Quand Bushwick était à l'heure du disco
LE NUMÉRO MUSIQUE

Quand Bushwick était à l'heure du disco

Le New York sauvage des années 1970, vu à travers l'objectif de Meryl Meisler.
4.1.17

Cet article est extrait du numéro Musique.

Dans les années 1970, New York était sauvage. J'étais totalement amoureuse de la ville, et c'est pourquoi j'emmenais mon appareil partout où j'allais. En 1977, j'y ai rencontré Jupiter et je lui ai proposé de prendre des photos d'elle pour un magazine où je pigeais. Elle a accepté, et on s'est mises à photographier le monde de la nuit qui explosait autour de nous. À l'ouverture du Studio 54 au mois d'avril, on voyait chaque soir des queues infernales à l'entrée ; pour se démarquer des autres, on créait des costumes flamboyants à Judith – un nouveau pour chaque soirée.

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Et puis, tandis qu'on se préparait un soir dans mon appartement – BAM ! Les lumières se sont éteintes dans mon immeuble… et dans les autres alentour. Le métro ne roulait plus non plus, mais hors de question que ça nous prive de sortie. On est montées sur nos vélos en direction du centre-ville, au milieu des rues sombres, avec pour seule lumière les phares des voitures. Au Studio 54, deux, trois mecs attendaient devant, mais les portes étaient closes. On a frappé – pas de réponse. C'était le black-out, partout dans la ville. Le club est resté fermé ce soir-là. Quand on y est revenues quelques jours plus tard, c'était comme si rien ne s'était jamais passé.

Pendant ce temps, les nouvelles à la radio parlaient d'un endroit de l'autre côté de l'East River dont je n'avais alors jamais entendu parler – Bushwick, à Brooklyn. Le quartier était en flammes apparemment, des émeutes avaient éclaté et plusieurs magasins avaient été pillés. Les images des journaux du lendemain montrant feux de joie et vitrines fracturées resteront à jamais gravées dans ma mémoire.

Quelques années plus tard, en décembre 1981, quand j'ai commencé à enseigner l'art à la Intermediate School de Bushwick, j'ai repensé à ces images. Le premier jour, tandis que je sortais de chez moi dans l'Upper West Side, je me suis vraiment demandé si le prof d'arts qui me précédait n'avait pas été assassiné.

Le quartier était plein de briques cassées, de béton défoncé – les vestiges de l'incendie, déjà lointain. La I.S. 291 était l'une des dernières structures opérationnelles dans le quartier : c'était à la fois une école, un refuge, et une prison. C'était déroutant. D'un côté des gosses essayant d'apprendre des trucs au milieu du chaos ; de l'autre, des profs géniaux essayant d'offrir une structure et un asile à des enfants issus d'un quartier ravagé.

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J'ai enseigné à Bushwick entre 1981 et 1994. Prendre le métro ou en sortir était à chaque fois une aventure. Impossible de dire ce que l'on allait y voir ou ce qui se passerait dans la rue une fois descendu.

Tous les matins, j'ai commencé à prendre avec moi un appareil photo pourri, en plastique. Mon trajet était millimétré : le matin, je marchais de la station Myrtle-Wyckoff jusqu'à Palmetto Street. Et après l'école, j'essayais un nouvel itinéraire en direction du métro. Là, j'ai découvert que chaque rue possédait sa propre ambiance, et que chacune avait une histoire à raconter.