous ayez trouvé la scène finale « fun »), ou alors dans le cadre d'une rediffusion dans un cinéma de quartier près de chez vous - et par conséquent, avec votre meuf ?

Aussi, j'ai compris que le dimanche était obligatoirement réservé à une certaine race de films qui s'accordent bien avec le thé. À savoir, tout Woody Allen, Robert Altman, les films de Verhoeven qui ne parlent pas de la culpabilité allemande par rapport à la shoah ou ce genre de films niqués à la Peter Watkins qui traitent de la bombe atomique et de chasse aux hippies imaginaires. Sinon, un pote de confiance m'a dit que Satyricon défonçait vraiment; qu'il s'agissait d'un film réellement baisé avec des images folles et des gens à poil. J'étais vraiment chaud pour le voir la semaine dernière, mais maintenant, moins.

JEAN-PIERRE BELLEVILLE

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