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Vice Blog

L'Alcoolique précoce qui a dirigé l'un des plus grands laboratoires de LSD

Casey Hardison a pris neuf ans de prison pour avoir concocté des drogues – période durant laquelle il a continué de le faire.

par Michael Allen
07 Juillet 2016, 5:00am


Casey en train de fabriquer du 2C-D en 2001,
à l'arrière du bus scolaire dans lequel il a vécu pendant sept ans (Toutes les photos sont publiées avec l'aimable autorisation de Casey William Hardison)

Tout compte fait, la prison n'a pas déplu à Casey William Hardison. « LSD, 2C-B, DMT, pharmahuasca, kratom, cannabis, alcool fait maison – j'ai fabriqué pas mal de trucs là-bas, raconte-t-il. Les drogues sont plus accessibles en prison qu'elles ne le sont dans la rue. De plus, le système pénitentiaire britannique est passablement indulgent – il est très civilisé. »

Casey, un Américain de 43 ans, a été libéré en mai2013, après avoir purgé une peine de neuf ans dans neuf prisons britanniques. Initialement condamné à 20 ans pour avoir dirigé un laboratoire de drogues psychédéliques à Ovingdean – un village situé près de Brighton, plein de cottages, de moutons et de retraités – il milite désormais pour une réforme de la loi sur le Misuse of Drugs Act. Mais il a fallu du temps à cet homme, surnommé le « magicien des drogues »par la presse britannique, pour en arriver là oùil est aujourd'hui.

Né dans l'État de Washington au cours de l'été1971, Casey a commencé à combattre ses démons « psycho-spirituels » à un âge précoce – le genre d'âge où votre maman choisit encore les chaussures que vous allez mettre pour aller à l'école. « L'alcool et le cannabis étaient les seules drogues que je pouvais consommer à l'époque », me dit-il au téléphone depuis chez lui à Victor, dans l'Idaho. « Je devais avoir cinq ans la première fois que j'ai fumé du cannabis. Mon frère me faisait des soufflettes. J'adorais vraiment ça quand j'étais petit. »

Comme Casey s'en est vite rendu compte, des problèmes peuvent survenir lorsque vous utilisez la weed et l'alcool pour combattre les démons qui rongent votre esprit – le principal étant que ces deux substances finissent par façonner toutes les facettes de votre vie. Ce qui, bien sûr, n'est une situation idéale pour personne, sauf pour les adolescents en pleine crise de puberté. En 1985, à l'âge de 14 ans, Casey s'est déclaré alcoolique et s'est inscrit aux Alcooliques anonymes et aux Narcotiques anonymes.

Après avoir « plongé la tête la première »dans le programme en 12 étapes des AA, il a « complètement guéri » en 1993, pendant Halloween, lorsqu'il a bu du vin chaud (sans alcool) dans le cadre d'une cérémonie rituelle.

« Lors du rituel, j'ai beaucoup insisté pour que l'alcool soit enlevé de mon « sacrement », dit-il. Je me rappelais avoir vu une ligne plane sur un moniteur de fréquence cardiaque. La vie avait des pulsations – des cycles – et une ligne plane ne signifiait qu'une seule chose : la mort. J'ai aussitôt réalisé un élément important : la vie est transformation. La vie est un cycle perpétuel de mort et de renaissance, de renouveau de soi-même. »

Peu de temps après ça, Casey a essayé le LSD pour la première fois. Son ami John, qu'il avait rencontré à une réunion des AA dans la vallée de Yosemite, en Californie, lui a rendu visite dans l'Idaho. Lors d'une nuit froide de décembre, ils ont loué une copie VHS du making-of de A Brief History of Time, de Stephen Hawking.


Casey
à Crowley Hot Springs, en Californie, avec John (assis), vers 1992

Avant que le film ne commence, John a annoncé qu'il avait un peu de LSD liquide, fabriqué par un « chimiste fou et à l'ancienne » surnommé « The Lorax ».

« Je connaissais The Lorax. Je lui faisais confiance et le respectais beaucoup, déclare Casey. Des gens m'avaient raconté leurs aventures spirituelles sous LSD, notamment les Dreadheads [les fans des Grateful Dead] que j'avais rencontrés lors d'une tournée des Grateful Dead. Je savais également que Bill Wilson, le co-fondateur des AA, avait consommé du LSD dans un but spirituel. »

Casey a pris 250 microgrammes d'acide et, dans l'heure qui a suivi, a « perdu le fil de l'action ». Ce qui est compréhensible, sachant que 250 microgrammes représentent six ou sept fois plus que l'acide standard que vous pouvez trouver dans la rue aujourd'hui.

« Je me suis couvert de gravier et j'ai eu l'impression de ne faire qu'un avec ce qui m'entourait, avec la nature, se rappelle-t-il. Mon esprit était tranquille mais incroyablement vaste en même temps. »

Vers 3 heures du matin, la sonnerie du collège communautaire local a retenti et Casey a eu une révélation – il fallait qu'il reprenne ses études. « J'avais laissé tomber le lycée pour prendre une autre voie, mais après ce trip, je suis allé au North Idaho College pendant trois ans et j'ai obtenu un diplôme en sciences naturelles. Ensuite, je me suis inscrit à l'Université de l'Idaho pour préparer des diplômes de biochimie et de botanique. C'est le grand avantage du LSD – beaucoup de gens tripent et ont ce genre de révélations, mais ensuite, ils tentent de les oublier ou de les fuir. Alors que si vous les traduisez dans la réalité, vous pouvez rendre votre vie meilleure. »

Casey, en février 2000, sur le site d'un temple maya entre le Guatemala et le Mexique, tenant un champignon hallucinogène cueilli dans l'herbe.

Bien sûr, tout est meilleur avec modération ; pendant l'été 2000, Casey a pris tellement de psychotropes qu'il a fini par se prendre pour Dieu.

« Après cet été au cours duquel je me suis retourné le cerveau, j'ai reçu des mails d'un mec qui faisait de la 2C-T-7 [un psychotrope], raconte-t-il. Il m'a demandé si je voulais un laboratoire. J'ai commencé par faire de la 2C-B, puis de la MDMA. Je me suis soudainement retrouvé dans une position où je pouvais aller n'importe où dans le monde – et j'ai opté pour l'Angleterre. »

Casey a visité un certain nombre de villes avant de s'installer à Ovingdean. Le fait que son revenu provienne d'une activité hautement illégale ne l'a pas inquiété le moins du monde. Il a ouvertement acheté les produits chimiques dont il avait besoin à des fournisseurs, sans cacher son nom, et ce avec sa propre carte de crédit.

« Je ne me cachais pas, dit-il. Je ne leur disais tout simplement pas à quoi ces produits chimiques allaient me servir. »

Lors du procès, le juge a accusé Casey de fabriquer et de fournir de la drogue par « pure cupidité ». Même s'il a admis avoir gagné de l'argent en vendant de la drogue – ce qui serait de toute façon difficile à nier, sachant qu'il a acheté un bateau à 35 000euros pour son père – il a assuré avoir réinvesti une grande partie de ses bénéfices dans l'équipement du laboratoire et qu'il n'en a toujours vendu qu'à ses amis.

« Je ne vendais jamais à quelqu'un que je ne connaissais pas et avec qui je ne traînais pas, déclare-t-il. Mais il est vrai que je connaissais et traînais avec pas mal de dealers. »

En février 2004, Casey se trouvait au Sanctuary Cafe, à Hove, quand un homme s'est approché de lui, lui a attrapé le bras et l'a placé en état d'arrestation. Le jour de son procès, il a fait face à trois chefs d'accusation de production de drogue, deux chefs d'accusation de possession et un d'exportation. Casey a décidé de se défendre lui-même.

« Je ne faisais rien de mal, explique-t-il. Il était impossible qu'une loi me rende coupable d'un acte intrinsèquement innocent. Cela dit, je ne me faisais pas d'illusion – je savais qu'ils me puniraient pour ce qu'ils pensaient être mal. »

La dernière photo de Casey avant son arrestation

Malgré ses efforts pour convaincre le tribunal que l'illégalité est dans l'œil du spectateur, Casey a été condamné à deux décennies de prison. Suite à quoi le Brighton Argus a titré en première page : « Le magicien des drogues prend 20 ans ».

Sa sanction a été l'une des plus sévères jamais prononcées dans le Sussex pour des infractions liées aux drogues. Il faut dire que son laboratoire – où il avait produit des millions d'euros de stupéfiants – était, selon certaines sources, l'un des « plus complexes [...] trouvés dans le pays au cours des 25 dernières années ». Et, selon Internet, ça a également été le laboratoire de LSD le plus prolifique de l'histoire des descentes anti-drogues de Brighton.

Heureusement pour Casey, la vie en prison était plus supportable grâce à la disponibilité immédiate de l'alcool et des drogues, et grâce au fait qu'il pouvait étudier.

« Ce n'est pas aussi brutal que le système correctionnel américain, où l'oppression des officiers se transforme en oppression des détenus qui, eux, ensuite, oppriment d'autres personnes vulnérables, déclare-t-il. J'étais seul dans une cellule la plupart du temps, ce qui était une aubaine. J'avais des toilettes avec un couvercle que je pouvais rabaisser. J'avais l'eau courante, chaude et froide. Je vivais dans de meilleures conditions que deux tiers de la planète. »

« J'ai souffert émotionnellement et psychologiquement à certains moments, mais c'était rare. Je voyais plutôt ça comme une occasion extraordinaire. Une fois que j'ai accepté mon impuissance face à ma peine de prison, c'est devenu l'occasion extraordinaire d'étudier et d'apprendre à me connaître – afin de trouver ma paix dans cet environnement. J'ai étudié la physique, le droit et les mathématiques, j'ai regardé la BBC et j'ai lu The Times, The Economist et New Scientist chaque semaine. »

Quand il n'étudiait pas, Casey s'occupait à faire des échantillons de psychotropes, qui circulaient ensuite dans toute la prison. « J'ai vécu certaines de mes meilleures expériences psychédéliques en prison – et j'ai eu beaucoup d'expériences psychédéliques, raconte-t-il. Même enfermé dans une cellule, sous psychotropes, je me sentais plus libre que je ne l'avais jamais été. J'apprenais de mes expériences, j'acceptais d'être là où j'étais et j'expérimentais le mythe extraordinaire d'être en vie. »


Casey et sa femme Charlotte Walsh lors d
'un road trip à travers l'ouest des États-Unis, après son expulsion du Royaume-Uni l'année dernière

Malgré le fait qu'il ait été victime des lois antidrogue britanniques – et qu'il milite désormais pour la réforme du Misuse of Drugs Act chez lui, aux États-Unis – Casey trouve que la loi en général est un « magnifique instrument ».

« La plus belle chose que j'ai apprise, c'est que j'ai foi en la loi, dit-il. Nous sommes le processus. Nous sommes le système. L'idée que nous sommes distincts du système, c'est une connerie. Mes ancêtres ont créé le système et ont dit que les drogues étaient mauvaises, mais si la loi et le système sont utilisés à bon escient, il est possible de changer cela. La loi a été mal gérée par le secrétaire d'État – ils essaient d'imposer une politique de prohibition à taille unique. »

Casey est d'avis que les lois actuelles réglementent les individus et non les drogues. Ce qui est un argument valable, si on se réfère à la vieille affirmation selon laquelle personne ne devrait décider ce que nous faisons de notre propre corps, tant que l'on ne nuit à personne. Avant son procès, Casey a fait valoir que le gouvernement britannique n'a pas réussi à prouver que les règlements appliqués à ses activités étaient « nécessaires dans une société démocratique », comme les droits de l'Homme l'exigent. D'autant plus que les mêmes lois ne sont pas applicables à d'autres substances nocives, comme l'alcool et le tabac.

Avant de raccrocher, il précise qu'il est toujours du même avis. « Nos droits ne devraient pas se limiter au fait de savoir si l' alcool, le tabac ou le LSD sont bons pour la santé , dit-il. Quel droit ont-ils de [nous dicter la façon] dont nous modifions notre fonction mentale ? »

@Michael_K_Allen