Les vidéos d'opérations sont le truc le plus intéressant (et gore) de YouTube

Les vidéos d'opérations sont le truc le plus intéressant (et gore) de YouTube

En toute discrétion, des chirurgiens publient des milliers de vidéos d'opérations parfois impressionnantes. Et les patients adorent ça.
2.3.17

Il existe un véritable marché des vidéos d'opérations chirurgicales sur Internet. La plupart sont difficilement soutenables, même pour les plus curieux et les moins sensibles d'entre nous : des coeurs sont arrachés à des thorax, des dents de sagesse sont arrachées, des genoux éparpillés. Des opérations sont parfois retransmises en direct sur les réseaux sociaux, souvent pour le simple plaisir du gore.

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Une simple recherche "educational surgery" ou "real surgery" sur YouTube renvoie vers des millions de résultats. Des gens ont déjà accouché ou subi des liftings en direct sur Internet. Mais beaucoup de chirurgiens esthétiques se servent de Snapchat pour attirer de nouveaux patients, comme le Dr. Matthew Schulman, qui diffuse des opérations en direct du bloc opératoire auprès de millions de followers.

Et puis il y a la chirurgie bariatrique - la chirurgie de l'obésité, visant à modifier l'absorption des aliments - qui a sa propre communauté de curieux, un peu à part.

Le Dr. Thomas Brown, dont la clinique du Colorado poste sur YouTube des vidéos d'opérations bariatriques réalisées à l'aide de robots, m'explique que les vidéos sont publiées sur demande des patients. Dès les années 1990, quand il a commencé à réaliser des opérations de chirurgie laparoscopique, les patients demandaient qu'elles soient filmées et que le chirurgien leur envoie une copie du film en VHS.

Désormais, on demande toujours au patient son consentement avant de filmer ses entrailles à des fins pédagogiques.

"En général, les gens réfléchissent à se faire opérer pendant au moins un an, et passent environ six mois sur Internet à lire des avis, des rapports, des études - et à regarder des vidéos, oui", explique Brown.

Se renseigner et discuter avec un chirurgien fait partie du processus pour quiconque souhaite opter pour la chirurgie bariatrique. Des patients demandent même parfois à Brown quel type d'agrafes il utilise, et qui les fabrique. "Ils posent beaucoup de questions", rigole-t-il.

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Poster des vidéos très crues est aussi un moyen pour les chirurgiens d'attirer de nouveaux patients. On ne fait pas son petit marché pour une appendicectomie, mais pour des opérations à long terme, beaucoup de patients choisissent leur médecin grâce à Internet.

C'est aussi un moyen pour les praticiens de s'échanger des astuces. L'entreprise qui fabrique les robots utilisés par Brown, Intuitive Surgical, lui a demandé de produire des vidéos pour aider d'autres chirurgiens à apprendre à s'en servir. Il lui a fallu environ six mois d'entraînement sur des simulations pour savoir utiliser les robots correctement.

YouTube n'a pas de politique particulière concernant les vidéos d'actes chirurgicaux, mais il a des règles concernant les images choquantes : les vidéos doivent avoir un titre explicite pour que les spectateurs sachant à quoi s'attendre, et le gore est autorisé à des fins éducatives - pas seulement pour choquer.

Pour le Dr. Steven Safran, un ophtalmologiste du New Jersey, le fait d'apprendre des autres médecins est l'un des principaux bénéfices de ces vidéos diffusées sur Internet (sans compter que cela terrifie les profanes, évidemment).

"J'apprends de mes succès et de mes erreurs, pour faire mieux à l'avenir, m'explique Safran par e-mail. Le montage de la vidéo vous force à regarder les choses de plus près, en détail, et vous aide à mieux comprendre ce que vous avez fait et comment faire mieux ou différemment à l'avenir. Cela fait partie d'un processus d'apprentissage qui m'intéresse beaucoup."

Brown pense la même chose ; pour lui, se regarder travailler est équivalent à ces entraîneurs de foot qui revoient les matchs de leur équipe plusieurs fois. "Vous regardez ce que vous avez fait et vous vous dites, wow, j'aurais pu suturer ça différemment, et ça aurait été plus simple de passer par tel ou tel endroit."

Les vidéos d'opérations seront-elles un jour aussi banales que les vidéos de cuisine ou les streams de jeux vidéo ? Difficile à dire. Brown ne croit pas que Facebook soit un bon médium pour ce type d'activités éducatives, par exemple. On n'y trouverait que l'aspect gore, qui serait de surcroît vite supprimé.

Les congrès nationaux de professionnels de la médecine comportent souvent des sessions de trois ou quatre opérations en direct, lors desquelles les praticiens répondent aux questions en temps réel. Intuitive Surgical propose des versions virtuelles de ces sessions, où des médecins se connectent tour à tour à des opérations et peuvent poser des questions à celui qui opère. Les chirurgiens sont déjà à la frontière des opérations en réalité virtuelle, grâce aux outils robotiques utilisables à distance qui peuplent désormais les blocs opératoires. Bientôt, on pourra sans doute filmer des opérations à 360° et les diffuser en réalité virtuelle, pour que le monde entier puisse voir les entrailles d'un parfait inconnu en temps réel.

Il y a quelques mois, Schulman nous avait expliqué que si Snapchat était sa plateforme préférée à l'heure actuelle, lui et un nombre croissant de chirurgiens essaient d'évoluer avec leur époque et de deviner où leurs patients regarderont des vidéos à l'avenir.

"Je leur offre avant tout un spectacle, dit-il. Il y a une portée éducative, mais cela reste un spectacle."