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Calais

Calais : plusieurs rixes entre migrants

Dans un contexte d’épuisement et de désespoir général, des candidats au départ illégal pour l’Angleterre s'affrontent depuis deux jours.
22.10.14
VICE News

Les CRS et les policiers sont intervenus mardi après-midi à Calais, pour éviter qu'un affrontement entre deux groupes de migrants ne dégénère. D'après la préfecture du Pas-de-Calais, le nombre de migrants aurait atteint 1500 personnes dans cette ville du nord de la France.

La rixe est survenue entre des membres des communautés éthiopienne et érythréenne. Les belligérants étaient armés de bâtons et de pierres mardi après midi.

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Des sources policières ont confirmé à VICE News que cette rixe était la quatrième confrontation de ce genre depuis la nuit de lundi à mardi. Elle s'est déroulée dans la zone industrielle dite « des Dunes », où beaucoup de migrants se sont établis faute de solution d'accueil.

Selon le Figaro, lundi, au moins 300 migrants ont tenté de prendre d'assaut une file de camions qui s'apprêtaient à embarquer pour l'Angleterre. Le but était d'embarquer dans les poids lourds, coûte que coûte. Les migrants ont alors été dispersés par l'intervention conjointe de la police et des CRS, qui ont utilisé des gaz lacrymogènes. Le Monde rapporte les mêmes scènes ce mercredi.

Ces faits surviennent alors que des syndicats de police avaient appelé à la manifestation le 13 octobre, pour demander un renforcement des effectifs de police, en réponse à l'augmentation du nombre de migrants. D'après le responsable du Syndicat général de la Police-Force Ouvrière, ils seraient actuellement entre 2 000 et 2 500 dans les environs de Calais.

Voir notre reportage « Calais - L'extrême-droite en croisade »

VICE News a contacté Michel Soistier, le commissaire de police adjoint de Calais. « Ces rixes opposent deux communautés, les Éthiopiens et les Érythréens, les deux pays ont un passé [ndlr, l'Érythrée a obtenu son indépendance de l'Éthiopie en 1993 après une guerre], et concernent une centaine de personnes. Le climat est très tendu, et les raisons de ces rixes demeurent obscures. La dernière rixe, qui a eu lieu hier, a été particulièrement violente, avec des jets de pierre et des bâtons. »

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Soistier explique que la réponse policière a été accompagnée d'une médiation entre les deux groupes. « Les forces de l'ordre sont parvenues à repousser les deux groupes en utilisant des gaz lacrymogènes, ils sont repartis chacun de leur côté. […] La préfecture de Calais a de son côté entamé une médiation via le Secours Catholique pour tenter de résoudre et d'apaiser les tensions entre les deux communautés. »

Michel Soistier explique à VICE News que reconduire les migrants dans leur pays d'origine serait la procédure logique pour des immigrés clandestins sur le territoire français. Dans les faits, la réalité est autre indique-t-il à VICE News.

« À l'heure actuelle je ne crois pas avoir de migrant en garde à vue » ajoute-t-il. « La plupart [des migrants] sont en situation irrégulière. Pour l'instant les solutions sont à l'étude au ministère de l'Intérieur, c'est un problème épineux. Ces personnes ne peuvent pas être reconduites dans leur pays, ce serait inhumain. […] C'est une population qui vient de pays en guerre. Ils ont fui leur pays d'origine pour sauver leurs vies. Ce sont des gens qui essaient de sauver leur peau, ce que l'on peut comprendre si l'on se met dans la même situation. La plupart tentent d'accéder à l'Angleterre pour trouver un emploi, pour retrouver de la famille. »

Voir notre reportage "Calais : La dernière frontière"

Dans une interview donnée à France 24, l'avocat spécialisé dans le droit des étrangers Sylvain Saligari explique que même si l'État français accordait un droit d'asile à ces migrants, d'après la convention de Dublin, ce même droit les empêcherait de rejoindre un autre pays que celui dans lequel ils ont fait la demande d'asile. Autrement dit, une demande d'asile en France leur compliquerait la tâche si leur but est de gagner l'Angleterre.

Les fonctionnaires de la police aux frontières effectuent des contrôles sur les camions en partance pour l'Angleterre à l'aide d'un scanner dernier cri fourni dont le coût unitaire serait d'un demi-million d'euros d'après les informations de la Voix du Nord. Le Royaume-Uni prévoirait au total de déployer cinq de ses scanners - pour un montant de 3 millions d'euros - dans le nord de la France.