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Une vague, une histoire : Tom Curren et son baptême divin à J-Bay

Il aura fallu attendre 1992 et la fin du régime d’apartheid pour que Tom Curren découvre la plus célèbre droite d’Afrique du Sud. Dès sa première vague, le Californien rattrape le temps perdu .
06 avril 2017, 7:50am

Le début des années 1990 marque en Afrique du Sud l'abolition du régime d'apartheid qui, depuis 1948, fait de la ségrégation raciale la clé de voûte de la vie sociale, politique et économique du pays. Sous la pression de la communauté internationale, du président sud-africain Frederik De Klerk et de Nelson Mandela – leader emblématique de la lutte contre l'apartheid, libéré en 1990 après vingt-sept années de prison – les lois qui fondaient la domination blanche sont abolies en février 1991 par le Parlement. L'abandon définitif de ce régime interviendra quelques mois plus tard, en juin. Mais quel rapport avec J-Bay et Tom Curren ?

Soucieux de la situation qui secoue le pays depuis plusieurs dizaines d'années, le surfeur américain, véritable star à l'époque, boycotte jusqu'alors le contest qui a lieu chaque année sur la plus célèbre droite du pays, Jeffrey's Bay. Des absences répétées, assumées, qui ne l'empêchent pas de remporter à trois reprises le titre de champion du Monde (1985, 1986 et 1990). En mai 1992, alors que la situation politique s'améliore, Tom décide de faire le voyage pour surfer le « meilleur pointbreak au monde ». Un trip organisé dans le cadre de la campagne The Search initiée par Rip Curl, sponsor historique du Californien. « Je ne m'étais jamais rendu à J-Bay auparavant, et je n'avais jamais participé au contest », explique Tom Curren. « En revanche, j'avais entendu beaucoup de choses sur cette vague ». Cette vague, justement, n'est pas sans rappeler le long pointbreak de Rincon, près de Santa Barbara, où a grandi Tom Curren.

L'envie du Californien de se rendre en Afrique du Sud s'explique aussi par l'admiration qu'il porte à Derek Hynd, ex-pro du début des années 80. Installé un temps sur le spot de J-Bay et roi du surf finless, l'originalité de son et de ses trajectoires a sans aucun doute motivé Tom à faire le déplacement. Sonny Miller, l'un des plus célèbres réalisateurs de films de surf des années 90 (décédé en juillet 2014 d'une crise cardiaque) fait parti de l'expédition. Les derniers jours à J-Bay ont été bons, mais les vagues qui déroulent cet après-midi là sont encore meilleures. Lui et son équipe arrivent sur place quelques instants avant Tom Curren, le temps de s'assurer que la caméra 16 mm fonctionne correctement. « Tom a longtemps été insaisissable, discret », raconte Sonny Miller. « Il n'aimait pas être filmé ou photographié. Il existe d'ailleurs peu d'images de Tom en freesurf. T__out le monde était bien conscient qu'il ne fallait pas se louper ».

La houle ne cesse de grossir quand Tom Curren, combinaison rose et noire sur le dos, se met à l'eau. Alors qu'une jolie série se présente, le Californien laisse filer la première vague avant de s'engager sur la seconde. « Un surfeur goofy a démarré, amorcé un bottum turn avant de sortir de la vague. La suivante était pour Tom, sa première vague à J-Bay... », se souvient Sonny Miller. Tout de suite la magie opère. Tom est en parfaite harmonie avec la vague, qu'il n'a pourtant jamais surfée, tout comme sa planche. Vitesse, flow, puissance, style, tout est parfait. Avec sa 6'11 montée en quad sous les pieds, Tom surfe J-Bay comme personne ne l'avait fait auparavant. Ses bottum-turns, le regard fixé droit vers la plage avant d'aller placer ses turns, sont uniques.

L 'expression « Nobody bottom turns like Curren » prend alors ton son sens. Il file à travers les sections comme s'il connaissait J-Bay par cœur, se calant même deux tubes à l'inside. Sonny Miller n'en croit pas ses yeux. Il ne le sait pas encore mais Tom Curren vient d'inventer une nouvelle manière de surfer. « C'est tellement miraculeux que l'on soit parvenu à saisir ces instants sans les technologies d'aujourd'hui... », raconte Sonny. L'intéressé gardera lui aussi en mémoire ce premier trip en Afrique du Sud. « C'est sûrement le meilleur souvenir que j'ai là-bas... Les vagues étaient si longues et les tubes si parfaits ! ». Cette relation si spéciale avec J-Bay, Tom Curren ne s'en séparera jamais. En 2014, à l'occasion du Heritage Series organisé par l'ASP en marge du J-Bay Pro, il illuminera le duel l'opposant à Mark Occhilupo en surfant une vague récompensée par un 10. Et si la taille de ses planches a diminué, sa glisse et son style, vingt ans après, demeurent immuables.

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