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La Vie dans une décharge publique à Haïti

2 000 Haïtiens travaillent dans l'ancien réservoir d'eau de Cité Soleil, le bidonville le plus dangereux de l'hémisphère ouest.

par Maddison Connaughton; traduit par Sandra Proutry-Skrzypek
10 Mai 2016, 12:00am
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Toutes les photos sont de Giles Clarke/Getty Images Reportage

En 2010, un tremblement de terre d'une magnitude de sept sur l'échelle de Richter a secoué la petite nation de Haïti, provoquant des centaines de milliers de morts. L'aide a afflué des quatre coins du globe – des célébrités tels que Brad Pitt et Angelina Jolie ont fait un don d'un million de dollars et Sean Penn a créé un organisme de secours. Puis, le monde a détourné ses yeux du peuple haïtien pour se consacrer à d'autres images d'horreur et d'autres catastrophes.

Le photographe Giles Clarke a visité Haïti en 2011 et a organisé des ateliers photo pour les étudiants de la Cine Institute – la seule école de cinéma gratuite à Haïti. Sa dernière série, Waste in Time, relate la vie 2 000 Haïtiens qui travaillent dans une immense décharge gérée par le gouvernement, juste à la sortie de Port-au-Prince.

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VICE : Peux-tu m'en dire un peu plus sur cette décharge que tu as découverte lors de ton séjour à Haïti ?
Giles Clarke
: C'est un ancien réservoir où s'entassent désormais les décombres du séisme. C'était la seule source d'eau potable d'une commune très pauvre, Cité Soleil, qui était connue pour être le bidonville le plus dense et dangereux de l'hémisphère ouest – c'est toujours le cas aujourd'hui.

Comment es-tu tombé dessus ?
J'ai appris à connaître un peu la région, et au fil de mon enquête, j'ai entendu parler de cette décharge. En fait, on peut la voir de loin depuis Cité Soleil. C'est un tas de déchets qui se consument. Il y a 80 hectares de débris brûlants.

Quand un fixeur local m'a accompagné là-bas, j'ai eu l'impression d'arriver sur une autre planète. Des gens vêtus de loques erraient dans la décharge, le visage couvert. Ce n'est qu'un terrain vague isolé où les gens fouillent les déchets à la recherche de matériaux recyclables, comme de l'aluminium, des bouteilles en métal.

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Tu es allé un peu partout dans le monde, et apparemment, faire les poubelles est au cœur de l'économie de nombre de communautés pauvres. Pourquoi as-tu voulu documenter cette décharge en particulier ?
Celle-ci est différente – c'était une source d'eau avant de devenir une décharge. Elle témoigne en quelque sorte de la corruption haïtienne. Je crois que c'est le 163e pays le plus corrompu au monde. Le pire dans tout ça, c'est que les chauffeurs des camions à ordures sont payés par le gouvernement et ne sont soumis à aucune règle – ils peuvent jeter tout et n'importe quoi. Il n'y a aucun prestataire médical. Comme le montrent les photos, les gens travaillent dans les conditions les plus terribles.

Comment les Haïtiens ont-ils réagi quand tu as pris ces clichés ?
Au départ, ils ne m'ont pas accueilli les bras ouverts. C'est un environnement hostile. J'y suis retourné plusieurs fois avant d'être accepté et de commencer à photographier. La plupart de ces gens ont moins de dix-huit ans, et certains d'entre eux fuient les autorités. Il y a une violence des gangs palpable. Beaucoup prennent de la drogue. C'est une version de l'enfer sur Terre, mais aussi une source de revenus et un abri pour 1 500 personnes.

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Comment arrives-tu à attirer l'attention sur l' horrible situation de ces gens sans que cela ne revienne à de l'exploitation ?
Selon moi, certaines histoires se doivent d'être racontées. J'étais intéressé par le fait que ces gens sont le symbole de la corruption à Haïti, parce que leur source d'eau fraîche leur a été prise et n'a pas été remplacée. Il n'y a pas d'assistance médicale, pas de réglementation des déchets, et pas d'emplois alternatifs. La décharge renvoie l'image d'une société pourrie dans laquelle seule une poignée de personnes est avantagée.

Rendez-vous sur le site de Giles Clarke.

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