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Sport

Avec la championne de France de pole dance

En culotte pailletée ou déguisée en dinosaure, Cyd Sailor tient la barre haute.
18.1.16

La plupart des gens pensent que pole dance et lap dance sont une seule et même chose : en gros, des filles à poil qui tournent autour d'une barre de la manière la plus sexy possible. Ils ont tort. Car la pole dance est un vrai sport. Un sport difficile. Le jour où j'ai rencontré Cyd Sailor, 1m57 pour 52 kg, elle faisait des tractions en drapeau devant mes yeux stupéfiés.

L'histoire de la pole dance a commencé au Canada dans les années 1920, pendant la Grande Dépression. À l'époque, des danseuses exotiques, les Hoochie-Coochie, se sont mises à tourner autour des poteaux qui soutenaient leurs tentes foraines. Ensuite, à partir des fifties, la barre fut récupérée dans le milieu du strip-tease. C'est seulement dans les années 1990 que la pole dance a été envisagée comme une pratique à part entière : désormais, ça devait se passer sur la barre, et plus seulement autour. Ces dernières années, devant l'augmentation de la pratique et sa spécialisation sportive, certains danseurs ont même milité pour qu'elle soit inscrite aux Jeux olympiques. Pas mal d'athlètes s'y sont mis, venus notamment de la gymnastique ou du cirque. Du coup, les écoles de pole se sont multipliées ; en France, on en compte désormais plus de 150.

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Contrairement à pas mal de poleuses, qui cherchent à rompre avec l'aspect glamour de la discipline, Cyd Sailor revendique la paillette pour seule religion. À la fois effeuilleuse dans un collectif burlesque et sportive de haut niveau au dos ultrasouple, elle peut passer des heures à coller un par un au coton-tige des cristaux Swarovski sur des talons de 15 centimètres. À l'occasion, il peut même lui arriver de twerker sur une barre déguisée en tyrannosaure. Du coup, je lui ai demandé à quoi ressemblait sa vie aujourd'hui.

Cyd, en plein travail. Photo : K. Limanny.

VICE : Comment t'es-tu préparée pour remporter le championnat de France de pole dance ? Cela exige pas mal de travail, j'imagine.
Cyd Sailor : Eh bien, je ne sais pas vraiment. J'avais envie de danser sur la chanson de feu David Bowie, Life on Mars, qui est magnifique. Je la trouvais majestueuse. J'avais l'idée d'être une impératrice de la nuit. J'ai commencé à bosser en août 2015, et tout est venu en une semaine. En fait, c'est comme si la chorégraphie existait déjà, et qu'elle m'avait trouvée pour sortir. Elle s'est servie de moi. Genre : « OK maintenant, tu vas faire ça, pour que je puisse me montrer au monde ! » Est-ce que ça veut dire que je suis cinglée ?

Pas du tout. Ton pseudo vient d'où ?
Je l'ai choisi il y a plusieurs années. C'est à la fois un hommage à la mer, et à l'actrice Cyd Charisse de Chantons sous la pluie. Un film que, petite, j'ai vu des centaines de fois ! Pendant un moment, j'ai vraiment été tentée par la marine. Finalement, ça s'est limité à un emploi saisonnier à Disneyland Paris. J'ai été capitaine de l'attraction nommée Riverboat. C'était cool, mais je ne me voyais pas faire ça toute ma vie.

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Comment devient-on danseuse de pole dance ?
Le déclic, pour moi, ça a été en 2009. J'étais tombée devant un clip en noir et blanc des White Stripes [« I Don't Know What to Do With Myself », N.D.L.R.]. On y voyait Kate Moss tourner autour de la barre, tenter de faire des petits sauts, bref c'était pas terrible… Mais j'ai quand même trouvé ça magnifique ! À l'époque, je faisais encore de la danse classique, et j'étais étudiante en communication. Avec une petite poignée d'euros en poche, je me suis inscrite à un cours de découverte, pour voir. Ces sensations à la barre, cette liberté, j'ai accroché immédiatement. J'étais obsédée. J'ai même fait un stage en communication au Pink Paradise, sur les Champs-Élysées, juste pour être plus près des danseuses.

Puis un matin, dans le RER, j'en ai eu marre : j'ai décidé de partir un an à New York, pour apprendre avec des pros. À mon retour, en 2011, j'ai terminé cinquième au championnat de France.

Quand j'ai commencé, la plupart des professeurs de pole venaient en effet du strip-tease. Aujourd'hui c'est dissocié. Comme s'il fallait se défendre de faire du sexy.

J'ai l'impression que la pole dance cherche à se défaire du côté strip-tease lié à ses origines. Toi tu restes très glamour, au contraire.
Oui : je fais de la pole burlesque, très cabaret, mes numéros sont toujours à mi-chemin entre les deux disciplines. Quand j'ai commencé, la plupart des professeurs de pole venaient en effet du strip-tease. Aujourd'hui c'est différent, complètement dissocié ; et à vrai dire, je trouve ça un peu dommage. Comme s'il fallait se défendre de faire du sexy !

Cyd danse déguisée en tyrannosaure au Pole Théâtre, à Paris.

Plus prosaïquement, vivre de la pole dance, c'est possible en 2016 ?
C'est possible, mais pas facile. J'enseigne dans une école à Bordeaux, l'Electrick Pole studio. Et j'organise des workshops un peu partout sur la planète. Ça prend de l'ampleur, je vois de plus en plus de filles s'inscrire à chaque fois. Des garçons aussi, d'ailleurs. Ils ont un style souvent un peu différent, plus en force. Ce qui est cool, en pole, c'est qu'il reste beaucoup de choses à faire : plein de figures sont encore à inventer, par exemple. Du coup, si tu en crées une, tu peux lui donner ton nom. Ça marche bien, j'ai même vu la journaliste Audrey Pulvar et Patricia Kaas essayer à la télé !

Ce titre, pour ta carrière, change-t-il quoi que ce soit ?
Franchement, rien du tout. Enfin peut-être que si, mais je ne sais pas encore quoi. Peut-être qu'on va me proposer plus de projets. Mais je ne me réveille pas le matin en me disant : « Oh mon Dieu, je suis championne de France ! » Pendant mon passage sur scène, c'était cool – je me sentais portée par le public. Juste avant les résultats, j'étais à l'ouest, trop émue, je suis allée pleurer dans les loges. Dans la salle, il y avait mon père, ma mère, mon oncle, ma tante, les cousins et les cousines, toute la famille ! Je ne m'attendais pas à ça. En fait, je voulais même arrêter les compétitions, parce qu'à chaque fois c'est trop de pression, trop de stress. Et le stress, je le vis super mal. Sauf que du coup, je vais devoir faire le championnat du monde, à Hong Kong, cette année. Mais ça, je préfère ne même pas y penser pour le moment.

Clémence est sur Twitter. Cyd Sailor est sur Instagram.