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Comment je suis devenu supporter de Manchester United grâce à une défaite

Son amour pour le foot et le club anglais a commencé en 2003, lors d'un quart de finale de Ligue des champions.
20.5.16

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Plus jeune, je n'étais pas fan de football. J'ai beau être né un 12 juillet, je ne le suis pas devenu lorsque Deschamps a soulevé notre premier et unique titre mondial pour mon anniversaire. Ni lorsque Trezeguet a collé sa reprise de volée aux Italiens, qui avaient eu l'affront de déboucher le champagne trop tôt. Je suivais le foot vaguement, via les gros matches des Bleus mais ça m'emmerdait. Je préférais y jouer, sans avoir le talent qui va avec, mais passons. Jusqu'à ce 23 avril 2003. Soir de Ligue des champions : Manchester United contre le Real Madrid.

Me voilà, sans trop savoir pourquoi, devant la télé, avec mon frère, à regarder ces joueurs teintés de rouge. Ma couleur préférée. Donc forcément, j'éprouve une petite affection pour ces Red Devils. Et peu importe si je ne connais que Barthez chez eux, contre Zizou, Ronaldo et Roberto Carlos chez les Madrilènes. Peu importe si les noms de Ferdinand, Keane, Giggs, Van Nistelrooy ou Solskjaer ne me disent encore rien. Le match est lancé et j'ai choisi mon camp.

Pour ceux qui s'en rappellent, ce quart de finale est marqué par la performance exceptionnelle du Fenomeno, Ronaldo, le seul et l'unique. Un triplé bien comme il faut. On se souvient peu de la première égalisation de Van Nistelrooy. Un peu plus de la talonnade contre son camp d'Helguera. Mais un moment reste ancré dans ma mémoire : l'entrée d'un mec aux cheveux longs et blonds : David Beckham, arborant ce numéro 7 magique. À l'époque, j'avais une dizaine d'années et la même tignasse. Voir un mec avec une coupe similaire à la mienne a suffit pour que je me rapproche un peu plus de la télé. Sept minutes après sa rentrée, Van Nistelrooy tombe aux abords de la surface. Coup-franc légèrement à droite des cages. Beckham s'avance et envoie un amour d'enroulé. Casillas reste immobile. But.

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Me voilà les bras en l'air, sans voix devant un vrai chef d'oeuvre. Je serre ensuite le poing et retrouve mes cordes vocales lorsque le Spice boy propulse au fond des filets un ballon dévié par Fernando Hierro. Pour la première fois, j'ai tenu 90 minutes devant un match sans bâiller. Manchester a renversé la tendance et s'est qualifié pour le tour suivant.

Sauf que non. Alors que je suis en train d'exulter, de vanter "mon" équipe, mon frère m'informe qu'ils ont perdu 3-1 à l'aller. Et qu'ils ont beau gagner, au final ils perdent quand même.

David Beckham face au Real Madrid, en 2003, à Old Trafford.

Et là, je suis sur le cul. Ça aurait dû me faire crier à l'injustice, au fait que le foot, décidément, c'est nul. Mais ça me fait un tout autre effet. Au lieu de ça, je décide de me mettre à fond dedans. D'apprendre les noms de toute l'équipe. De John O'Shea à Nicky Butt, en passant par Luke Chadwick. David Beckham file au Real durant l'été ? Pas grave, je montre à mon frère qu'on a recruté Ronaldo. Enfin pas le vrai, un autre qui s'appelle Cristiano…

Et surtout, surtout, j'ai maintenant la haine de la défaite. Et les Red Devils me le rendent bien. Un jeu clinique et pas beau à voir mais terriblement efficace. La domination sur l'Angleterre n'est pas celle des nineties ? Qu'importe. Ils sont toujours présents et ne lâchent jamais rien. Ce fameux "Fergie time". Parce que le Manchester United de Ferguson, c'était avant tout une grosse détermination. Parfois battus mais jamais abattus. C'était une promesse faite à leur adversaire du jour : « Faites bien attention. Parce que pour nous, ce n'est jamais fini ». Ole Gunnar Solsksjaer a bien résumé cette attitude à un journaliste de FourFourTwo. Avant chaque match, expliquait-il, Sir Alex tenait à peu près ces propos : « Exprimez-vous, profitez du match, montrez-nous ce que vous valez, mais posez vos couilles sur la table ».