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BTS, CAP, permis de chasse, BAFA : j’ai passé tous les diplômes possibles et imaginables

L'histoire de l'homme qui possédait 29 diplômes à son actif.
12.8.15

L'auteur de l'article en cuisinier, avec un ami à lui. Toutes les photos sont publiées avec l'aimable autorisation de Clément Genty.

Je ne sais pas pourquoi je passe autant de formations et diplômes, ni pourquoi j'accepte n'importe quel travail. Depuis près de dix ans, j'ai en effet passé 31 diplômes et en ai réussi 29. Mon échec le plus cuisant : le CCPCT, appelé communément permis taxi. Je possède aujourd'hui des diplômes aussi variés qu'un diplôme d'ingénieur, un CAP, un BTS domotique, un permis de chasse, un autre pour conduire les remorques, un BAFA ou encore un BAFD. J'enseigne également les échecs, suis formateur au permis bateau, j'ai travaillé en tant que surveillant de baignade, agent funéraire ou encore directeur de colonie de vacances.

Freud pourrait interpréter cela par les événements survenus pendant mon enfance, mon cher père ayant perdu son métier de « responsable qualité » dans un bassin où tout le monde l'avait perdu : celui de Chalon-sur-Saône, en Saône-et-Loire, et son industrie bâtie autour de la photo argentique. Mais je ne pense pas. Ou bien je le saurai dans vingt ans en m'asseyant dans un confortable divan. Pour l'heure, à l'âge de 26 ans, je continue à passer examen sur examen et à travailler dans autant de segments que je le peux, parce que je me sens bien comme ça.

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J'ai commencé mon premier travail à 16 ans dans une usine de réparation industrielle de Chalon-sur-Saône où l'air sentait l'alcool et le stupre dégagés par mes collègues. Tandis que je plaçais le rotor d'un moteur asynchrone au niveau du stator, un vieux moustachu m'a sorti, très sérieusement : « ça y est, tu lui en mets plein la chatte ? » Là, j'ai su que j'allais aimer n'importe quel job. Après mon BAC STI génie électrotechnique, je me suis d'abord inscrit en BTS domotique. Il s'agit d'une formation relativement intéressante où l'on apprend à programmer des automates qui réagissent à la voix humaine ou à la lumière. Formation qui n'existe évidemment plus à l'heure actuelle. J'ai obtenu 18 sur 20 à l'examen final. Même si je me suis chié sur la négociation commerciale ou l'allemand LV2. Oui, j'ai fait allemand.

Ensuite, en 2008, je me suis dirigé vers un premier IUT au Creusot, près de Chalon, avec une spécialisation en génie mécanique. Je l'ai achevé en un an, et je m'en suis tiré avec des notes qui, je l'espérais, allaient me permettre de passer : 9,93 sur mon unique année, pas de jury. Monde de merde. Puis, je suis entré en école d'ingénieur, que j'ai abandonnée en cours d'année pour créer ma start-up, qui elle, a duré deux ans. Puis j'ai intégré une autre école d'ingénieur, en trois ans, et suis actuellement en doctorat. Jusqu'ici, tout était plus ou moins normal.

L'auteur de l'article, devant un jury composé de professeurs médusés.

En théorie, j'aurais dû en rester là et me faire embaucher en tant qu'ingénieur dans l'industrie technique pour le compte de groupes internationaux tels que Schneider, Dassault ou Philips. Sauf que non. Pas du tout. Pour une raison que j'ignore toujours, j'ai tenu à poursuivre mes études et essayer tous les petits boulots possibles et imaginables. Depuis l'année 2006, année de mon baccalauréat, je trouve un plaisir certain à passer le plus grand nombre de diplômes bizarres et autres formations qui paraissent absconses à n'importe qui – et surtout à mes anciens coreligionnaires de l'école.

J'ai obtenu mon CAP et l'assurance d'entrer en école d'ingénieur la même année. Le roi du pétrole, c'était moi. Mais bien évidemment, je me suis lassé.

Un an après, j'ai travaillé dans un McDonald's de Vienne, dans la banlieue lyonnaise. Ce fast-food était le seul ouvert la nuit de toute la municipalité, le préfet de Lyon n'autorisant pas à l'époque les ouvertures après minuit. Vienne étant situé en Isère, il constituait de fait un haut lieu de rencontre pour la jeunesse locale ; depuis mon promontoire mental, j'avais l'impression d'être un vrai loulou, servant des repas très consistants à des jeunes souvent ivres ou défoncés. Puis au bout de 8 mois, à force de m'y échiner jour et nuit, j'ai réalisé que je devais passer à autre chose. Alors j'ai poursuivi ailleurs, mais dans le même segment. J'ai été serveur, responsable d'équipe puis formateur au KFC, chez Quick, puis dans d'autres McDo de la région lyonnaise – dix au total.

Au bout d'un certain temps, je suis tombé sur cette publicité à la télé qui mettait en lumière les facilités de promotion dans l'organigramme McDo et qui évoquait la possibilité de devenir manager de restaurant. Alors je me suis dit : « OK, pourquoi pas moi ? » À alors 22 ans, j'ai donc passé un CAP dans la cuisine en tant que candidat libre, la même année que ma classe prépa. Coup double. J'ai obtenu ledit CAP et l'assurance d'entrer en école d'ingénieur la même année. Le roi du pétrole, c'était moi. Sauf que bien évidemment, je me suis lassé.

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Plutôt que de poursuivre un cursus classique et tout tracé, j'ai ainsi fait le choix de passer mon permis bateau. Puis dans un deuxième temps, mon habilitation de formateur à ce même permis. Cool. Mais j'ai vite décroché pour devenir réceptionniste dans un hôtel dans la banlieue d'Angers, où l'inculpé pour assassinat Xavier Dupont de Ligonnès a été vu vivant pour la dernière fois. J'ai appris à accueillir des clients nocturnes, à préparer des petits-déjeuners à 4 h 45 du matin et à regarder BFM Business Replay toute la nuit. L'IUT local cherchait également un surveillant pour leurs examens de fin d'année. Ça m'a tellement plu que je suis allé voir plus loin et que je suis devenu pion en internat. Ah oui pardon, il faut dire « assistant d'éducation » désormais.

Extrait du CV plutôt chargé de l'auteur. Le PDF complet fait 7 pages.

Vous comprendrez aisément que j'ai choisi d'éviter de raconter tout cela avec des gens autour de moi. À leurs yeux, je passerais pour un fou. Un simple d'esprit. Parce que cette volonté de tout expérimenter, de tout connaître, ne s'arrête pas qu'à la vie estudiantine et professionnelle. Pour les élections présidentielles de 2012, je voulais par exemple voir tous les candidats avant de faire mon choix. Les voir pour de vrai, j'entends. C'est pourquoi je suis passé jeter un coup d'œil à chacun des candidats lors de leurs meetings respectifs. J'en suis ressorti avec un fort sentiment de mise en scène mais un cruel manque de fond parmi les programmes présentés.

Question stage, que l'on soit au lycée ou dans une école d'ingénieur, c'est pareil. La sérendipité, ou l'art de naviguer sans but sur Internet ou dans les rues, m'a permis de trouver un stage en BTS. En école d'ingénieur, c'est en allant acheter un vélo sur le site de vente en ligne Leboncoin que j'ai postulé dans l'entreprise du vendeur de mon biclou. Pour mon stage à l'étranger, j'ai démarché des entreprises du Tadjikistan, le pays abritant le moins de ressortissants français au monde. J'en ai trouvé une et y suis resté quelques mois.

C'est parce que je ne comprenais pas le monde de la chasse que j'ai ainsi passé mon permis et que je passerai dans les mois qui viennent mon attestation de chasse à l'arc.

Ce choix de se laisser porter, tout en étant conscient que mon parcours ne serait de toute façon pas présentable dans sa totalité, est le reflet de ma jeunesse, que j'ai voulue « ouverte d'esprit ». Comme je l'ai dit précédemment, cette ouverture s'étend à tous les domaines. C'est parce que je ne comprenais pas le monde de la chasse que j'ai ainsi passé mon permis et que je passerai dans les mois qui viennent mon attestation de chasse à l'arc. C'est parce que je ne comprenais pas les religions les plus représentatives que j'ai voulu – et eu la chance – de passer du temps avec un imam, un rabbin et un prêtre. C'est enfin, en souhaitant comprendre l'éducation des enfants que j'ai passé mon BAFA puis mon BAFD avec lequel j'ai été en mesure de devenir directeur de colonie de vacances.

Détenteur du BAFA et de 28 autres diplômes, l'auteur est ici moniteur de colonie de vacances.

C'est en allant toquer aux portes, en appelant ceux qui pouvaient répondre à mes questions que je suis devenu, comme je l'avais souhaité, une personne ouverte d'esprit. Mais aussi, une personne capable de s'adapter à n'importe quel type de conversation. Je ne parle pas ici de culture au sens noble du terme ; pour moi, chacune de ces expériences fut trop courte pour s'adouber du titre de grand connaisseur. Mais avouons que placer un titre de radioamateur, revenir sur son expérience d'agent funéraire ou bien parler d'un trek en Chine permet de discuter facilement avec n'importe qui.

Il est bien sûr plus compliqué d'admettre que l'on s'est trompé en se rendant dans un lieu, en rencontrant les gens dont on parlait plutôt qu'en restant dans son confort idéologique et moral. Car de fait, toute relation avec autrui est souvent compliquée. Dans la pseudo-ouverture d'esprit de mes contemporains, je vois plutôt une spécialisation dans un domaine particulier – néanmoins, sans savoir ce que vit, mange et pense son voisin.

Dans bon nombre de pays, l'université permet de s'adonner à la découverte de différents domaines, de parcours spécialisés. Bon nombre se souviendront de Steve Jobs qui annonçait dans son fameux discours de Stanford les origines de la typographie avancée sur Macintosh. Il clamait que ses années étudiantes lui avaient ainsi donné la possibilité de découvrir de nouveaux centres d'intérêt. Au-delà de mon parcours de vie qui paraîtra futile à certains se cache une véritable volonté de découvrir la totalité de notre monde. Mais je sais bien que cela est impossible. Dois-je pour autant vivre avec des œillères ?

Aujourd'hui, j'ai 26 ans. Mon objectif est désormais de travailler sur mon doctorat afin d'obtenir un diplôme – et un travail – « normal ». Mais au cours de cette année scolaire 2015-2016, ce sera également l'année de mon diplôme universitaire d'astronomie et de mécanique céleste, de ma capacité en droit et de mon CAP maintenance-hygiène des locaux. C'est pas gagné d'avance.

Clément est sur Twitter.