Non, Oprah Winfrey présidente, ce n'est pas une bonne idée

Même si Meryl Streep pense le contraire.

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janv. 10 2018, 6:00am

Depuis son discours vibrant aux Golden Globes dimanche dernier, l’idée d’une Oprah Winfrey à la Maison-Blanche en 2020 commence à faire son chemin. « Respect pour NOTRE future présidente », a écrit la chaîne américaine NBC dans un tweet effacé depuis. « On pouvait fermer les yeux et imaginer que ce discours était prononcé dans l’Iowa », a déclaré le journaliste Chris Cillizza sur CNN.

« Elle a lâché une bombe ce soir. J’aimerais vraiment qu’elle se porte candidate à la présidence », a déclaré l’actrice Meryl Streep au Washington Post. « Appelez-moi @oprah. J’ai des présidents de comté de l’Iowa qui aimeraient avoir de vos nouvelles », a tweeté Brad Anderson, ancien directeur de campagne de Barack Obama dans l’Iowa. Même les conservateurs John Podhoretz et Bill Kristol se sont exprimés en sa faveur, la preuve que 2018 ne se profile pas mieux que 2016 ou 2017.

Il n’est nulle question de dénigrer le discours d’Oprah, qui a incontestablement été le moment fort de ces Golden Globes parfois gênants. « Nous savons que la presse est en état de siège ces jours-ci », a déclaré la reine des médias. « Nous savons également que c’est la volonté insatiable de découvrir la vérité absolue qui nous empêche de fermer les yeux sur la corruption et l’injustice ; sur les tyrans et les victimes ; sur les secrets et les mensonges. »

Et loin de nous l’idée de critiquer les opinions politiques d’Oprah Winfrey, qui semblent plutôt progressistes. Elle en a fait plus que la plupart des célébrités : elle a notamment contribué, dans les années 1990, au National Child Protection Act, une loi instaurant une base de données sur les pédophiles et connu depuis lors sous le nom de « Loi Oprah ».

Mais ne peut-on pas laisser les célébrités rester des célébrités ? Ou, pour le dire autrement, Donald Trump ne nous a-t-il pas servi de leçon ?

Ironie du sort, Trump avait lui-même déclaré, en 1999, que s'il était un jour président, Oprah serait une vice-présidente de premier choix. « Les Américains respectent et admirent Oprah pour son intelligence et sa compassion. Elle est une source d’inspiration pour des millions de femmes ; elle leur donne la force d’améliorer leur vie, de retourner à l’école, d’apprendre à lire et de prendre leurs propres responsabilités », a écrit Trump dans son livre.

Trump n’a pas tort au sujet d’Oprah, mais être une « inspiration » ne suffit pas à être présidente. Trump lui-même était une « inspiration » pour les Américains qui ont voté pour lui en dépit de ses caractéristiques disqualifiantes. Les États-Unis n’ont pas besoin de figures politiques « inspirantes », mais de figures politiques répondant aux exigences de leurs fonctions.

Oprah, contrairement à Trump, a bâti sa fortune à la force du poignet. Elle n’adopte pas une rhétorique ouvertement raciste et n’a jamais été accusée de harcèlement sexuel. Elle vaut mieux que Trump pour un tas de raisons. Mais tout comme lui, elle n’a pas d’expérience politique et pas de réel programme au-delà de son (incroyable) appel personnel.

Voici ce que nous savons au sujet des points de vue politiques d’Oprah : elle est, semble-t-il, pro-Israël. Elle a la même vision du rêve américain que Barack Obama. Elle a soutenu Obama lors de l'élection présidentielle en 2008 et Hillary Clinton en 2016. Elle a fait don de 10 millions de dollars aux pays du tiers-monde après l'ouragan Katrina. Mais qu’en est-il des soins de santé ? De la légalisation du cannabis ? De la politique étrangère ? De l’immobilier ?

Plus important encore, même si les médias ont passé les derniers jours à parler de la campagne d’Oprah, la candidate elle-même n'est pas candidate, du moins pas encore. Pas plus tard qu’en juin dernier, elle affirmait qu’elle ne se présenterait jamais à aucun mandat politique, mais depuis les Golden Globes, il se peut qu’elle ait changé d’avis. Lundi matin, deux de ses proches ont confié à la chaîne CNN qu’elle « réfléchit activement » à une candidature en 2020.

Si Oprah souhaite se présenter à un mandat politique, qu’à cela ne tienne – mais pas à la présidence. Mieux vaut commencer petit, ce qui, à son échelle, équivaudrait à une fonction de ministre ou de gouverneur au sein d’une administration démocratique. Nous n'avons aucune idée de la façon dont elle se débrouillerait à ce genre de poste.

Si vous avez assez d'orgueil pour briguer la présidence sans avoir aucune expérience politique, cela démontre bien que le poste de président n'est probablement pas fait pour vous. Et si la présidence de Donald Trump nous a appris quelque chose, c’est bien ça : ne faites pas confiance à un milliardaire pour faire le travail d'un politicien.

Eve Peyser est sur Twitter.

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