Les lieux les plus incroyables où Pokémon GO a emmené les joueurs

Les lieux les plus incroyables où Pokémon GO a emmené les joueurs

Le temps des grandes découvertes, c'est maintenant.
13.7.16

Depuis quelques jours, on peut apercevoir de curieux individus errer dans les rues des grandes villes, un smartphone d'une main, une batterie USB dans l'autre. Arborant un sourire bienheureux, ils éructent des onomatopées à intervalles réguliers, seuls ou en équipe. « J'ai trouvé un Carabaffe dans les chiottes sur un essuie-main, » « demande à la dame si on peut traverser ses rosiers, » « je pose un leurre sur l'arrêt du Noctilien, » sont pour eux des phrases d'une grande banalité. Ils se déplaçent en cercles concentriques. Parfois ils courent, s'arrêtent brusquement, puis se remettent à courir avant de percuter violemment une voiture mal garée. Ce sont des dresseurs Pokémon.

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En un temps record, Pokémon Go a réussi à faire émerger des comportements inédits dans la population. Des comportements qu'aucune application touristique en réalité augmentée, qu'aucun jeu massivement multi-joueurs, qu'aucun système de géocaching et qu'aucun modèle de Google Glass n'avait réussi à provoquer jusque-là. Que s'est-il passé ? Des hordes de gens sont sortis de leur canapé et parcourent les villes en cherchant des créatures invisibles dissimulées dans des lieux symboliques, tels des mystiques hyperactifs en quête de démons anciens. Ils collaborent, s'affrontent, perçoivent l'espace qui les entoure d'un œil nouveau. Et surtout, ils se laissent porter par le mouvement, sans se soucier d'attribuer à leurs déplacements un but vraiment rationnel.

L'engouement de Pokémon Go s'explique sans doute en partie par le fait qu'il fait intervenir un univers qui fait déjà partie de la culture populaire, un « monde complet » familier aux joueurs qui a déjà une longue histoire. Dans ces conditions, il leur est facile de s'approprier un environnement hybride en réalité augmentée où la fiction rencontre le réel. Le « saut » vers la réalité augmentée demande peu d'investissement et d'apprentissage aux personnes qui n'y ont jamais touché (pas plus qu'à la réalité mixte ou virtuelle), et n'ont pas d'attrait particulier pour ce genre de technologie. Le système de jeu de Pokémon Go est très simple. Il suffit de connaître les bases de l'univers Pokémon, d'aimer voir surgir des créatures mignonnes au milieu des ronds-points, et d'explorer.

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Ce n'était pas le cas pour Ingress, le jeu qui a précédé Pokémon Go chez Niantic et qui lui a fourni sa base de données géographiques actuelle. De par ses références à la science-fiction hardscience, son interface moins intuitive, son système de jeu à base de triangulation et sa map complexe, il était moins accessible. Pourtant, il a servi de prototype à Pokémon Go, dont les arènes et les Pokéstop sont indexés à partir des « portails » disséminés chez son prédécesseur. Or, dans Ingress, les lieux importants étaient en partie déterminés, documentés et décrits par les joueurs eux-mêmes. De nombreux Pokéstop sont donc en fait des lieux que les nerds d'Ingress (dont je fais partie) jugeaient remarquables, ou dignes d'intérêt. Et tout le monde n'a pas les mêmes intérêts, n'est-ce pas.

Aperçu du jeu Ingress. Image empruntée au guide du jeu.

Les Pokémon semblent dispersés de façon semi-aléatoire sur la carte : le moment et le lieu de leur apparition dépendent de leur type, de l'heure de la journée, de leur rareté/prestige dans l'univers Pokémon et de la densité de joueurs dans une zonée donnée ; mais en-dehors de ces quelques règles, à grande échelle leur distribution semble randomisée et assez uniforme dans les zones habitées. Sachant cela, et sachant que les Pokéstop sont disposés en fonction de la localisation et des intérêts des anciens joueurs d'Ingress et que les développeurs de Pokémon Go n'ont pas encore normalisé leur base de données… on pouvait s'attendre à ce que les joueurs découvrent des lieux qui sortent de l'ordinaire.

Vous avez sans doute déjà entendu parler de cette adolescente ayant découvert un cadavre, des quartiers généraux du MI5 transformés en arène (ainsi que le Pentagone), de cet homme parti en quête de Pokémon à Mossoul pour provoquer Daesh, ou encore des strip-clubs, coffee-shops clandestins et femmes dénudées indexés dans le jeu comme lieux remarquables. Ce n'est pourtant que le début de l'aventure. On sait désormais que l'on peut attraper des Pokémon à Auschwitz, ce qui peut toujours servir. Mais qu'en est-il de l'environnement des gens qui, comme vous et moi, se contentent de vagabonder dans leur quartier faute de mieux ? Voici un petit florilège rassemblant les découvertes de quelques humbles aventuriers locaux.

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Un hommage de marins reconnaissant à leur prostituée favorite, Miquette

La maison de Walter White

La créature de The Ring

Un monument en hommage aux "victimes" de l'avortement

Un dinosaure fantôme en chemise violette au milieu de nulle part

Un monument en hommage aux victimes de la fièvre jaune

Un cheval de l'apocalypse

Une tulipe sur une poubelle (oui)

Un terrain de jeu abandonné particulièrement glauque

Un Rubik's Cube sur une plage

Et c'est sans compter les garages louches, ruines diverses et entrepôts dans lesquels vous ne laisseriez même pas votre pire ennemi.

Pokémon Go peut-il fusionner avec l'urbex et le géocaching, d'autres activités à base d'exploration et de flirt avec les limites de la légalité ? C'est à espérer. Cependant, les autorités s'inquiètent déjà de ce nouvel engouement pour la micro-aventure, qui peut créer des situations un peu discutables d'un point de vue éthique, voire carrément dangereuses. La ville de Paris, qui depuis quelques mois déjà ressent quelque lassitude à l'approche de chaque grand rassemblement, aurait fait annuler la grande chasse au Pokémon qui devait avoir lieu cette semaine.

Le fait que le jeu permette d'agir sur l'afflux de joueurs en un lieu donné (utilisation de leurres, système de contrôle d'arènes, corrélation entre la densité de joueurs et le spawn des Pokémon, communication par les réseaux sociaux et à terme exploitation du système de factions) est en effet à double tranchant.

En effet, cela permet de rencontrer de nouvelles personnes, de rendre l'aventure pleinement sociale, conviviale, et d'élaborer des stratégies "méta" par l'intermédiaire de l'organisation d'événements. Mais cela donne également aux individus mal intentionnés l'occasion d'attirer des joueurs là où bon leur semble. On risque également de voir apparaître des phénomènes "d'emballement" où l'afflux de joueurs en un endroit donné provoque l'apparition de plus de Pokémon, donc plus de joueurs, donc plus de Pokémon, donc plus de joueurs, etc. On peut supposer que cela contribuerait à former des sortes de "clusters" de joueurs qui, dans un environnement urbain, peuvent interférer avec la circulation, le calme ou le respect d'un lieu. Même si dans le meilleur des cas, ils échangent leur numéro, tombent amoureux et font des enfants.

Il est encore difficile de tester ce genre d'hypothèses, d'autant plus que toutes les fonctionnalités n'ont pas été encore implantées dans le jeu et que celui-ci n'a pas atteint un plateau en terme de nombre de joueurs. On espère donc que Pokémon Go continuera tranquillement son oeuvre : générer émerveillement, surprise, découvertes incroyables, et contribuer à renouveler le genre du jeu vidéo.