Life

Avec les victimes de stalkers sur les applications de rencontres

Emma et Melissa étaient toutes deux sur Tinder pour trouver un partenaire. Au lieu de cela, elles ont trouvé un stalker.
11 septembre 2020, 6:45am
stalker tinder

Pour Emma*, jeune vendeuse de 18 ans, c'était une journée de travail normale. La tête baissée, coincée dans le rythme monotone du balayage et de l'emballage des articles, elle a d'abord été désorientée lorsqu'il s'est approché d'elle. « Pourquoi ne m'as-tu pas répondu ? » lui a-t-il demandé. Elle ne l'a pas reconnu immédiatement, mais il a continué à la menacer et à l'interroger. C'est alors qu'elle a compris : c'était le mec de Tinder.

Quelques mois plus tôt, Emma, fraîchement célibataire, avait décidé de donner une chance à Tinder. « Quand j'ai matché avec lui, je l'ai trouvé adorable, raconte-t-elle. Il était tout à fait mon type et cochait toutes les cases. Il semblait vraiment gentil au début, mais au bout de quelques jours, il a commencé à devenir très possessif et à me reprocher de ne pas répondre assez vite. »

Elle a décidé d'en rester là. Mais au lieu de respecter la volonté d'Emma, l'homme a commencé à la harceler. « Je lui ai dit qu’il ne m’intéressait pas vraiment et ses messages sont devenus incroyablement menaçants. Certains étaient grossophobes, d'autres disaient que je ne trouverais jamais quelqu'un comme lui qui m'accepterait comme je suis, et d'autres encore qu'il viendrait me trouver.

Si vous êtes une femme millennial qui utilise des applications de rencontres, il est probable que vous ayez déjà reçu le redouté message « heyyy, je t’ai vue sur Tinder ;) » sur les réseaux sociaux. Le « tindstagramming » – oui, c'est tellement courant qu'il y a un nom pour cela – consiste à trouver le profil d’une personne sur les réseaux sociaux si vous n'avez pas réussi à matcher avec elle. C’est une pratique très répandue parmi les gens qui ne peuvent pas accepter un non comme réponse. Mais certains cas sont plus extrêmes qu'un DM non sollicité. Dans le cas d'Emma, cela s'est terminé par du harcèlement et de la traque.

Après que le match d'Emma soit devenu abusif sur Tinder, elle l'a bloqué sur la plateforme. Il a ensuite tenté de la contacter sur ses comptes de réseaux sociaux et a même contacté ses amis pour tenter de communiquer avec elle. « Quand mes amis m'ont dit pour la première fois qu'il leur avait envoyé un message, j'ai pensé qu'ils se fichaient de moi, mais quand ils m'ont envoyé les captures d'écran, j’ai eu très peur. Je me suis sentie piégée. »

Après quelques semaines sans nouvelles de lui, elle pensait qu'il l'avait enfin laissée tranquille. C'est alors qu'il a commencé à se présenter régulièrement sur son lieu de son travail. Emma ne lui a jamais dit où elle travaillait, mais elle pense qu'il a trouvé grâce à Tinder, car l'application intègre automatiquement vos données professionnelles à votre profil.

Le cas d'Emma est extrême, mais malheureusement pas rare, et n'est qu'un des nombreux cas de harcèlement sur des applications de rencontres au Royaume-Uni. En janvier, Tinder a lancé une nouvelle fonction de sécurité aux États-Unis qui se synchronise avec l'application de sécurité personnelle Noonlight, permettant aux utilisateurs d'alerter les services d'urgence lors d’un rencard Tinder et de filtrer les comptes à la recherche de fausses images pour éviter le catfishing. Cette fonction a été présentée comme un énorme progrès pour la sécurité personnelle.

Tinder n’a pas souhaité répondre à notre demande de commentaires, mais Emma se montre positive à l'égard des nouvelles mesures de sécurité. « Je pense que le service d'urgence aurait certainement été utile à l'époque, surtout quand ses messages prenaient une mauvaise tournure », me dit-elle.

Alerter les services d'urgence en cas de comportement menaçant ou inquiétant peut aider à détecter ces cas très tôt, mais si les recherches sur le harcèlement criminel ont montré quelque chose, c'est que les services d'urgence mettent souvent trop de temps à répondre aux appels à l’aide. Entre 2015 et 2017, 55 femmes au Royaume-Uni ont été tuées par des partenaires violents, des ex et des harceleurs qu'elles avaient déjà dénoncés à la police, selon une enquête de Broadly.

Melissa*, une étudiante de 21 ans, a matché avec son stalker sur Tinder. Comme Emma, Melissa ne le soupçonnait pas au début, mais elle me dit qu'il y avait quelque chose qui clochait chez lui (« J'aurais dû écouter mon instinct »). Après quelques jours à échanger des textos, elle a pensé qu'il valait mieux tout arrêter avant qu'il ne se fasse de fausses idées.

« Il est devenu de plus en plus agressif pour ce qui est de vouloir me voir et se présentait constamment à mes cours en attendant que je sorte » – Melissa

Au début, il a bien pris le rejet. Puis il a commencé à se pointer à la sortie de ses cours à l'université. « Un jour, alors que je quittais ma classe, je l'ai vu. Mais il avait mentionné qu'il était également sur ce campus, donc je n'y ai pas beaucoup pensé. Puis il s'est mis à m'envoyer constamment des SMS une heure après m'avoir vu et j'ai compris que ce n'était pas une coïncidence qu'il soit là. »

Il a commencé à appeler et à écrire à Melissa de façon excessive. « Il est devenu de plus en plus agressif pour ce qui est de vouloir me voir et se présentait constamment à mes cours en attendant que je sorte », dit-elle.

Son harcèlement persistant et sa traque ont effrayé Melissa, qui a donc contacté la sécurité de son université, mais en vain. « Il s'avère qu'ils ne sont pas disposés à faire grand-chose tant que quelqu'un ne pose pas physiquement la main sur vous », me dit-elle. « Toute forme de harcèlement, que ce soit en ligne ou hors ligne, peut avoir un effet dévastateur sur les victimes. Nous invitons instamment toute personne qui pense être concernée par le harcèlement à se plaindre, soit au poste de police local, soit en appelant le numéro et en prenant rendez-vous », recommande l'organisation caritative Suzy Lamplugh Trust, basée à Londres.

L’organisation recommande également de signaler le harcèlement par l'intermédiaire de l'application elle-même : « Nous encourageons toute personne harcelée par une autre personne sur un site de rencontres à signaler la personne en suivant les procédures recommandées par le site et à suivre les conseils de sécurité qui y sont énoncés. Dites une fois à la personne que vous ne voulez pas être contacté, puis ne répondez plus. Si jamais vous vous sentez en danger immédiat, appelez la police. »

« Does This Bother You », une autre nouvelle fonctionnalité de Tinder, pourrait aider à prévenir de futurs stalkers comme ceux qui ont ciblé Melissa et Emma. Si une personne choisit « oui », elle a la possibilité de dénoncer la personne directement à Tinder. Mais ces améliorations arrivent un peu trop tard pour certaines personnes : Emma et Melissa n'ont plus jamais utilisé Tinder.

L'affaire d'Emma a eu une fin heureuse : après l'intervention du personnel de sécurité sur son lieu de travail, l'homme ne l'a plus jamais contactée. Elle a décidé de changer d’application et a trouvé son petit ami sur Bumble.

Mais ce qui a commencé comme un simple swipe à droite pour Melissa a fini par changer sa vie. Juste pour assurer sa propre sécurité, elle a dû changer de classe et obtenir un nouveau numéro de téléphone. Cette expérience ne l'a jamais quittée, même après son diplôme. « Peu importe ce que je faisais, dit-elle, je ne me suis jamais plus sentie à l'aise sur ce campus. »

*Le nom a été modifié.

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