Illustration : Pol Anglada pour VICE FR 

Messieurs, il est temps de briser le tabou de l'orgasme prostatique

Dans notre société, l’orgasme prostatique est souvent associé aux rapports gays. Pourtant les hétéros qui l’ont exploré évoquent un plaisir d’une intensité inespérée.

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10 Janvier 2019, 10:02am

Illustration : Pol Anglada pour VICE FR 

« L’idée de m’insérer un truc dans le cul ne m’attire pas », me raconte Guillaume, 28 ans, un ami de longue date qui fait partie de ces hommes hétérosexuels qui refusent qu’un corps étranger flirte avec leur région anale. Pour cet « asexué du cul qui n’est excité que par des rapports sexuels au cours desquels la partenaire reçoit physiquement » dit-il, stimuler sa prostate « s’apparente à un tue-l’amour ». Pourtant, cette glande de la taille d’une noix située sous la vessie des hommes et atteignable par l’anus, s’avère être une réelle source de plaisir. « Quand elle est stimulée par les doigts ou par un masseur, elle se contracte pour laisser échapper le liquide prostatique, explique Nathalie Giraud Desforges, animatrice d'ateliers sexo, fondatrice du site nathalie.pimentrose.net et première distributrice des masseurs prostatiques Aneros en France. La prostate est une zone potentiellement réactive. Mais tous les hommes ne sont pas égaux devant le plaisir, l’éducation ou encore la curiosité. Il existe un tabou encore plus grand chez l’homme que chez la femme autour de l’anus.

Ce tabou autour de l’orgasme prostatique chez les hommes hétérosexuels résulte d’un amalgame « malheureusement très répandu » entre « orientation sexuelle et pratique sexuelle, souligne Adam, auteur du Traité d’Aneros et fondateur du site Nouveaux Plaisirs. Le fait d’avoir une pratique anale ne signifie en aucun cas que l’on est attiré par des hommes. » Fanny, 24 ans qui m'a contactée sur Instagram et qui a découvert cette pratique avec son mec âgé de 38 ans, partage le même avis et semble bien déterminée à briser les clichés encore bien ancrés dans la société actuelle. « Faire l’amour, ce n’est pas juste un pénis dans un vagin, il y a tout ce qui va autour », déclare-t-elle. Nathalie Giraud Desforges, elle, met le doigt sur ce préjugé selon lequel « un homme pénétré perdrait son pouvoir, comme si on le castrait », et tire la sonnette d’alarme : « Si un jour ces hommes souffrent d’impuissance, ils seront très malheureux car toute leur croyance d’un homme fort et puissant qui repose sur un phallus érigé et pénétrant pourrait bien s’effondrer et occasionner une perte de repères. »

« Cela me procure un plaisir nouveau et intense. Mon corps est traversé par une vague plaisante, par un spasme très agréable » – Rayane, 27 ans

En discutant avec plusieurs hommes hétérosexuels, certains sont, avec leur partenaire féminine, parvenus à casser les codes et à emprunter cette autoroute du kiff. Selon Nathalie Giraud Desforges, les mentalités ont commencé à évoluer il y a environ cinq ans, autour de cette question, en France. Cette sexothérapeute s’aperçoit que davantage de jeunes de moins de 30 ans éveillent leur curiosité sexuelle. Pour la spécialiste, ce changement s’explique par un relai de l’information plus développé, notamment avec la création de blogs tels qu’Aristochatte en 2015 ou Paris Derrière en 2014. « De plus en plus de personnes s’expriment à visage découvert dans les médias et sur Internet. Et il y a de plus en plus de sextoys pour le plaisir prostatique. Ca décomplexe », remarque Nathalie Giraud Desforges.

Max, 26 ans, a grandi avec une vision très stéréotypée et patriarcale des relations homme-femme. « J’avais une image du mec un peu rustre qui domine », reconnait-il. Lorsqu’en vacances, une femme lui a proposé de stimuler sa prostate, il a finalement laissé parler sa curiosité. À l’écouter, le jeu en valait largement la chandelle. « Je me suis rendu compte que c’était très éloigné des préjugés que je pouvais avoir. Quand tu fais ce genre de choses avec une fille, ça ne veut pas dire que tu es gay pour autant », précise-t-il. Quant à Jérémie, un libertin de 38 ans, il s’interroge au sujet de la virilité dont la définition est finalement plus subjective qu’elle n’y parait. « Je ne me suis jamais senti moins viril. D’ailleurs la virilité c’est quoi ? Et en quelle mesure est-on dans l’obligation d’adopter une posture dominante ? Est-ce que la virilité est une histoire de force, de puissance ? Je ne suis pas sûr. Je crois qu’être viril, en réalité, c’est quelque chose d’imperceptible », estime Jérémie. Pour lui, contrairement aux idées préconçues, « il ne peut pas y avoir de dégoût à le faire chez un mec si un mec peut le faire chez une fille. »

Bon nombre d’hommes hétérosexuels ayant goûté à l’orgasme prostatique décrivent une forme d’excitation inégalée. « Cela me procure un plaisir nouveau et intense. Mon corps est traversé par une vague plaisante, par un spasme très agréable », témoigne Rayane, étudiant en électronique de 27 ans rencontré via Twitter. Max, lui, se souvient de ses premières sensations : « J’ai ressenti une chaleur. Ça m’est arrivé d’avoir des orgasmes beaucoup plus puissants que ceux que je pouvais avoir avant. »

« Ça commence dans le bas du ventre et ça s’étend dans tout le corps, les jambes, les bras » – Philippe, 60 ans

Chez certains hommes, l’orgasme est presque instantané quand leur prostate est stimulée. C’est le cas du mari de Pénélope qui « jouit immédiatement » lorsqu’elle le pénètre avec ses doigts, pendant une fellation. Cette femme de 32 ans me raconte sur Instagram se sentir « fière » de lui procurer un tel plaisir. Quant à Jérémie, qui a répondu à l'une de mes stories, il évoque « une explosion de sensations plus large que l’orgasme traditionnel, qui (lui) coupe les jambes ». Certains hommes se sont même surpris à avoir plusieurs orgasmes d’affilée : un phénomène qu’ils n’ont jusqu’alors jamais vécu avec l’orgasme pénien. « Ça commence dans le bas du ventre et ça s’étend dans tout le corps, les jambes, les bras. Ce n’est pas localisé à l’inverse du plaisir du pénis. C’est quelque chose de global qui emmène l’esprit très loin. J’ai déjà enchainé quatre orgasmes de plus en plus forts. Ils sont plus longs que l’orgasme traditionnel », se réjouit Philippe, 60 ans, qui « regrette de ne pas avoir découvert l’orgasme prostatique plus tôt, tant il est supérieur aux autres », selon lui.

De son côté, Adam assure qu’il peut « obtenir dix orgasmes en une vingtaine de minutes ». « Après on est totalement rincé, hein », plaisante-t-il. Ces orgasmes à répétition, Nathalie Giraud Desforges les explique ainsi : « Contrairement à l’éjaculation qui précède une période réfractaire avec le pénis qui se dégonfle, l’orgasme prostatique, lui, monte et ne recule pas. Le phénomène s’amplifie et tout le corps se charge en énergie. » Cécile, 42 ans, qui a déjà suscité ce type d’orgasme chez plusieurs de ses partenaires, se rappelle avoir « vu des hommes trembler durant plusieurs minutes ».

Pour atteindre le 7ème ciel, Adam et Nathalie Giraud Desforges s’entendent sur au moins un point essentiel : le « lâcher prise ». Tous deux comparent ainsi l’orgasme prostatique à la jouissance féminine. « Il faut être dans une écoute extrêmement importante de son corps », insiste celui qui se présente comme un « sexplorateur ». Un avis que partage Jérémie : « Je pense avoir fait jouir quelques centaines de filles et t’as clairement l’impression qu’il se passe la même chose en toi. Mais je ne suis jamais allé de l’autre côté du miroir donc je ne peux pas en être sûr. Tu es embarqué par un truc que tu maîtrises moins parce que tu y es moins habitué. L’orgasme pénien semble en surface alors que l’orgasme prostatique est plus à l’intérieur indique-t-il. Et Cécile de confirmer, en tant qu’observatrice : On sent que le plaisir est diffus dans tout le corps, comme l’orgasme féminin qui touche plusieurs zones.» Quant à Philippe, il lâche hardiment : « C’est comme si j’avais un vagin. Il faut se laisser aller.

Pour certains couples, connaître l’orgasme prostatique peut alors aider l’homme à mieux comprendre le plaisir de la femme. « Les hommes sont beaucoup plus attentifs au plaisir de leur partenaire. Ils peuvent être aussi plus aptes à comprendre la lenteur, la douceur et la montée en puissance », développe Nathalie Giraud Desforges. Jérémie approuve : « Tu te dis ‘me connaître mieux m’aidera à donner plus de plaisir’ ». En soignant la communication, explorer cette forme d’orgasme peut nourrir l’harmonie sexuelle. Fanny l’admet : « Je sais que ça excite beaucoup mon copain, donc ça m’excite encore plus. Du coup tout le monde est content. »

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